Les acteurs du système de justice utilisent leur pouvoir discrétionnaire dans chacune de leurs interventions. Cependant, l’étendue avec laquelle ce pouvoir discrétionnaire est utilisé varie d’un contexte à l’autre, dépendamment des restrictions et des incitatifs associés à l’usage de ce pouvoir dans ces divers contextes. À ce propos, les incidents commis en
contexte conjugal présentent certaines caractéristiques qui rendent particulièrement pertinente l’étude de l’utilisation du pouvoir discrétionnaire par les acteurs du système judiciaire. En effet, le traitement judiciaire des incidents commis en contexte conjugal est soumis à des forces contradictoires concernant l’utilisation du pouvoir discrétionnaire afin de ne pas judiciariser un événement. Alors que certaines politiques, règles, lois et autres directives gouvernementales et départementales indiquent aux acteurs du système judiciaire que ces incidents doivent être criminalisés et judiciarisés, d’autres facteurs tels le contexte sociohistorique dans lequel s’inscrivent ces incidents, la persistance de certaines valeurs, attitudes ou croyances traditionnelles et des ambiguïtés inhérentes à la définition et aux directives entourant ce phénomène suggèrent plutôt l’adoption d’autres types de traitements.
1.2.1 La définition de la violence conjugale
Le crime n’est pas quelque chose qui existe en soi, en dehors de la norme qui l’a créée (Gauthier, 2001). Afin d’être qualifié de criminel, un comportement doit être reconnu comme tel par les instances de contrôle social officielles. La criminalisation de la violence conjugale, c’est-à-dire «(…) le mouvement qui consiste à définir une situation ou un comportement inacceptable comme un crime, en d’autres termes à lui attribuer un surplus de sens qui définit l’instance de gestion la plus appropriée, à savoir le système pénal» (Laberge et Landreville, 1994, p.1055), est relativement récente dans les sociétés occidentales, bien que ce type de violence existe depuis des millénaires. En effet, pendant longtemps, la violence conjugale fut considérée comme un problème relevant de la vie privée des individus et les instances officielles de contrôle de crime ont longtemps considéré cette problématique comme n’étant pas un crime en soi.
Au canada, le caractère criminel de la violence conjugale fut reconnu graduellement au cours des années 1980. Il importe de considérer de quelle manière est définie la violence conjugale puisque, tel que mentionné précédemment, l’identification de la commission d’un crime par les policiers constitue la porte d’entrée d’un incident dans l’appareil judiciaire. Bien qu’elle soit qualifiée de criminelle, la violence conjugale ne constitue pas une infraction en soi dans le Code criminel canadien. Cette caractéristique constitue une des difficultés posées par
l’étude de la violence conjugale puisqu’il existe une pluralité de définitions dans la littérature. En effet, il est difficile de cerner la nature et l’ampleur de la violence conjugale puisqu’il existe diverses conceptions de celle-ci, conceptions qui incluent généralement ses manifestations, ses origines et sa fonction (Conseil du Statut de la femme, 1994). Dans certaines définitions, on fait davantage état de l’intentionnalité du geste, tandis que d’autres insistent sur ses conséquences (Institut de la statistique du Québec, 2003). Cependant, il existe un assez large consensus selon lequel la violence conjugale est une réalité multidimensionnelle incluant les agressions physiques, verbales, psychologiques et sexuelles, de même que le contrôle des ressources financières et matérielles, pouvant se produire à toutes les étapes de la relation de couple, que celui-ci soit hétérosexuel ou homosexuel, et à tous les âges de la vie (Institut de la statistique du Québec, 2003).
Dans sa Politique d'intervention en matière de violence conjugale (Gouvernement du Québec, 1995, p.23), le gouvernement du Québec définit la violence conjugale selon ses manifestations, son origine et sa fonction sociale :
La violence conjugale comprend les agressions psychologiques, verbales, physiques et sexuelles ainsi que les actes de domination sur le plan économique. Elle ne résulte pas d'une perte de contrôle, mais constitue, au contraire, un moyen choisi pour dominer l'autre personne et affirmer son pouvoir sur elle. Elle peut être vécue dans une relation maritale, extramaritale ou amoureuse, à tous les âges de la vie (p.23).
Cette définition de la violence conjugale engendre divers problèmes pour les intervenants judiciaires. D’une part, cette définition est trop restreinte. Selon Johnson (1995; 2005; 2006; 2008), l’absence ou la présence de conduites contrôlantes de la part du conjoint violent constitue le critère déterminant pour distinguer divers types de situations de violence conjugale. En effet, Johnson postule qu’il existe deux principaux types de violence conjugale : le «terrorisme conjugal» et la «violence situationnelle». Dans les situations de «terrorisme conjugal», le recours à la violence découle d’un désir de contrôler ou de dominer l’autre partenaire. Les situations de «violence situationnelle», quant à elles, surviennent lors de conflits ou de différents ponctuels entre conjoints et ne découle pas d’un pattern général de contrôle (Johnson, 1995; 2005; 2006; 2008). En stipulant que la violence conjugale constitue «un moyen choisi pour dominer l'autre personne et affirmer son pouvoir sur elle», la définition adoptée par le Gouvernement du Québec implique que les situations de
«violence situationnelle» ne constituent pas de la violence conjugale. Ceci pose un problème pour les intervenants judiciaires puisque la «violence situationnelle» constituerait la forme la plus courante de la violence conjugale (Laroche, 2005; Vidal, 2005). D’autre part, cette définition est beaucoup trop large puisque de nombreux éléments de celle-ci ne correspondent pas de manière spécifique à une infraction au Code criminel canadien. Par exemple, la violence économique n’est pas considérée comme étant de la violence conjugale dans les statistiques judiciaires et criminelles ainsi que dans le mode de classement des dossiers judiciaires, qui traitentla violence conjugale comme faisant uniquement référence à des crimes contre la personne.
Le Ministère de la Sécurité publique (MSP) utilise une définition similaire dans son Guide
de pratiques policières (MSP, 2007), en omettant cependant de spécifier l’origine et la
fonction sociale sous-tendant ce type de comportements. Ainsi, pour qu’un incident soit considéré comme de la violence conjugale par les intervenants judiciaires, il suffit que les actes d’agressions psychologiques, verbales, physiques et sexuelles ainsi que les actes de domination sur le plan économique aient été commis en contexte conjugal. Cette distinction est importante, car elle implique que plusieurs incidents isolés qui ne constituent pas un moyen choisi d’affirmer un contrôle ou un pouvoir sur son partenaire sont considérés comme de la violence conjugale aux yeux de la loi. Par contre, à l’instar de la définition adoptée par la Politique d'intervention en matière de violence conjugale, cette définition est beaucoup trop large puisque de nombreux éléments de celle-ci ne correspondent pas de manière spécifique à une infraction au Code criminel canadien. Pour remédier à ce problème, le MSP, dans le Guide de pratiques policières (MSP, 2007), indique de manière spécifique quels crimes peuvent être considérés comme de la violence conjugale. Il s’agit du meurtre, de la tentative de meurtre, de l’enlèvement ou de la séquestration, de l’agression sexuelle, des voies de faits, du harcèlement criminel, de la profération de menaces, du méfait, de l’omission de se conformer à une condition d’une promesse ou d’un engagement, du défaut de se conformer à une ordonnance et du manquement à un engagement.
Les définitions mentionnées précédemment illustrent bien certaines des difficultés associées à la conceptualisation de la violence conjugale, difficultés qui ont certaines répercussions sur les recherches portant sur cette problématique. En effet, dans les recherches menées pour
mesurer l’ampleur de la violence conjugale, les définitions de la violence diffèrent sensiblement d’une étude à l’autre et les tentatives répétées d’expliquer et de définir la violence conjugale n’ont pas toujours réussi à faire consensus (Crowell et Burgess, 1996). Au Canada, ce n’est que depuis peu que l’on dispose de données sur la violence conjugale. Les données les plus complètes et les plus importantes proviennent de trois sources de données : l’Enquête sur la violence envers les conjointes dans les couples québécois de 1998, l’Enquête sociale générale de victimisation (ESG) et le Programme de déclaration uniforme
de la criminalité basée sur l’affaire (DUC 2).
L’Enquête sur la violence envers les conjointes dans les couples québécois de 1998 fut réalisée par sondage téléphonique auprès de femmes de 18 ans ou plus ayant eu une relation de couple hétérosexuel pendant au moins deux mois au cours de l’année précédant l’enquête. La définition de la violence conjugale utilisée dans cette étude est la plus vaste de toutes les sources de données mentionnées dans cette thèse et recoupe un ensemble de comportements : la violence physique, la violence sexuelle, les conduites contrôlantes ou humiliantes, incluant le contrôle des ressources financières du couple, et les conduites verbales ou symboliques à caractère violent, comme le fait de quitter une pièce en claquant la porte, de frapper un objet ou de «sacrer» après sa conjointe (Institut de la statistique du Québec, 2003). Par conséquent, il n’est pas surprenant que les taux de prévalence de la violence conjugale indiqués par cette étude soient les plus importants. Selon les données de la présente enquête, plus de 110 000 femmes, soit 6 % des Québécoises, ont été victimes de violence physique de la part de leur conjoint. Les incidents de violence physique déclarés les plus fréquemment par les conjointes sont : avoir été poussée ou bousculée (3,3 %), avoir été secouée ou saisie durement (2,4 %) et s’être fait lancer quelque chose qui aurait pu blesser (1,8 %) (Institut de la statistique du Québec, 2003). En ce qui a trait à la violence sexuelle, ce sont près de 7 % des conjointes, soit 124 000 femmes, qui mentionnent avoir vécu de la violence sexuelle au moins une fois au cours de la dernière année. Le comportement le plus souvent rapporté par les femmes est celui où le conjoint a insisté fortement auprès d’elle afin d’avoir une relation sexuelle. De plus, environ 230 000 conjointes (soit 13 %) affirment avoir subi des conduites contrôlantes ou humiliantes de la part de leur conjoint ou de leur ex-conjoint et deux conjointes sur trois (66 %) affirment avoir été l’objet de conduites verbales ou symboliques à caractère violent
de la part de leur conjoint une fois ou plus au cours de la dernière année (Institut de la statistique de Québec, 2003).
La définition de la violence conjugale utilisée par Statistique Canada dans l’ESG de 2004 est plus circonscrite que celle utilisée dans l’Enquête sur la violence envers les conjointes dans
les couples québécois, soit :«(…) tout voie de fait ou agression sexuelle qui concorde avec
les définitions du Code criminel de ce type d’infraction et qui peut faire l’objet d’une intervention par les policiers» (Laroche, 2007, p.13). L’ESG permet également de connaître l’ampleur de la violence conjugale commise envers les hommes. Au Québec, selon cette enquête, les taux de prévalence sur 12 mois de la violence conjugale de la part du conjoint actuel ou d’un ex-conjoint se situent à 15 ‰ chez les hommes (35 300 victimes) et à 14 ‰ chez les femmes (36 800 victimes) en 2004. En d’autres termes, les taux de prévalence de la violence conjugale chez les hommes et les femmes sont similaires : un homme sur 66 et une femme sur 70 ont été victimes de violence de la part de leur conjoint ou d’un ex-conjoint au cours des 12 mois précédents l’enquête de 2004 (Laroche, 2007). Selon Laroche (2007), la similarité de ces taux de prévalence indique peut-être le fait que la violence entre conjoints ou partenaires constitue un phénomène largement bidirectionnel ou mutuel, comme l’attestent plusieurs études. Cependant, l’ESG de 2004, tout comme l’ESG de 1999, n’a pas demandé aux participants de l’enquête s’ils avaient eux-mêmes exercé de la violence physique envers un conjoint ou un ex-conjoint. De plus, ces enquêtes ont omis de demander aux victimes de violence si elles avaient elles-mêmes amorcé ou provoqué les incidents dans lesquels elles ont été impliquées. Par conséquent, ces données ne fournissent qu’une image très partielle des circonstances et du contexte dans lesquels est survenue la violence. Elles laissent dans l’ombre tous les aspects de l’interaction et de la dynamique entre les conjoints, des éléments qui peuvent augmenter ou contribuer à réduire les risques de l’occurrence de cette violence (Laroche, 2007). Ces éléments seront traités ultérieurement dans cette étude.
Alors que les deux sources de données présentées précédemment proviennent d’enquêtes ponctuelles effectuées auprès d’une partie de la population, la troisième source de données principales concernant la violence conjugale au Québec provient des informations recueillies dans le cadre du travail quotidien des policiers. Les statistiques établies à partir de la DUC 2 donnent de l’information concernant les crimes contre la personne commis en contexte
conjugal au Québec qui ont été signalés à la police. Les crimes en question correspondent à ceux identifiés par le MSP dans son Guide des pratiques policières, à l’exception du méfait, de l’omission de se conformer à une condition d’une promesse ou d’un engagement, du défaut de se conformer à une ordonnance et du manquement à un engagement qui sont exclus de la DUC 2. Selon les données de la DUC 2, 17 321 infractions contre la personne commises dans un contexte conjugal ont été enregistrées en 2008 au Québec, soit plus du cinquième de toutes les infractions contre la personne enregistrées dans l’année (MSP, 2010). Plus de la moitié de ces infractions étaient des voies de fait de niveau 1 (55 %). Suivaient principalement le fait de proférer des menaces (15 %), les vois de fait de niveau 2 (13 %) et le harcèlement criminel (11 %). L’agression sexuelle ainsi que l’enlèvement et la séquestration constituaient tous deux environ 2 % de la criminalité commise en contexte conjugal alors que le meurtre, la tentative de meurtre et les voies de fait de niveau 3 composaient moins de 1% de ces infractions (MSP, 2010). Le taux d’infractions contre la personne commises dans un contexte conjugal était quatre fois et demie plus élevé pour les femmes que pour les hommes. En 2008, 82,2 % des victimes étaient des femmes alors que 85 % des agresseurs présumés étaient des hommes (MSP, 2010).
Il est aisé de constater que le portrait de la violence conjugale fluctue selon la définition et la source de données utilisées. L’ESG de 2004 rapporte des taux de prévalence de la violence conjugale similaires chez les hommes et les femmes alors que les données issues de la DUC 2 indiquent que les infractions commises en contexte conjugal sont majoritairement perpétrés à l’endroit des femmes. La typologie de Johnson résulte d’un effort de concilier ces résultats divergents. En effet, Johnson (1995; 2005; 2006; 2008) mentionne que ces résultats contradictoires sont attribuables au fait que chacune de ces sources de données comporte un biais en faveur de l’un ou l’autre des principaux types de violence conjugale mentionnés précédemment. D’une part, les enquêtes populationnelles comporteraient un biais en faveur de la «violence situationnelle» puisque ce type de violence conjugale est le plus fréquent et que les victimes de «terrorisme conjugal» sont moins enclines à participer à ce type d’enquête. D’autre part, les données issues de sources judiciaires, tout comme celles provenant des maisons d’hébergement et des hôpitaux, comporteraient un biais en faveur des situations de «terrorisme conjugal». Le «terrorisme conjugal» étant plus à risque d’engendrer des comportements violents répétitifs ou une escalade de la violence, ce type de situations
est également plus à risque d’attirer l’attention des voisins, de causer des blessures qui nécessitent des soins médicaux et d’engendrer de la peur chez les victimes. Or, chacun de ces éléments augmentent les risques que l’incident soit signalé aux autorités judiciaires. Cette distinction est importante puisque la «violence situationnelle» et le «terrorisme conjugale» se distinguent également au niveau du genre des individus impliqués. En effet, le «terrorisme conjugal» est presque exclusivement commis par des hommes à l’endroit des femmes alors que la «violence situationnelle» ne se distingue pas au niveau du genre, les femmes autant que les hommes peuvent commettre ce type de violence (Johnson, 1995; 2005; 2006). En somme, des résultats divergents sont obtenus puisque les sources de données utilisées ne portent pas, de manière générale, sur le même type de violence conjugale.
Bien que l’identification des crimes pouvant être commis en contexte conjugal par le MSP soit des plus pertinente pour quiconque s’intéresse à cette problématique d’un point de vue judiciaire, un problème se pose d’emblée : Dans quelles circonstances est-il nécessaire de faire intervenir l’appareil judiciaire et pénal dans un événement impliquant des conjoints ? Si toutes les situations mentionnées précédemment constituent des comportements prohibés dans le Code criminel, le Code criminel ne couvre pas que des infractions graves, mais également une multitude d’infractions mineures (Gauthier, 1998). Ainsi, au sens de la loi, une personne qui serre le bras de quelqu’un, qui lui crache au visage ou qui la bouscule est passible d’une accusation de voie de fait. Or, tel que mentionné précédemment, il est impossible de judiciariser l’ensemble des infractions commises dans la société. Un jugement normatif et subjectif doit donc être posé par les intervenants du système judiciaire concernant la qualification d’un incident en tant qu’événement criminel. Ces problèmes de définition engendrent un véritable dilemme : Affirmer que la violence conjugale est une infraction criminelle est une chose, déterminer quels comportements doivent entrainer une réponse judiciaire et pénale en est une autre. Il subsiste donc une importante zone grise sur ce qui constitue un crime en contexte conjugal, zone qui comprend possiblement la majorité des situations rapportées à la police (Gauthier, 1998). Bien entendu, cette difficulté n’est pas spécifique à la violence conjugale. Elle est présente dans la majorité des interventions du système judiciaire. Or, une des spécificités de la violence conjugale concerne justement la perception qu’en ont les individus qui composent la société.
1.2.2 Les perceptions, valeurs ou croyances défavorables à la
criminalisation et la judiciarisation des incidents commis en contexte
conjugal
Bien que la reconnaissance du caractère criminel de la violence conjugale constituait une nouveauté dans les années 1980, la criminalisation de la violence conjugale n’a pas engendré l’adoption d’une infraction spécifique à cette problématique dans le Code criminel canadien, qui énonce les règles de procédure et les peines applicables aux adultes qui commettent une infraction criminelle. Ainsi, la violence conjugale ne constitue pas une infraction en soi dans le Code criminel canadien, bien qu’elle constitue un facteur aggravant dans la détermination de la peine, mais regroupe plutôt un amalgame de crimes qui figuraient déjà dans celui-ci avant la criminalisation de cette problématique, à l’exception du harcèlement criminel qui y fut ajouté en 1993. Devant cet état de fait, il convient de s’interroger sur la nécessité d’affirmer le caractère répréhensible et criminel de la violence conjugale alors que la majorité des infractions qui la composent figurait déjà au Code criminel. Pourquoi était-il nécessaire de spécifier que ces infractions sont criminelles même lorsqu’elles sont commises en contexte conjugal ? Cette particularité peut être expliquée par le fait que la famille, institution valorisée par nos lois et nos traditions, a longtemps été soustraite au regard de la loi (MacLeod, 1980).
Les institutions sociales ont mis longtemps à reconnaître aux femmes et aux enfants le droit au respect de leur intégrité physique de manière formelle et pratique. Historiquement, le «privilège» de battre sa femme et ses enfants fut approuvé socialement et légalement dans les civilisations occidentales pendant des millénaires (Feder, 1999). Diverses règles et lois peuvent être retracées dans l’histoire de l’humanité à propos de la violence conjugale, et ce, aussi loin que 2500 ans avant J.-C. (Lentz, 1999). De plus, il existe, dans la littérature, plusieurs exemples illustrant la tolérance, et même l’acceptation, de la violence conjugale par la société en général ainsi que par les instances de contrôle social officielles (Feder, 1999;