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Le corpus empirique de cette étude est composé de toutes les pièces écrites relatives au cheminement judiciaire de 371 événements commis en contexte conjugal, et ce, de l’arrivée des policiers sur les lieux de l’incident à l’imposition d’une sentence par un juge. Nous avons décidé de nous intéresser au cheminement des affaires commises en contexte conjugal à partir du moment de l’arrivée des policiers sur les lieux de l’incident, car l’identification d’un crime par les policiers est une étape peu étudiée empiriquement par les chercheurs, bien que plusieurs auteurs mentionnent que les policiers peuvent utiliser leur pouvoir discrétionnaire pour ne pas enregistrer comme étant un crime un incident qui présenterait pourtant une telle caractéristique. Cette utilisation du pouvoir discrétionnaire se produirait notamment dans les cas où l’incident est jugé peu grave par les policiers.

Les pièces écrites utilisées dans cette étude proviennent de sources policières et judiciaires. Pour chaque incident, diverses pièces écrites et informatisées ont été analysées, dépendamment du cheminement de l’incident dans le processus judiciaire. Les pièces écrites provenant de sources policières et judiciaires ont été liées entre-elles grâce au numéro d’événement de l’incident, soit le numéro de dossier assigné à l’incident par le SPVM lors

de l’intervention initiale. Une brève description des principaux types de documents analysés est effectuée ci-dessous.

Le rapport d‘événement : Le rapport d’événement contient l’ensemble des informations

recueillies par les policiers qui se sont rendus sur les lieux de l’événement. Il comporte généralement des informations sur : les caractéristiques sociodémographiques de l’agresseur et de la victime, l’état physique et psychologique de la victime, la version des divers individus impliqués dans l’incident (y compris le récit chronologique des événements pertinents, les paroles exactes et les gestes posés par chacun des individus impliqués), les actes de violence ayant eu lieu dans le passé, les blessures apparentes ou les dommages matériels constatés par les policiers, l’état des lieux et les actions entreprises par les policiers (MSP, 2007). Le rapport d’événement contient également la déclaration de la victime, la déclaration du suspect et les déclarations des autres témoins de l’événement (Poupart, 1994).

Le précis des faits : Cette pièce écrite est rédigée par l’enquêteur. Elle contient notamment

des informations sur l’accusé, la victime, les infractions reprochées et leurs répercussions sur la victime, les éléments de preuves ainsi que le type de cour dans lequel l’incident devra être jugé. Dans ce document, l’enquêteur peut également laisser des notes au procureur afin de préciser s’il a des objections à la remise en liberté de l’accusé par le tribunal et, le cas échant, les raisons de ces objections et les conditions suggérées dans l’éventualité d’une remise en liberté.

Le rapport complémentaire : Cette pièce écrite comporte un large espace narratif dans lequel

le policier ou l’enquêteur peut inscrire toutes informations permettant de compléter le rapport d’événement, le précis des faits, les déclarations effectuées par les différents individus impliqués dans l’incident ou toutes autres pièces écrites.

La demande d’intenter des procédures (DIP) : Cette demande est rédigée par l’enquêteur au

dossier et contient de l’information sur : la situation problématique, la victime, les caractéristiques sociodémographiques du suspect, les caractéristiques judiciaires et correctionnelles du suspect, la perception du policier à l’égard du suspect lors de son arrestation et d’autres informations entourant l’événement (Poupart, 1994).

La promesse ou l’engagement à comparaitre : Ce document contient la liste des conditions

auxquelles l’accusé provisoirement remis en liberté doit se conformer pendant la durée des procédures. L’engagement diffère de la promesse seulement en ce qu’il contient un espace pour spécifier le montant d’argent que l’accusé ou une tierce personne débourse ou s’engage à débourser comme garantie de respect des conditions imposées et de retour à la cour pour la date prévue des procédures (Ministère de la Justice, 2008).

Le plumitif : Le plumitif est un registre informatisé donnant accès à l'historique des différents

dossiers judiciaires de nature civile, criminelle et pénale que l'on peut retrouver dans les greffes des Palais de justice du Québec. Ce registre contient notamment des informations sur l’accusé, la date de comparution, la cause (l’étape des procédures, les choix effectués par l’accusé à cette étape), les accusations portées contre l’accusé (le nombre de chefs d’accusation, leur nature, le plaidoyer, les décisions rendues par le juge, les modifications apportées aux accusations s’il y a lieu) et la sentence rendue. Ce registre nous a notamment permis de déterminer si l’incident a fait l’objet de procédures à la cour et, le cas échéant, le verdict rendu dans la cause.

Le plumitif est le seul type de document auquel nous avons eu accès au niveau du procureur et du juge. Ceci constitue sans aucun doute une des limites majeures de cette étude puisque les informations présentées dans le plumitif sont assez restreintes. D’une part, la mise à jour de toutes les informations recueillies lors de l’analyse des pièces écrites provenant de source policière était impossible. Par exemple, il était impossible de déterminer si la victime avait changé d’avis concernant sa participation au processus judiciaire après l’autorisation de la poursuite. Bien que cette méthode comporte de nombreux désavantages, notamment au niveau de la validité des résultats, les dernières informations provenant de source policière dont nous disposions furent utilisées dans le cadre des analyses portant sur les décisions des procureurs et des juges. D’autre part, les procureurs et les juges disposent d’informations supplémentaires après le dépôt d’une demande d’intenter des procédures par les policiers. Par exemple, ces intervenants judiciaires disposent d’informations concernant la solidité de la preuve, la crédibilité des témoins et les démarches entreprises par le suspect depuis l’incident, comme le suivi d’un programme de traitement pour hommes violents, qui ne sont pas mentionnés dans les pièces écrites provenant de source policière et le plumitif. Par

conséquent, plusieurs informations qui peuvent avoir un impact sur les décisions prises par les procureurs et les juges n’ont pu être prises en compte dans le cadre de cette étude. Pour ces raisons, la fidélité et la validité des résultats obtenus au niveau de l’autorisation de la plainte par le procureur et du verdict peuvent être remises en doute.

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