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Tefsir İlminin Dönemleri

G. TEFSİR FAÂLİYETİNİN GELİŞMESİ VE TEFSİRLERİN

2. Tefsir İlminin Dönemleri

La question de l’unification des programmes d’études des écoles, qu’elles soient iraniennes ou étrangères, est abordée autour de 1915. Les journaux de l’époque rapportent parfois les discussions parlementaires à ce sujet. Ce projet ne devient loi qu’à l’époque des Pahlavis. Or dans les écoles privées, surtout non iraniennes, certains changements dans les programmes et les règlements sont apportés par le gouvernement iranien vers les dernières années de l’époque des Qâdjârs. En atteste ce décret du ministre de l’Éducation adressé au ministre des Affaires étrangères en 1916 :

Jusqu’à aujourd’hui, les ressortissants étrangers qui fondaient des écoles en Iran ne respectaient pas le programme du ministère de l’Éducation. L’autorisation de la fondation d’une école ne sera délivrée aux étrangers que s’ils respectent les règles émises par ce ministère452.

Nous avons eu accès à une correspondance « très confidentielle » adressée à Berthonesque, datée du 6 février 1925. L’auteur, inconnu, se plaint du fait que l’enseignement des « langues chrétiennes » dans les écoles des Lazaristes est jugé mauvais et inutile. Les explications données dans la lettre manquent de clarté. Il nous semble que, ordre étant donné d’unifier les programmes d’études des écoles en Iran, il est demandé aux Lazaristes d’adapter

450Dossier 138 e, « Iran : Tauris, Ispahan », Lettre de la jeunesse catholique de Tabriz adressée au supérieur général, février 1913, Archives des Lazaristes, Paris.

451Idem.

452Dossier 138 e, « Iran : Tauris, Ispahan », Lettre du ministère de l’éducation adressée au ministère des Affaires étrangères, 1916, Archives du ministère iranien des Affaires étrangères, Téhéran.

leur programme à celui du ministère de l’Éducation iranien. Étant donné que le persan et le français font partie du programme d’études des écoles Lazaristes, les « langues chrétiennes » à supprimer restent l’arménien et le chaldéen. Dans cette lettre, l’auteur refuse strictement la suppression des langues chrétiennes de l’emploi du temps des écoles des Lazaristes car elles sont une « sauvegarde de [la] foi ». Peut-être le gouvernement avait il demandé que les « langues chrétiennes » soient remplacées par l’arabe car l’auteur précise que, ni dans les écoles missionnaires ni dans celles des Sœurs de la Charité, il n’appliquera jamais cette modification : « J’aimerais mieux donner ma démission que de coopérer directement à la musulmanisation [sic] plus au moins tardive, mais certaine, par cette mesure »453.

Nous n’avons pas eu accès à d’autres documents confirmant la demande de la suppression des langues arménienne ou chaldéenne au programme d’études des écoles lazaristes. Mais, si cette modification est demandée, il est intéressant de noter qu’on ne demande pas aux écoles de l’Alliance Israélite de supprimer de leur programme l’enseignement de l’hébreu, que ces établissements proposent en plus de celui du persan et du français.

XXIII. Subventionner les écoles religieuses d’Orient par le gouvernement

français

Pour le gouvernement français, les écoles des Lazaristes fonctionnaient comme moyen de diffusion de la langue française en Iran. Parfois, elles étaient plus rentables que les écoles françaises qui dépendaient du gouvernement français, telles que celles de l’Alliance française. En conséquence, dès leurs création, elles furent, et notamment celle de Téhéran, sous la protection morale et financière du gouvernement français.

Lors d’une allocution à l’Assemblée nationale en 1900, le ministre des Affaires étrangères, Pichon, déclara que supprimer les subventions aux écoles non laïques françaises en Orient, comme proposé par certains députés qui allèrent, pour certains, jusqu’à demander la laïcisation des écoles d’Orient inaugurées par les Français, serait une erreur. Il était en effet persuadé qu’une école congréganiste, qui est « malgré tout, le véhicule de la pensée française», valait mieux qu’une école dans laquelle la langue française est « mal enseignée», surtout que « les clientèles orientales préfèrent encore l’enseignement congréganiste ». Outre la disparition de plusieurs écoles, celles qui subsisteraient n’auraient « plus aucun lien avec

l’Etat français »454, qui n’aurait plus sur elle aucun moyen de contrôle. Il est néanmoins

décidé lors d’un projet de résolution de « ne plus subventionner en Orient les établissements congréganistes »455.

Mais, comme mentionné précédemment, dès leur fondation, les écoles de missionnaires lazaristes furent soutenues par le gouvernement français, et aucun document ne nous indique que ce projet de résolution fut finalement appliqué pour les écoles lazaristes en Iran. Elles furent, en tout cas, jusqu’à la fin de l’époque des Qâdjârs, soutenues par les délégations françaises à Téhéran. Il faut cependant noter que l’aide financière portée aux écoles lazaristes par le gouvernement français fut loin d’être une subvention substantielle et régulière.

Ce soutien fut relevé par certains journaux iraniens. À titre d’exemple, nous nous référons à un extrait d’article rédigé contre la politique pratiquée par le gouvernement français à travers les écoles des Lazaristes en Iran. Cet article fut publié dans le Journal Hekmat456 [La

Sagesse] en 1898 :

Même si la France a chassé les missionnaires lazaristes afin de maintenir l’ordre interne du pays, elle les soutient à l’étranger parce qu’ils lui rendent service dans sa progression politique à l’étranger. C’est grâce à ses missionnaires que la France occupe autant de pays. La moindre contradiction à leur égard entraîne la réaction zélée du gouvernement français. Ce dernier les soutient immédiatement, même si leurs écoles sont maltraitées en France457.

L’auteur du journal, qui écrit de nombreux articles à propos des écoles tenues par des missionnaires, définit les Lazaristes comme l’« épée tranchante » du gouvernement français qui s’applique à faire progresser son influence politique et le commerce français dans les pays étrangers. Ce véhicule de progrès pour les Français doit être considéré comme « la peste » par les habitants des pays qui l’accueillent : « les Lazaristes ruinent la foi des gens des pays où ils s’installent. Il sera, ensuite, impossible de les déraciner de cet endroit »458. L’auteur défend

que c’est en fondant des écoles publiques, tant sous l’action du gouvernement qu’à l’initiative

454Bulletin du Comité l’Asie française, n°69, décembre1906, Page 474. 455Bulletin du Comité l’Asie française, n°8, novembre 1901, pages 318-319. 456 Sagesse est un journal persanophone publié en Egypte par un iranien. 457Hekmat, n° 243, 1898, page 12.

du peuple, que les Iraniens arriveront à « élever un mur de fer contre l’attaque des ennemis [missionnaires]»459.

Néanmoins, plusieurs documents témoignent que les écoles des Lazaristes ainsi que les écoles des Sœurs de la Charité furent subventionnées par le gouvernement iranien aussi bien que par le gouvernement français. On peut ainsi citer une lettre d’Aristide Chatelet adressée au trésorier général iranien à propos de l’allocation attribuée aux Lazaristes par le gouvernement iranien : « Je vous serais très obligé de vouloir bien donner les ordres nécessaires pour nous faire verser la dernière partie de l’allocation que le gouvernement nous accorde »460.

Conclusion

Les missionnaires occidentaux implantés en Iran dès la première partie du XIXème siècle sont bien accueillis et soutenus par Mohammed Shah (1834-1848), un roi tolérant, ainsi que par les notables des régions où ils s’installent. À l’exception de l’interdiction de prosélytisme auprès des musulmans, ils étaient libres de mener leur action culturelle ou sociale. Profitant de leur situation privilégiée, ils interviennent dans les événements politiques des régions où ils s’implantent. Selon Aristide Châtelet, à Khosrova, les missionnaires agissent « comme les maîtres du village ou plutôt comme représentants du maître du village »461.

Ils offrent des services éducatifs profitables à la société iranienne, aussi bien aux musulmans qu’aux chrétiens. Mais la communauté chrétienne du pays est profondément divisée depuis l’implantation de ces missionnaires dans le pays. En outre, les activités politiques des missionnaires dans les régions de nord-ouest de l’Iran mettent fin au bon voisinage entre musulmans et chrétiens de la région.

A l’époque des Qâdjârs, le français a une place privilégiée dans l’enseignement. Beaucoup de gens préfèrent envoyer leurs enfants apprendre cette langue dans les établissements tenus par des Français. En ce qui concerne les écoles des Lazaristes de Téhéran, elles jouent un rôle important dans la diffusion de la langue française. Si l’École Saint Louis ne parvient pas à atteindre l’objectif fixé par ses fondateurs lazaristes, à savoir

459Hekmat, n° 7, 1899, page 3.

460Carton 647, n° 240002429(23-52), Lettre d’Aristide Châtelet adressée au trésorier général, 1915, Archives du ministère iranien des Affaires étrangères, Téhéran.

461Dossier 137 a, « Iran : Notes pour l’Histoire », Une note sur Khosrova, un rapport d’Aristide Châtelet, 1913, Archives des Lazaristes, Paris.

éduquer de bons catholiques, elle satisfait la demande de la légation de France à Téhéran : enseigner le français à tous. On peut toutefois nuancer le tableau en notant que la gratuité d’enseignement du français pour tous ceux qui le désirent, comme le souhaitait la légation française, n’est pas mise en œuvre par les Lazaristes.

Le Collège Saint Louis est classé parmi les meilleures écoles modernes de Téhéran, malgré toutes les difficultés qu’il connait : manque de budget, rivalité entre les missionnaires lazaristes, manque de personnel, etc. Les diplômés musulmans de l’école, issus de la couche aisée de la société, sont embauchés dans toutes les administrations.Quant à ses élèves chrétiens,« ils sont nombreux dans les douanes et dans les postes, seules carrières administratives qui leur soient accessibles».462

La majorité des élèves de l’École Saint Louis étant des enfants de notables de Téhéran et de princes Qâdjârs, ils sont généralement désignés gouverneurs de provinces où d’autres missions lazaristes étaient installées, et se trouvent alors, de par leur éducation, enclins à soutenir ces dernières. L’école de Téhéran permet ainsi à la mission lazariste de rayonner sur tout le pays.

Bien que l’enseignement de la religion y soit interdit, le Collège Saint Louis est connu comme établissement d’enseignement religieux. Toutefois, il est rarement confronté à des problèmes crées par les musulmans, contrairement à l’école de l’Alliance Israélite qui ne bénéficia d’ailleurs jamais de la part des gouvernements français et iraniens d’un soutien comparable à celui que reçu par le Collège.

Chapitre VI

Les écoles de l’Alliance Israélite Universelle en Iran

L’histoire de la communauté juive d’Iran remonte à la destruction du Temple par Nabuchodonosor, vers 586 avant Jésus-Christ, si bien que des juifs soient présents en Iran depuis près de 2700 ans. Au fil des années, et en fonction des dynasties au pouvoir, cette communauté a affronté bien des vicissitudes, de l’expérience de la paix et de la liberté à l’insécurité, aux déplacements et aux conversions forcés. Il s’agit ici d’étudier les évolutions qui touchèrent la communauté juive iranienne du fait de l’implantation des écoles de l’Alliance Israélite Universelle (AIU).

L’Alliance Israélite Universelle est une institution juive qui est fondée en 1860 en France. Elle a pour but de travailler à l’émancipation des juifs, de soutenir les juifs souffrant en leur qualité d’israélites, et d’encourager toute publication menant à ce résultat. Au cours des années, différents comités de l’Alliance sont fondés dans le monde entier. Ces derniers envisagent de sortir la communauté juive de la misère qui l’entoure par le biais de la création d’institutions scolaires. Étant donné qu’un nombre considérable de juifs du Moyen-Orient résident en Iran, près de 65 000, les dirigeants de l’AIU envisagent rapidement de fonder des écoles dans ce pays, projet qui devient effectif en 1898.

L’AIU se donne pour but en Iran, comme ailleurs, le développement social et moral de la communauté juive du pays. Elle se pare pour cela d’un universalisme juif qu’elle fait figurer dans son nom, mais qui n’a pourtant rien d’évident. En effet, les instituteurs de l’AIU arrivent pétris des valeurs issues des Lumières et de la Révolution, et sont des démocrates et républicains convaincus, au moment où, malgré l’Affaire Dreyfus qui débute alors, la République s’est ancrée en France. Face à ces juifs fondamentalement français de l’AIU, la communauté juive d’Iran n’en est pas moins profondément iranienne, et elle apparaît à l’AIU comme orientale, c’est-à-dire en bien des points en retard par rapport à la société modernisée occidentale.

Dès lors l’action de l’AIU en Iran, par le biais des institutions scolaires notamment, appelle question : la lutte contre les avanies subies pas les juifs iraniens et l’effort de scolarisation de ces derniers ne s’accompagnent-t-ils pas d’une volonté de modernisation, c’est-à-dire d’occidentalisation, de la communauté juive d’Iran de la part des agents de

l’AIU ? Il s’agit en effet d’étudier dans quelle mesure l’action de l’AIU en Iran a pu modifier le cadre culturel des juifs iraniens, mais aussi en quoi ses écoles ont pu faire des juifs iraniens des relais et intermédiaires d’une forme de soft power des puissances occidentales, et en premier lieu de la France. Car les écoles de l’AIU, de par leur enseignement dispensé dans la langue de Molière, ont joué un rôle très important dans la diffusion du français en Iran. On peut également se demander en quoi les écoles de l’AIU ont servi au changement de paradigme scolaire à l’œuvre en Iran sous les Qâdjârs (1786-1925).