BÖLÜM 2. LOJISTIK VE KENTSEL LOJISTIK
2.6. Kentsel Lojistikte Güncel Konular
Comme il a été déjà soulevé dans le chapitre précédent, le processus migratoire implique le fait de prendre en considération les conditions d’émigration et d’immigration. Ceci définira le cadre dans lequel la nouvelle émigrée pourra interagir et la marge de manœuvre dont elle disposera. À la base, nous pouvons trouver plusieurs éléments explicatifs de l’émergence de l’immigration clandestine. Les inégalités de développement dans les pays du Sud comme dans les pays du Nord créent un excédent de main-d’œuvre dans le Sud et une demande de main-d’œuvre bon marché dans le Nord, surtout dans le secteur des services75.
Alejandro Portes affirme que ce déséquilibre est le reflet de la dynamique de l’expansion capitaliste caractérisée également par la pénétration des pays périphériques
73DE CERTAU M., L’invention du quotidien, volume 1.arts de faire, Paris, Éditions Gallimard, 1990, p.
62.
74 En ce qui concerne le niveau identitaire, nous allons parler de "stratégies identitaires" dans notre thèse. 75 Cf. SASSEN-KOOB S., "Notes on the incorporation of Third World Women in to Wage-labor through
Immigration and Off-shore production", loc. cit., pp. 1144-1167. Voir également STIER H. & TIENDA M., "Family, Work and Women : The Labor Supply of Hispanic Immigrant Wives" in International Migration Review, nº 26(4), 1992, pp. 1291-1313.
par les investissements productifs, les modèles consuméristes et la culture populaire des sociétés avancées76. Catherine Withol de Wenden ajoute que différentes forces transnationales stimulent donc les mouvements de population : ouverture à une culture globale et à des mouvements d’idées transfrontaliers, transferts de capitaux, aspiration à une mondialisation des modes de vie77.
La demande de main-d’œuvre féminine pour le travail domestique (garde des enfants et travail domestique) dans les sociétés du Nord est particulièrement importante. En Suisse, au niveau de l’État, il n’y a pas un grand investissement pour encourager la participation de la femme mère au marché du travail : une grande pénurie de crèches, un congé maternité inexistant, un réseau de soutien de la famille étendue pas toujours disponible, une participation réduite ou minimale de la part de l’homme quant aux tâches ménagères (cf. chapitre 1 de la deuxième partie).
D’un côté, les femmes en Suisse adoptent souvent la formule du travail partiel pour pouvoir concilier78 vie privée et vie familiale ; ces travaux sont en règle général plus précaire, or, comme Patricia Roux le souligne, « (…) qui dit temps partiel dit aussi, notamment, salaire partiel, responsabilités partielles et emploi secondaire (...)79 ». D’un autre côté, les femmes du Sud assument des tâches ménagères et la garde des enfants, et se trouvent elles aussi dans une situation précaire et ne peuvent qu’assumer la formule du travail « clandestin », lié aux caractéristiques du marché du travail global.
Malgré l’existence de cette demande structurelle, force est de constater que les politiques migratoires, nationales, européennes se font plus restrictives, au moment où la mondialisation favorise la libre circulation des capitaux, des facteurs de production, des idées et des médias. En effet, dans les pays du Nord, à partir des années 70, les frontières se ferment en raison de la crise économique en produisant des immigrés
76 Cf. PORTES A., "La mondialisation par le bas. L’émergence des communautés transnationales", loc. cit., p. 16.
77 Cf. WIHTOL DE WENDEN C., op. cit., p. 29.
78 Magdalena Rosende met bien en évidence que cette prétendue conciliation est une décision qui ne
concerne que les femmes (elles seules doivent concilier ces choses). Cf. ROSENDE M., "Histoire du travail des femmes ou l’utopie de la femme au foyer" in www.espacefemmes.org, juin 2003. De ce fait, Patricia Roux affirme que le travail à temps partiel est une fausse alternative dans la mesure où ce choix est socialement déterminé, nécessaire à la survie de la cellule familiale et subordonné au travail masculin. L’étude de Patricia Roux constate également que même si la femme travaille hors du foyer, elle doit assumer l’essentiel du travail domestique. Cf. ROUX P., Couple et égalité. Un ménage impossible, Lausanne, Éditions Réalités sociales, 1999, p. 33.
clandestinisés, c’est-à-dire des personnes qui n’ont pas une existence légale et qui sont
privées de tout droit. Nous postulons, à l’instar de Claudio Bolzman et Catherine Withol de Wenden, que cette fermeture des frontières est à la base de la production de personnes sans-papiers80.
En Amérique latine81, une des caractéristiques de l’époque actuelle est l’accentuation de la pauvreté et de la marginalité ainsi que la précarité des systèmes éducatifs et de travail. Même si entre 1990 et 1994, la proportion des pauvres en Amérique latine est descendue de 41% à 39% (rappelons-nous qu’elle était passée de 35% à 41% dans la décennie précédente), cette proportion est encore très élevée : le nombre absolu de pauvres, de l’ordre de 210 millions en 1996, n’a jamais été aussi grand82. D’ailleurs cette « croissance économique » n’a pas modifié la structure de distribution des revenus. Au Pérou, la classe supérieure recevait en revenue en 1993 entre 2’200 dollars et 4’700 dollars tandis que le niveau bas et très bas recevait 270 et 123 dollars par mois83. La « brèche sociale » s’accentue et les inégalités paraissent au contraire, progresser entre couches sociales ou entre régions.
Ainsi, en 2000, 48% de Péruviens vivaient en situation de pauvreté. Ce pourcentage présente de grandes différences entre la zone rurale et la zone urbaine : 37% de la population habitant dans la zone urbaine vit en-dessous du seuil de pauvreté et 36% est extrêmement pauvre. Par contre, dans les régions rurales, 70% de la population vit en- dessous du seuil de la pauvreté et 36% est extrêmement pauvre84.
79 Ibid., p. 30.
80 Cf. Selon Catherine Wihtol de Wenden, il existe une pression migratoire vers l’Europe, les États-Unis,
le Canada, l’Australie, le Japon, malgré les politiques d’accueil restrictives et dissuasives mises en place, du fait des déséquilibres économiques, démographiques, culturels, politiques qui subsistent. Cf. WIHTOL DE WENDEN C., op. cit., pp. 15-16.
81 Nous tenons à indiquer que les données présentées ci-dessus correspondent à l’étape d’émigration de
ces femmes.
82 Cf. DABERE O., Amérique latine, la démocratie dégradée, Bruxelles, Éditions Complexe, 1997, p.
41. L’auteur affirme que, excepté le cas de l’Uruguay, dans les autres pays, la part de richesse possédée par les catégories les plus basses (40% les plus pauvres) a diminué. Ainsi, à titre d’exemple au Brésil, le revenu annuel par habitant, qui est en moyenne de 3600 dollars pour l’ensemble du pays, varie selon les États de moins de 1000 dollars (Tocantis : 900 ; Piauí : 840) à 4700 dollars (Sao Paulo), voire plus de 7000 dollars (District fédéral). Ibid., pp. 41-43.
83 Cf. HENRIQUEZ N., "La sociedad diversa, hipótesis y criterios sobre la reproducción social" in PORTOCARRERO G. & VALCARCEL M. (éd.), El Perú frente al siglo XXI, Lima, Fondo Editorial Pontificia Universidad Católica del Perú, 1995, p. 298.
84 Instituto Nacional de Estadística e Informática del Perú in www.inei.gob.pe/inei4/percifra/percifra.asp,
Les inégalités sont encore plus accentuées selon l’appartenance au groupe social (Indien, Noir, Métisse ou Blanc). Différentes études montrent l’existence d’un conflit ouvert entre la législation formelle de tous les pays d’Amérique latine (selon laquelle, la légalité juridique est assurée pour tout le monde) et la pratique institutionnelle et quotidienne de ces pays (marquée par la discrimination continuelle) envers les groupes d’« Indiens », de « Noirs » et des « Métisses ». Basés sur des critères « raciaux » et/ou « ethniques », la discrimination se présente dans toutes les sphères du pouvoir empêchant ainsi l’exercice effectif des droits d’une grande majorité de la population85.
La crise économique ainsi que l'application du modèle néo-libéral dans les pays latino-américains et ses conséquences ont durement frappé la population: le nombre de pauvres a augmenté, de même que le nombre de familles ayant la femme comme responsable de famille, ce qui concerne entre 20 et 25% de familles péruviennes. Violeta Sara-Lafosse associe cette réalité à la sous-culture du machisme, laquelle est intériorisée et légitimée par la famille et les institutions sociales, politiques et légales. Le machisme et le patriarcat sont des formes de comportements sexistes, cependant, alors que dans une société patriarcale, l’homme se responsabilise pour ses enfants, celui-ci ne le fait pas ou ne reconnaît pas son enfant dans une société machiste86. Beaucoup de femmes doivent élever seules leurs enfants. De ce fait, il n’est pas étonnant de trouver de plus en plus de mères migrantes et notamment de mères célibataires migrantes.
La croissance de l’insécurité est également une généralité dans le contexte latino- américain : le trafic de la drogue et le « recyclage des narco-dollars » en sont des exemples. Malgré les efforts pour tenter de réduire l’offre (non pas la demande), les « narcos » font preuve d’une grande puissance et l’inventivité des « narcos » pour répondre à un marché en pleine expansion est démonstrative. Par ailleurs, les
85 Cf. QUIJANO A., "Colonialité du pouvoir et démocratie en Amérique latine" in BEJAR A. & alii, Amérique latine. Démocratie et exclusion, Paris, Éditions L’Harmattan, 1994, pp. 94-99. Ainsi, au Pérou les chiffres des différentes estimations varient entre un tiers et deux tiers : d’après certains, les indigènes constituent un tiers de la population ou même la moitié. Cf. LE BOT Y., Violence de la modernité en Amérique latine, Indianité, société et pouvoir, Paris, Éditions Karthala, 1994, p. 81 ; voir également GRAL/CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE, L’indianité au Pérou, Mythe ou réalité, Paris, Éditions du CNRS, 1983, p. 4.
86 Cf. SARA-LAFOSSE V., "Machismo in Latin America and the Caribbean" in STROMQUIST N.P.
(éd.), Women in the Third World : An Encyclopedia of Contemporary Issues, New York, Éditions Garland, 1998, pp. 107-113.
mouvement de guérilla s’étendent (cf. les guérilleros de l’ELN ou des FARC -qui font la loi en Colombie-, les guérilleros du Sentier lumineux ou du Tupac Amaru au Pérou). Enfin, toutes les grandes villes d’Amérique latine connaissent une délinquance croissante liée à la paupérisation et au relâchement des encadrements autoritaires, avec en corollaire une multiplication des pratiques de police privée87.
Ainsi, l’État en Amérique latine n’est pas synonyme d’organisation, d’efficacité, de formalité ou d’égalité ; au contraire, les gouvernements du Sud, chaque fois plus affaiblis, sont loin de répondre aux besoins concrets de la population. Atilo Borón affirme qu’une caractéristique de ces dernières années est l’affaiblissement radical de l’État : « En outre, à la crise structurelle s’ajoute aujourd’hui un discours idéologique qui apparente tout ce qui est public avec inefficience, corruption et gaspillage. Par contre l’initiative privée est présentée comme le paramètre de l’efficacité, de la probité et de l’austérité (...) Il faut reconnaître que l’amalgame entre la crise structurelle de l’état et le discours diabolisant le secteur public a encore accru l’incapacité de ce dernier à formuler et à exécuter ses propres politiques »88.
Cet affaiblissement est aussi marqué par les relations de clientélisme entre l’État latino-américain et le citoyen, ce qui fait que l’État n’est pas perçu comme un lieu de représentation nationale, cela d’autant plus que l’accès au pouvoir d’un parti d’opposition est suivi d’un changement total et immédiat de toute l’administration (qui sera composée par les entreprises, les commerçants et les personnalités liées au parti gagnant). Selon Stéphane Rillaerts, il s’agit d’une logique fondamentalement clientéliste et clanique, survivance du modèle féodal d’organisation sociale hérité de la colonisation, qui fait que la sécurité économique d’une partie de la population dépend de la soumission au système des rapports féodaux dans le champ politique89.
87 Cf. COUFFIGNAL G., "Démocratisation et transformation des États en Amérique latine" in VAN E., La transformation de l’État en Amérique latine, Paris, Éditions Karthala, 1994, pp. 33-34.
88 BORÓN A., "État, démocratie et mouvements sociaux en Amérique latine" in Alternatives Sud,
volume I, 1994 (4), p. 41. Voir également CARRIER A., "Mondialisation économique et productions identitaires en Amérique latine" in MARQUES-PEREIRA B. & alii, Citoyenneté en Amérique latine, Paris, Éditions L’Harmattan, 1995, pp. 183-195 ; RILLAERTS S., "La citoyenneté sociale dans le champ politique en Amérique latine" in MARQUES-PEREIRA B. & alii, op. cit., pp. 162-173.
89 Cf. RILLAERTS S., "La citoyenneté sociale dans le champ politique en Amérique latine" in MARQUES-PEREIRA B. & alii, op. cit., p. 168.
Face à cette situation et à la représentation de l’État latino-américain comme étant impuissant et inefficace, la société civile développe des stratégies à travers différentes organisations de base ou les projets de petites entreprises pour faire face à la pauvreté. L’activité informelle qui s’est accrue dans les années 1980 et qui cohabite avec la légalité représente un important soutien pour l’économie latino-américaine ainsi qu’une réponse active et efficace face à la situation économique90. Dans cette perspective, la migration se présente comme une réponse de la société civile à la pauvreté, à la discrimination de genre et aux divers types d’inégalité sociale. La migration apparaît aussi comme une source importante de devises et une ressource pour éviter des tensions sociales91.
La migration se présente donc, dans certains cas, comme ce que nous pourrions appeler une « politique communautaire », pour mettre en évidence la manière dont les acteurs, face à ces différentes conditions, participent à la mise en place d’une politique n’ayant comme but que d’assurer la survie. Ceci permet la reproduction des conditions
de la clandestinisation.
Cette politique communautaire montre des résultats efficaces face à la pauvreté : les nécessités fondamentales sont satisfaites et, avec les envois d’argent que font les immigrés, les conditions de vie des familles dans le pays d’origine s’améliorent. Il s’agit ainsi d’une politique sociale élaborée et mise en place par les personnes elles-mêmes, à partir de leurs propres ressources92.
Cette politique trouve le soutien de la famille dans le pays d’origine et en Suisse (à travers la famille, les réseaux d’amis et connaissances, ou la communauté d’origine dans le pays de réception). Il importe ainsi de se pencher sur les institutions formelles ou informelles qui aident à réaliser le voyage, comme les agences de voyage ou les petites
90 Voir par exemple l’étude suivante sur le commerce informel : DE SOTO H., L’autre sentier. La révolution informelle dans le tiers monde, Paris, Éditions la Découverte, 1994.
91 Ainsi, par exemple la quantité d’argent que les migrants transfèrent comme virements à leur pays
d’origine s’élevait en 2000 au moins à 80 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Cf. SOLIMANO A., "Remittances by Emigrants : Issues and Evidence", Document de travail de United Nations Economic Commission for Latin American and the Caribbean in http://www.wider.unu.edu/conference/conference- 2003-3/conference-2003-3-papers/Solimano-2208.pdf, 22.08.03.
92 Voir à cet égard RODRIGUEZ N., "The Battle for the Border : Notes on Autonomous Migration,
Transnational Communities and the State" in Social Justice, A journal of Crime, Conflict …, volume 23, nº3, 1996, pp. 21-37.
organisations qui offrent des voyages ou du travail à l’étranger ou qui donnent des orientations et préparent les documents pour la demande d’un visa, etc. D’ailleurs, dans la société de réception, nous pouvons mentionner les institutions suivantes qui, à travers leur service ponctuel, permettent la présence de sans-papiers en Suisse : les personnes suisses / résidant en Suisse employant des immigrés, les institutions humanitaires vers lesquelles les immigrés peuvent se diriger, la communauté latino-américaine, l’Église, etc.
Ainsi, et indépendamment des politiques de migration visant à contrôler les flux migratoires, les chaînes migratoires se renforcent et se reproduisent93. Ce phénomène semble plus fort dans certains pays (comme aux États-Unis par exemple). Ainsi, nous trouvons le concept de « communauté transnationale » (forgé par les théoriciens de la mondialisation). Comme nous l’avons déjà soulevé, malgré la fermeture des frontières, les mouvements migratoires se poursuivent. Ce concept de « communauté transnationale » fait alors justement référence aux individus qui ont créé des communautés traversant les frontières nationales et qui, dans un sens très concret, ne se situent véritablement ni ici ni là, mais ici et là en même temps94.
Nina Glick Schiller et autres observent qu’un nouveau type de migration émerge, qui a pour caractéristique de relier le pays d’origine et le pays de destination à travers des réseaux, des activités et des modes de vie ; ce type reprend les références du pays d’origine et du pays de destination. Ces auteurs définissent le « transnationalisme » comme les processus par lesquels les immigrés construisent des relations de nature multiple (familiales, économiques, sociales, organisationnelles, religieuses et politiques) qui traversent les frontières en reliant leurs sociétés d’origine et de résidence95. De ce fait, malgré les grandes distances et en dépit des frontières nationales (et de toutes les
93 Dans cet ordre d’idées, Catherine Wihtol de Wenden fait référence à la thèse de la mondialisation, qui
considère que le pouvoir de l’État consistant à gérer les phénomènes transnationaux a beaucoup diminué. L’État serait prisonnier de forces transnationales comme l’intégration économique internationale et le multiculturalisme qui menacent la souveraineté. Cf. WIHTOL DE WENDEN C., op. cit., pp. 28-30.
94 Cf. PORTES A., loc. cit., p. 16.
95 Cf. GLICK SCHILLER N. & alii, "Transnationalism : A New Analytic Framework for Understanding
Migration" in Towards a Transnational Perspective on Migration: Race, Class, Ethnicity, and Nationalism Reconsidered, New York, Annals of the New York Academy of Sciences, 1992, p.1. Voir également VERTOVEC S., "Conceiving and researching transnationalism" in Ethnic and Racial Studies, volume 22, nº 2, March 1999, Routledge, 1999, p.447-461.
lois, régulations, etc.), certaines types de relations se sont globalisées intensément et se réalisent dans un espace commun sans limites.
Voici quelques exemples d’activités transnationale : les petites et moyennes entreprises (petites usines, établissement commerciaux variés et agences financières) créées et dirigées en République dominicaine par d’anciens émigrés aux États-Unis (qui dépendent pour leur survie de liens continus avec les États-Unis)96, les enclaves Otavalos en Europe et Amérique du Nord (où les membres de cette communauté vivent de la commercialisation des produits venus de l’Équateur et ont ainsi une communication constante avec leur ville natale pour s’approvisionner, gérer leurs
telares -magasins de vêtements- et acheter des terres)97.
Alejandro Portes désigne ce mouvement comme une forme de réaction « par le bas » face à la restructuration mondiale, c’est-à-dire qu’il s’agit d’une stratégie qui en rejoignant les flux du commerce mondial, s’y adapte, souvent de manière astucieuse, tout en utilisant le capital social comme élément principal98. Nina Glick Schiller le spécifie en disant qu’il s’agit d’une manière de résister à la subordination dans le système global capitaliste99. Les nouvelles conditions dans le pays de réception ne laissent aux migrants que des possibilités d’occuper des travaux dévalorisés et sans aucune perspective de mobilité sociale étant donné la vulnérabilité qui caractérise la condition d’immigré.
Il semble difficile de parler d’activités transnationales pour les femmes sans-papiers. Toutefois, nous postulons l’existence d’une certaine autonomie (qui, dans le contexte suisse, se réalise davantage par le biais des chaînes migratoires, le soutien direct ou indirect de la famille dans le pays d’origine et les structures formelles ou informelles
96 Cf. PORTES A., "La mondialisation par le bas. L’émergence des communautés transnationales", loc. cit., pp. 19-20.
97 Cf. KYLE D., "The Otavalo trade diaspora : social capital and transnational entrepreneurship" in Ethnic and Racial Studies, loc. cit., pp. 422-446. Voir aussi LANDOLT P. & alii, "From Hermano Lejano to Hermano Mayor : the dialectics of Salvadoran transnationalism" in Ethnic and Racial Studies, loc. cit., pp. 290-316 ; ROBERTS R. & alii, "Transnational migrant communities and Mexican migration to the US" in Ethnic and Racial Studies, loc. cit., pp. 238-266 ; LEVITT P., "Social Remittances : Migration Driven Local-Level Forms of Cultural Diffusion" in International Migration Review, volume 32 (4), 1998, pp.926-948.
98 Cf. PORTES A., "La mondialisation par le bas. L’émergence des communautés transnationales", loc. cit., pp. 18-19.
dans le pays de réception) qui facilite l’agir de ces femmes et le fait de pouvoir s’en sortir en tant que « sans-papiers ». Nous pensons que cette autonomie est un lien avec une certaine débrouillardise (cf. chapitre 1, deuxième partie) que les personnes développent déjà informellement dans les pays d’émigration et qui se concrétise par ce type d’activités transnationales indépendantes des frontières ou des politiques