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Mustafa Paşa’nın Müslüman Ahaliye Karşı Gerçekleştirdiği Gasp ve

Belgede Miran aşireti ve Mustafa Paşa (sayfa 86-90)

2.2. MİRANLI MUSTAFA PAŞA

2.2.5. Mustafa Paşa’nın Müslüman Ahaliye Karşı Gerçekleştirdiği Gasp ve

La « théologie négative » s’enracine dans l’expérience de Moïse qui rencontre Dieu dans la ténèbre lumineuse, car on ne peut voir Dieu sans mourir108. Elle rejoint la pensée de Platon, dans son Parménide, pour qui l’Un est inconnaissable et ineffable ; parmi les néoplatoniciens, Plotin (+270) insiste à plusieurs reprises sur la nécessité de faire silence pour se rendre accueillant à l’Un : nous sommes « unis au dieu présent dans le silence109 ». Elle s’appuie sur certains Pères grecs, comme Grégoire de Naziance (+390) qui exprime combien il est difficile de parler de Dieu dans cette hymne célèbre qui lui est attribué : « Ô Toi l’au-

delà de tout110 ». De son côté, Grégoire de Nysse (+vers 394) estime qu’« à travers le silence,

on honore la sublimité de Dieu qui se révèle seulement à la foi111 ». Denis l’Aréopagite (ou Pseudo-Denys, fin Ve-début VIe s.) développera la dimension mystique du silence qui est pour lui la seule manière d’atteindre Dieu. Nous ne savons rien de Lui. Face à son infinie

105

P. SALMON,Le silence religieux, p. 46.

106 Ibidem, p. 49.

107 Ibidem, p. 57. Salmon ajoute : « Humble vertu du commençant qui lutte contre les péchés de la langue, et

effort de l’ascète dans l’œuvre de détachement qui le soustrait aux distractions du monde, il est capable d’accompagner le chrétien dans les progrès de son union avec Dieu ; d’extérieur il devient intérieur, il trouve son emploi dans le culte, dans l’accomplissement de la liturgie, comme dans le mystère du commerce intime de l’âme avec Dieu ».

108

« Tu ne pourras pas voir mon visage, car on ne peut pas me voir sans mourir » (Ex 33,20).

109

Ennéades V, 8, cité par P. MIQUEL, Silence, c. 831-832.

110 « Ô toi, l’au-delà de tout, n’est-ce pas là tout ce qu’on peut chanter de toi ?

Quelle hymne te dira, quel langage ? Aucun mot ne t’exprime. À quoi l’esprit s’attachera-t-il ? Tu dépasses toute intelligence. Seul, tu es indicible, car tout ce qui se dit est sorti de toi.

Seul, tu es inconnaissable, car tout ce qui se pense est sorti de Toi. [...]

Tout ce qui est te prie, et vers toi tout être qui pense ton univers fait monter un hymne de silence »

(La liturgie des heures, t. 1, p. 741. Texte original : GRÉGOIRE DE NAZIANCE, Poèmes dogmatiques, PG 37, p. 507-508).

111 G

transcendance, seule « la Ténèbre plus que lumineuse du Silence » peut introduire dans la profonde connaissance du divin mystère112.

Maître Eckhart et les mystiques rhénans développeront cette théologie de l’apophasysme : Dieu est « l’inconnaissable », « au-dessus des noms » et « inexprimable ». « Nous devons apprendre à ne donner à Dieu aucun nom avec l’illusion que nous l’avons par là suffisamment loué et exalté, car Dieu est ‘au-dessus des noms’ et inexprimable113 ». Il est préférable de ne rien dire sur Lui, ou plus juste de dire ce qu’Il n’est pas114. La fin du langage, comme de toute théologie négative, est le silence115.

Michel Dupuy précise qu’il s’agit ici d’un silence au-delà des paroles, qui n’a rien à voir avec un silence qui ne sait pas quoi dire sur Dieu :

Les paroles restent nécessaires comme un premier temps, comme une piste d’envol, comme un point d’appui où revenir se poser. En deçà des paroles, le silence pourrait n’être que faiblesse d’esprit et signe qu’on n’a rien à dire. Au-delà, il montre la vigueur de l’esprit à qui les mots reçus ne suffisent pas pour dire son étonnement et son admiration. En deçà des paroles, le silence pourrait n’être qu’agnosticisme et manifester qu’on ne veut rien affirmer, faute de convictions. Au- delà, il est avancée dans la vérité. Il n’est pas un silence de mépris ou de désintérêt, mais silence de confusion, d’étonnement et d’admiration116.

Est-ce que le silence liturgique a un quelconque rapport avec celui de la théologie négative, qui se tait devant l’Ineffable ? Nous allons donner notre avis dans la conclusion de ce chapitre sur le silence religieux.

112

« Trinité suressentielle et plus que divine et plus que bonne, Toi qui présides à la divine sagesse chrétienne, conduis-nous non seulement par de là toute lumière, mais au-delà même de l’inconnaissance jusqu’à la plus haute cime des Écritures mystiques, là où les mystères simples, absolus et incorruptibles de la théologie se révèlent dans la Ténèbre plus que lumineuse du Silence : c’est dans le Silence en effet qu’on apprend les secrets de cette Ténèbre dont c’est trop peu dire que d’affirmer qu’elle brille de la plus éclatante lumière au sein de la plus noire obscurité, et que, tout en demeurant elle-même parfaitement intangible et parfaitement invisible, elle emplit de splendeurs plus belles que la beauté les intelligences qui savent fermer les yeux » (DENYS L’ARÉOPAGITE, Théologie mystique, I, 1, p. 177).

113

MAITRE ECKHART,Sermons, Sermon 53, t. 2, p. 153.

114 « Si je dis : ‘Dieu est bon’, ce n’est pas vrai. Je suis bon, Dieu n’est pas bon. Je dirais davantage : Je suis

meilleur que Dieu ! Car ce qui est bon peut devenir meilleur, ce qui peut devenir meilleur peut devenir le meilleur de tout. Car ces trois termes sont loin de Dieu : bon, meilleur, le meilleur de tout, car il est au-dessus de tout. Si je dis en outre : ‘Dieu est sage’, cela n’est pas vrai, je suis plus sage que lui. Si j’ajoute : ‘Dieu est un être’, ce n’est pas vrai. Il est un être suréminent et un néant superessentiel. Saint Augustin dit à ce sujet : ‘Ce que l’homme peut dire de plus beau sur Dieu, c’est qu’il sache se taire en raison de la richesse intérieure (divine)’. C’est pourquoi, tais-toi, et ne clabaude pas sur Dieu, car si tu clabaudes sur lui tu mens et commets le péché. Si tu veux être sans péché et parfait, ne clabaude pas sur Dieu. Tu ne dois pas non plus vouloir comprendre quelque chose de Dieu, car Dieu est au-dessus de tout entendement. Un maître dit : ‘Si j’avais un Dieu que je puisse comprendre, je ne le tiendrais pas pour Dieu’(MAITRE ECKHART,Sermons, Sermon 83, t. 3, p. 152).

115

Cf. Y. de ANDIA, Négative (Théologie), p. 795. Pour un développement plus approfondi sur la théologie négative, nous renvoyons à son article du Dictionnaire critique de théologie (p. 791-795).

116 M.D

Conclusion

Le silence religieux est un silence qui relie au divin, « un regard qui fixe l’invisible », selon la belle expression de Pierre Lacout117. Il désigne à la fois une attitude pleine de respect devant la divinité devant laquelle on se tient « religieusement », et une action accomplie par l’homme, au cours d’un rite religieux, afin d’entrer dans une relation plus profonde avec le divin. Le silence religieux n’est pas une fin en soi, mais plutôt un moyen pour faciliter la rencontre avec la divinité.

Nous avons démontré comment Odo Casel voyait dans les célébrations à mystères chez les Grecs les origines du silence pratiqué dans la liturgie chrétienne. Mais nous constatons que ce type de silence n’a plus cours dans la liturgie romaine postconciliaire, où il n’y a plus aucune volonté de cacher certains mystères aux fidèles ou aux non-initiés.

Dans la Bible, le silence est parfois celui de Dieu qui semble absent, muet, et ne répond plus. L’homme comprend peu à peu que Dieu se révèle par la parole, mais aussi par le silence, comme il l’a montré au prophète Élie, et son silence est parfois plus « parlant » que des mots. L’homme est invité à accueillir cette révélation dans le silence. « Au silence infini du Créateur et du cosmos, écrit magnifiquement Rubén Leikam, répond le silence limité de l’homme118 ».

L’homme perçoit qu’il est parfois préférable de se taire, de garder le silence. Il s’agit parfois d’un silence de peur, de stupeur et d’effroi, ou plus positivement d’un silence de respect, d’attente et d’écoute. Dans la Bible, il y a des silences stériles ou inertes qu’il faut savoir rompre. Le Christ nous entraîne dans la voie du silence pour entrer dans l’intimité de son Père.

Gustav Mensching a établi une distinction entre le silence extérieur qui consiste en un temps d’arrêt où aucune parole n’est prononcée, et le silence intérieur de l’âme qui fait taire les distractions et préoccupations pour se rendre disponible à la prière, à l’écoute, à la

117

P. LACOUT, Dieu est silence, p. 20 : « Le silence contemplatif n’est-il pas un regard au-dedans vers les réalités profondes de l’âme ? Le silence a ceci de particulier qu’il cherche un objet qui se dérobe. C’est un regard qui fixe l’invisible. Il ne doit pas avoir dans le champ de la conscience un point où s’arrêter. C’est un regard qui se perd et doit se perdre ».

118

Cf. R.M.LEIKAM, Liturgias del Silencio, p. 271 : “En lá óptica bíblica el silencio es un misterio de amor, una presencia creadora, un espacio de revelación, un monitor de la venida del Señor. Así como el silencio constituye la forma más elocuente de la revelación, así el instrumento más elocuente de la adoración es el silencio. Al silencio infinito del Creador y del cosmos, responde el silencio limitado del hombre”. Voir aussi J. GUITERAS,

Entre el silencio y la palabra, p. 13 : “Quien acepta a Dios como un misterio, responde al silencio elocuente de

Dios con adoración y alabanza. De este modo desaparece la pretendida lejanía divina y siente la proximidad de una presencia que nunca le abandona”.

contemplation, à l’adoration. Vécu communautairement, le silence est alors une action de toute la communauté qui prie, dans une grande communion spirituelle.

Le silence monastique a un domaine plus large que le silence liturgique puisqu’il touche toute la vie du moine, avec une dimension ascétique, voire même pénitentielle, mais les deux se retrouvent dans l’attitude du disciple qui préfère se taire et écouter. Dom Salmon, auteur d’une étude sur Le silence religieux que nous avons présentée, démontre clairement que la contemplation silencieuse n’est pas incompatible avec la prière liturgique et qu’au contraire, le silence religieux trouve son aboutissement dans la liturgie119.

Enfin, quand on parle du silence religieux, on pense souvent à la théologie négative, qui est plutôt un silence sur Dieu qui est le Tout Autre, l’Ineffable. Le silence liturgique n’est pas, ou ne devrait pas être, un silence d’effroi de l’homme qui reste paralysé devant la grandeur de la divinité et ne sait quoi dire. Il n’est pas non plus le silence de celui qui préfère se taire que de mal parler de Dieu : en liturgie, on n’a pas peur de parler à Dieu et de parler de lui. Ce n’est d’ailleurs pas ce qu’enseigne la théologie négative. Nous pouvons dire par contre que le silence liturgique rejoint ce silence au-delà de la parole car tout ne peut pas être exprimé, et la relation à Dieu est à vivre au-delà des mots. Le silence liturgique recherche l’union à Dieu.

119

« Il n’y a pas à en douter, la prière liturgique est autant prière qu’aucune autre, il est même probable que peu d’autres arrivent au même degré de contemplation sublime. En tout cas, elle sait parfaitement allier, non seulement la prière vocale, mais encore le ritualisme le plus exigeant, avec la prière sans paroles et sans concepts discursifs, comme dans le iubilus par exemple, dans la première imposition des mains à l’ordination sacerdotale et aussi, quoique de façon différente, dans la prostration silencieuse qui précède l’office du Vendredi-Saint et dans le silence des fidèles à la messe chantée pendant le Canon et jusqu’à l’Agnus Dei » (P. SALMON,Le silence religieux, p. 56).

Belgede Miran aşireti ve Mustafa Paşa (sayfa 86-90)