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Kaybettiğimiz milli değerler:Büyük Türk mütefekkir ve büyük vatanperver Sabahaddin Bey

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Academic year: 2021

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i . , H REPUBLIQUE;;

İ Mİ

Je l’ai connu il y a 45 ans, à Pa­ ris. A cette époque, ayant été en butte à la colère d’Abdülhamid, j ’avais été emprisonné à l’hôpita) militaire de Beyrouth. Alors que j ’étais sur le point d’être déporté, à pied, de Beyrouth à Erzurum, un ami courageux ( le Dr. Hüseyin Hulki, praticien plein d’abnégation décédé sur ie front du Caucase au cours de la Première Guerre Mon diale) grâce a son aide inapprécia­ ble et dont je me souviendrai jus­ qu’à mon dernier soupir, me per - mit de fuir de la prison et de ga­ gner Paris. Il y avait alors un nom qui était très familier à tous ceux qui fuyaient h Paris ; le café Souî- flot situé au centre du Quartier Latin, entre la Faculté de Méde ­ cine et la Sorbonne, ce café était le lieu de réunion habituel des Jeunes Turcs et étudiants turcs alors en nombre fort limité. A ma sortie du train qui m’avait conduit de Marseille à Paris, et après être descendu dans un hôtel aux abords du théâtre Odéon, mon premier soin fut, dix ou quinze minutes après, de me rendre au Café Souf- flot. Dès mon entrée, je vis à quel­ ques tables de distance de la porte un jeune homme dont les traits me firent fortement l’impression d’être ceux d’un compatriote. Je me rendis vers lui et lui dit cou rageusement ' Seriez-vous Turc .

11 me répondit : Oui. Je m’ap - pelle Murad.

Il me demanda mon nom, Com­ bien le malheur et l ’exil contri - huent à rapprocher les hommes Peu après nous avions posé lés fondements d’une amitié entre nous, qui s’est poursuivie jusqu’à ce jour. Murad bey ( Mentese ) e- tait qfficier de cavalerie lorsqu’il fut déporté à Erzurum. Parvenu à fuir, il fréquentait les cours de l ’Institut Agronomique de Paris. Je lui demandais des renseigne - nients sur nos antres compatriotes. Qu’Ahmet Riza boy se trouvait à Paris et qu’il y publiait le «Mês- veret », je le savais depuis que je fréquentais la Faculté de Médeci­ ne. à Istanbul, Mais j ’ignorais qui étaient les outres qui s’y trou - vaient également et s ils travail laient contre le régime d’Abdül - hamid. C’est alors que j ’ai entendu pour la première fois les noms de Hoca Kadri tt du prince égyptien Mehmet Ali Fazil pasa, de Sami pasa zade Sezai bey, du prince Sa- bahaddin et de Fazli bey. Quel - ques jours plus tard je devais faire la connaissance, dans ce même café, du poète Hüseyin Siret bey et du littérateur Abdiilhalim Mem- duh bey. J’ai rendu visite d’abord ;à Ahmet Riza bey et à ses cama ’ rades, puis à chacun de nos autres

compatriotes. Je me suis entrete - nu avec chacun d’eux. Finalement ce fut le tour de la visite à Saba- haddin bey.

Sabahaddin bey habitait avec son frère de lait Fazil bey, aux environs de Paris, au delà de Su - rennes, sur ia colline du Mont Valérien. Par l'entremise de Fazil bey, qui passait une fois par se - maine au café, j ’ai sollicité un en­ tretien avec Sabahaddin bey. Au jour et à l’heure fixés, je lui ai rendu visite au Mont-Valérien. J’allais donc voir le neveu d’Ab - dülhamid dont j ’avais encouru la malédiction, ce, neveu qui avait levé l’étendard de la révolte contre l ’oppression et l ’absolutisme et s’é­ tait joint aux rangs des combat - tants de la liberté. Mais je ne con­ cevais pas'que je dus trouver rien de particulier chez cet homme

grandi dans le Sérail » et je ne m’attendais guère à trouver en lui une culture et une instruction é - gales à celles de nos autres compa­ triotes se trouvant à Paris. Je me mis en route avec un certain pes­ simisme intérieur. Mais combien je m’étais trompé dans mes prévi­ sions ...

En grimpant la pente du Mont- Valérien, en compagnie de Fazli bey qui m’avait attendu à la sta - tion de Surenues, nous arrivâmes à la petite villa portant le No. 96 habitée par Sabahaddin bey. Quel­ ques minutes après, j ’étais en sa présence, dans un modeste salon. Il avait un visiteur. Il se leva de sa bergère pour venir à ma ren - contre et me serrer la main. Le prince était un homme de taille

courte, plutôt malingre, au front large et dégagé, au regard doux et profond. C’était une figure très noble. Il me reçut avec beaucoup de cordialité et me présenta en - suite à son hôte. C’était le rédac - teur en chef du journal « Le Siè­ cle », organe du ministre de la Marine d’alors M. Lanessan et de

Il est indubitable que le pre - mier pas doit être de nous débar­ rasser d’Abdülhamid, d’ouvrir le Parlement et de sauver de toute atteinte la sécurité de la vie et de la propriété. Mais après cela, il faudra appliquer la réforme essen­ tielle dont nous avons besoin, éta­ blir une forme d’administration

Par

le

Dr: Nihad Reşat! Belqer

son parti. Le prince me dit avec beaucoup d’amabilité. « Après mon entrevue avec le journaliste qui durera encore une dizaine de minutes je m'entretiendrai Ion - guement avec vous ». Puis il con­ tinua à causer avec le Français. Je suivais la conversation avec un intérêt et une attention croissants. Il n’était pas possible de rester in­ différent. Car le sujet de la conver­ sation était constitué par l’activité des « Komitadji » en Macédoine, les aspirations politiques des Ar -méniens et des Bulgares, le régime haissable d’Abdülhamid, les pro - jets de réforme dont on parlait depuis des années et que l’on ne parvenait pas à appliquer et d au­ tres questions nationales sembla blés. Sabahaddin bey répondait à toutes les questions du journaliste et l’on remarquait tout de suite sa parfaite connaissance du fran­ çais. Comme il parlait bien, quel français exceller t et comme il em­ ployait les mots exacts. Les répon­ ses étaient persuasives et défini - tives. Après avoir repoussé et ré - futé beaucoup d’accusations ins - pirées par les effets communs de la propagande politique, du fana - tisme religieux, de l’ignorance de l’histoire, et de l’impérialisme oc­ cidental, il démontra qu’en Tur - quie ceux qui souffraient et étaient le plus opprimés, ce n’étaient pas les Chrétiens mais bien les Turcs et les Musulmans, et il fournit beaucoup de preuves et d’exemples à l’appui de cette démonstration. Derrière cette Turquie officielle pourrie dont vous parlez, il y a une jeune Turquie forte et saine, que vous ne connaissez pas et que nous cherchons à faire connaître. La première s’effondrera à brève échéance. La seconde est destinée à devenir, non seulement pour l’O­ rient, mais pour l'humanité entiè­ re un facteur de paix et de civi - lisation ; elle fondera un Etat li - bre, équitable et progressiste. Tout cela, le prince l'exposait avec cette éloquence qui lui était propre.

Cet interview avec le rédacteur du journal « rie Siècle » me fit une impression très profonde. Jus­ qu’à ce jour, je n’ai vu personne défendre notre cause nationale de­ vant les étrangers de façon aussi efficace et aussi profonde. Saba.- haddin bey avait une très haute culture, une intelligence très pro­ fonde et très compréhensive, et je n’ai pas hésité un seul instant à conclure que c’était une person - nalité exceptionnellement douée : Finalement son élévation de pen - sées était apparue de façon évi - dente.

L’intervie-îv prit fin. Le journa­ liste partit. Nous demeurâmes en tête-à-tête. J’ai narré les raisons et les épisodes de ma fuite. Le prince, qui ér,ait la courtoisie per­ sonnifiée, s’appliqua à relever mon moral par des paroles conformes aux circonstances de l’époque. Il me parla de beaucoup de choses en rapport avec l’état et l’avenir de notre pays. « Que pensez-vous, me demanda-x il, au sujet dp sa­ lut de la patrie ? Que pensent les intellectuels à Istanbul ? » « Cha­ cun répondis-je attend et souhaite le renversement d’Abdülhamid par une l’évolution ou sa disparition par l’effet de la mort naturelle et inévitable. Lui disparaissant de la scène politique, il est fatal que le régime qu’il & institué disparaisse avec lui. Dès que le régime cons - titutionnel remplacera son régime d’absolutisme et d’oppression, le pays sera sauvé,la nation connaîtra le bonheur. Telle est l’opinion gé­ nérale. Ne pense-t-on pas de mê­ me à Paris ? »

Maintenant c ’est au tour de Sa­ bahaddin bey d’exposer ses idées. Il a parlé plus d’une demi-heure et a dit en substance :

européenne, fonder un régime de type européen progressiste et re - présentatif, qui promette et assu­ re à tous ses administi’és la sécu - rite, la prospérité et le bonheur. Ce but ne saurait aucunement ê - tre assuré en proclamant, après que le gouvernement actuel aura été éloigné du pouvoir, le rétablis­ sement de la Constitution de 1876. Cette oeuvre que le grand Mithat a payée de sa vie mérite d’être tou­ jours rappelée avec appréciation et gratitude. Mais cette loi élabo­ rée suivant les besoins d’il y a bien des années ne répond plus aux nécessités d’aujourd’hui. Il faut l’amender en conséquence.

Suivant ma conviction, la ques­ tion la plus importante est d’ha­ bituer petit à petit le peuple à col­ laborer à l’administration du gou­ vernement, c’est-à-dire de mettre fin à la situation qui fait du gou­ vernement et de la nation deux forces hostiles l’une envers l’au - tre. Il sera possible de faire repo­ ser cette administration sur la dé­ centralisation. Ce n’est pas la na­ tion qui est créée pour le gouver­ nement ; c ’est le gouvernement qui est établi pour les besoins de la nation. Du moment que c’est la nation qui fournit les impôts et l’armée, il faut qu'elle puisse dé - terminer et contrôler l’usage de ces deux forces. Une administra - tion juste et civilisée ne peut être établie qu’à la faveur d’un sérieux contrôle. Plus le contrôle est éclai­ ré et efficace, plus la souveraineté nationale qui y repose est forte. C’est pourquoi ie contrôle doit être étendu à toutes les partie du pays. Et le moyen le plus pratique à cet effet, c’est de créer dans chaque province des Assemblées régio - nales dotées d'une pleine autono­ mie. Si le peuple participe à l’ad­ ministration locale des provinces, alors l ’Assemblée Nationale pour­ ra étendre son activité à toutes les parties du pays ; la liberté et la constitution s’enracineront •par­ tout.

Nous avons besoin au maximum et d’urgence d’une réforme écono­ mique. Pour la réaliser dans les conditions? les plus satisfaisantes, il faut absolLiment étendre les pouvoirs des municipalités et des administrations provinciales et les confier à des mains capables. Les municipalités et les administra - tions provinciales ne doivent re - fuser aucune facilité ni aucun en­ couragement susceptibles d’inci - ter la population à développer son activité sur le terrain de la pro - duetion. Si la nouvelle administra­ tion s’engage dans cette voie, le pays sera sauvé non seulement de la servitude politique mais aussi de la servitude économique. La Turquie offrira, en un bref laps de temps, l’aspect d’un progrès ex ceptionnel. Lorsque nous nous mettrons à rechercher notre pain quotidien dans les domaines de l’agriculture, de l’industrie et du commerce, qui sont les véritables sources de la fortune, notre niveau moral s’élèvera également et notre

pays profitera de l’administration décentralisée moralement autanf qu ’économiquement.

Le fait qu Abdülühamid ait ps demeurer pendant tant d’années à la tête d’un grai d empire démon tre, plus que sa propre force, la faiblesse de notre société et ses la­ cunes sociales. On attribue ces fai­ blesses uniquement à l’ignorance. Effectivement, l’ignorance est"ûne des causes déterminantes qui in - terviennent en l ’occurrence. Mais la véritable cause qui provoque l’absolutisme c ’est la façon dont nous assurons notre existence. Et cela contribue en même temps a|i maintien de l’ignorance. Alors que d’autres nations ont progressé "et ont brillé indépendamment de leur gouvernement ou malgré ce gou - vernement, nous sommes demeu­ rés ignorants par obéissance à no­ tre gouvernement. Le gouverne - ment qui, ailleurs, est au service de la nation est devenu, chez nous, un chef absolu. Nous ne nous dé­

veloppons pas en assurant notre gagne-pain de façon indépendan­ te, sans avoir besoin de person ne. Après avoir gaspillé. dans les écoles où la personnalité est écra­ sée les meilleures années de notre existence, nous en sortons pour devenir généralement un consom­ mateur prêt a se soumettre h tou­ tes les privations, un faible fonc­ tionnaire. Si les capacités de p ro­ duction de notre population ne s’ac croissent pas, et si notre éducation nationale, en vue de l’accroître, ne tend pas à développer, contraire­ ment à la coutume, l’initiatice per­ sonnelle, le pays aura beau pos - séder des lois libres et équitables, nous n’éviterons pas d’être con - damnés toujours à la misère et l ’absolutisme. Je ne crois pas que la liberté puisse être assurée uni­ quement par des lois de caractère politique ou administratif. Les lois qui sont réellement durables sont celles qui naissent des usages so­ ciaux. C’est pourquoi la pierre an­ gulaire de notre activité doit être de réformer notre vie privée qui est la source d’après laquelle se développent ces usages.

Si, m’avait dit encore le prince Sabahaddin, nous ne prenons pas conscience de nos lacunes du point de vue social et nqus n’y remédions pas, il n’v a pas de doute que nous verrons paraître demain en notre pays, non pas un mais plusieurs Abdülhamid. Car un pays dont la population ne réalise pas des gains, moralement et matériellement, qui est dépourvue des qualités essen­ tielles nécessaires à cet effet, ne saurait obtenir la liberté. La li - berté politique est subordonnée à la liberté économique et celle-ci n’est possible Qu’e'ü développent la capacité de production. La riva­ lité commerciale se développe à une vitesse qui donne le vertige, sous l’influence des conditions é conomiques d’aujourd’hui. Main­ tenant nous sommes en présence de besoins nouveaux et d’hommes nouveaux, d’un mondé complète - ment nouveau. L ’élément agissant de ce monde nouveau est l’initia­ tive personnelle.

Nos écoles doivent armer de cet­ te force pour l’avenir ceux qu’on leur livre. Elies doivent former des êtres humains capables de marcher dans tous les domaines de l’activité humaine avec coura­ ge et résolution en ignorant ce qu’est la crainte. Il faut faire évo­ luer l’orientation de notre éduca­ tion nationale de la tradition vers l’initiative, du passé vers

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