5. Yönetim, İşlemsel ve Fiziksel Kontroller
5.8. Sertifika Hizmetlerinin Sonlandırılması
Quelques critiques ont noté la propension de l’Histoire du roi de Bohême à vouloir intégrer tous les types de livres possibles, chose que le roman lui-même revendique en se décrivant de toutes sortes de manières :
[Le livre] nous fait part des discussions socio-politiques, de la recherche linguistique, botanique et entomologique. Bref, il se donne à la fois comme livre-objet, récit d’aventures, conte, traité, dictionnaire et encyclopédie; l’HRB semble avoir incorporé tous les autres livres, tous les intertextes possibles168.
[L’]Histoire du roi de Bohême est un éventail des possibilités. C’est pour cela qu’il est difficile de mettre une étiquette sur l’ouvrage ; l’auteur évoque lui-même plusieurs termes de genres à propos de son livre ou de certaines de ses parties : histoire, roman, facétie ou poème (p. 64), dictionnaire (p. 75), fragments (p. 93), monographie (p. 146), commentaire de thèse (p. 161), rhapsodie (p. 386), autant de catégories contradictoires qu’il faut accepter en totalité169.
Le roman contient d’emblée les quatre grands genres littéraires : le chapitre « Conversation » est une scène théâtrale, avec une mise en page en dialogues et didascalies ; le chapitre « Combustion », entre autres, est rédigé comme un essai, alors qu’il est question de bibliothèques brûlées à travers l’histoire ; le chapitre « Narration », de même que tous ceux qui racontent Les Amours de Gervais et d’Eulalie, est un récit ; quant au chapitre « Explication », il prend la forme d’un poème sur la pantoufle : « C’était une pantoufle fourrée, / C’était une pantoufle ouatée, / C’était une pantoufle satinée, / C’était une pantoufle raffinée, / C’était une pantoufle perfectionnée, / C’était une pantoufle d’hiver, c’était une pantoufle d’été; » (HRB, 100). Ce mélange des genres littéraires est manifeste, mais attendu; du moins, il ne contribue pas autant à l’hétéroclite du roman que les genres non littéraires qui y sont aussi présents.
Hélène Lowe-Dupas évoque quelques-uns des savoirs qui traversent le roman : mathématiques (chapitre « Démonstration »), scientifiques (chapitre « Mystification »), voire dentaires (chapitre « Dentition »)170. Nous ajouterons les savoirs philologiques (chapitre « Érudition »), étymologiques (chapitre « Annotation »), entomologiques (chapitre
168 Ibid., p. 67.
169 D. BARRIÈRE, Nodier l’homme du livre, 1989, op. cit., p. 139.
« Rémunération »). Ces différentes matières ne sont évidemment pas traitées sérieusement, mais elles témoignent d’une volonté de réunir une grande variété de savoirs dans un roman qui devient, au fil de la lecture, une parodie de somme encyclopédique. En fait, une somme en particulier semble avoir servi d’intertexte à Nodier. Lors du fameux calcul de la valeur des narrateurs au chapitre « Démonstration », ils sont présentés ainsi : « Soit Théodore, ou mon imagination. », « Soit don Pic de Fanferluchio, ou ma mémoire. », « Soit Breloque, ou mon jugement. » (HRB, 20) On se rappellera que l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers est divisée, sur le modèle proposé par Francis Bacon, « selon les trois facultés de l’entendement, mémoire, imagination, raison171. » Le paragraphe qui suit le calcul insiste ironiquement sur la complémentarité de ces trois facultés :
Ce qui signifie identiquement : l’auteur de l’Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux ; car l’esprit est tout l’homme, et c’est de ces trois facultés, l’imagination, la mémoire et le jugement, que se compose (à moins qu’on n’y ait changé quelque chose) la mystérieuse trinité de notre intelligence, dans des proportions assez irrégulières, comme vous le voyez, et qui peuvent souffrir des modifications si multiples que la rencontre de deux ménechmes intellectuels sera probablement l’événement le plus inattendu de l’autre monde, et celui qui ajoutera le plus au charme piquant de notre future Palingénésie. (HRB, 21)
Les ressemblances entre l’Encyclopédie et l’Histoire du roi de Bohême sont nombreuses. Tous deux traitent de savoirs variés qui relèvent autant de la science que des arts libéraux et des arts techniques (le récit de la fabrication du livre au chapitre « Vérification », par exemple) ; les gravures/vignettes abondent et apportent une nouvelle perspective sur le texte écrit ; la polyphonie est accentuée par les nombreux interlocuteurs (réels dans l’Encyclopédie, fictifs dans le Roi de Bohême) ; les articles/chapitres fonctionnent de manière autonome et ne requièrent pas qu’on les lise de manière linéaire. Cependant, si le roman est bel et bien un roman, et non une encyclopédie, c’est que tous ces discours sont grotesques, inutiles et incompréhensibles, et ne transmettent donc pas de véritables savoirs.
Vaste entreprise d’avancement des savoirs, il apparaît a priori curieux de se moquer de l’Encyclopédie. Certes, il existe un principe sur lequel les encyclopédistes et Charles Nodier
ont des opinions diamétralement opposées, c’est la question du progrès. Le progrès est souvent mentionné dans le Discours préliminaire de d’Alembert : « Quel progrès n’a-t-on pas fait depuis [le siècle dernier] dans les sciences et dans les arts ? Combien de vérités découvertes aujourd’hui qu’on n’entrevoyait pas alors ! La vraie philosophie était au berceau; la géométrie de l’infini n’était pas encore; la physique expérimentale se montrait à peine172 » ; « Le progrès naturel de l’esprit humain est de s’élever des individus aux espèces, des espèces aux genres, des genres prochains aux genres éloignés, et de former à chaque pas une Science ; ou du moins d’ajouter une branche nouvelle à quelque Science déjà formée173 ». Les encyclopédistes partagent donc cette croyance téléologique selon laquelle leur siècle est un progrès par rapport aux époques qui le précédent, qu’il est en quelque sorte le résultat de l’histoire. Au XIXe siècle, alors que cette croyance s’est généralisée, Nodier multiplie les attaques contre le progrès sous toutes ses formes. Paul Bénichou cite à ce propos une lettre d’Adèle Hugo où elle affirme que Nodier « abhorrait les chemins de fer174 », de même que toutes les découvertes et nouveautés, puis une lettre de sa fille, Marie Menessier-Nodier, qui réitère l’aversion de son père pour le progrès « depuis l’enseignement mutuel, l’éclairage au gaz et les chemins de fer, jusqu’au plus inoffensif des néologismes175 ». Pour Nodier la civilisation se rapproche au contraire, tranquillement, de la barbarie. Au chapitre « Combustion », après avoir pesté contre Gutenberg, le narrateur dresse une liste d’inventions et d’inventeurs. Ce chapitre se termine sur cette remarque : « Inutiles efforts, travaux infructueux ! » (HRB, 92)
Quoique le lien intertextuel qui unit l’Encyclopédie et l’Histoire du roi de Bohême s’inscrive sous le signe de la raillerie, force est néanmoins d’admettre que l’affluence de références à des savoirs non littéraires rapproche le roman d’une hypothétique encyclopédie. À l’encyclopédie comme structure englobante se juxtaposent de nombreuses références
172 Ibid., p. 146. 173 Ibid., p. 166.
174 Cité par P. BÉNICHOU, L’École du désenchantement. Sainte-Beuve, Nodier, Musset, Nerval, Gautier, Paris,
Gallimard, 1992, p. 61.
intertextuelles. Quatre grands intertextes trouvent des occurrences tout au long du roman, et d’innombrables références ponctuelles contribuent à donner l’impression que l’Histoire du roi de Bohême cherche à contenir tous les livres à la fois.