4. ÇALIġMANIN YÖNTEMĠ
2.2. MÜFRET MANALAR
2.2.3. Tümel Ve Tikel Ġle Ġlgili Meseleler
2.2.3.5. Hakiki ve Ġzafi Tür
2.2.3.5.2. Hakiki ve Ġzafi Tür Arasındaki ĠliĢki
La sémantique formelle utilise des moyens logiques comme la théorie des ensembles et la théorie des modèles pour représenter la signification des mots et des phrases du langage naturel. Elle a trouvé une formulation standard dans la sémantique de Montague qui postule que le langage naturel répond aux mêmes contraintes et exigences qu’un langage formel. Cette théorie est limitée par la notion de dépendance sémantique. En effet, elle représente une sémantique statique où les assignations de vérité se font « phrase par phrase », sans que le contexte ne joue de rôle. Une telle sémantique ne peut rendre compte des liens anaphoriques existant entre les propositions ou à l’intérieur de propositions complexes, comme dans les « donkey sentences ». Nous mentionnons ici quelques jalons du développement de la sémantique formelle pendant les trente dernières années, de manière à souligner la contestation dynamique importante qu’elle a subi, au point que l’on parle parfois de « tournant dynamique »38.
On le sait, dans les années 70, D. Davidson a proposé un programme d’étude empirique du langage naturel en inversant la perspective de Tarski. Selon Davidson, la convention « T » de vérité ne doit pas être comprise de manière relativisée à un modèle, mais, au contraire, de manière absolue. La théorie de la vérité de Tarski forme alors la base d’une théorie générale de la signification du langage naturel. La logique, quant à elle, représente une théorie de la partie inférentielle de celui-ci et prend la forme de la logique des prédicats du premier ordre. Une telle théorie exclut tout recours à des notions intensionnelles dans le langage-objet ; elle forme une logique extensionnelle du premier ordre qui se passe des modalités : il en résulte une sémantique formelle où l’on réinterprète les phrases enchâssées, les discours indirects, comme des citations de phrases antécédentes (on parle de théorie paratactique).
La sémantique formelle, dans la version davidsonienne de 1970 a trouvé depuis une vingtaine d’années une contestation pragmatique. Par exemple, D. Kaplan a montré sur le cas des expressions démonstratives, que la détermination de la valeur de vérité des énoncés ne dépendait pas uniquement d’une assignation dans un monde possible mais également des circonstances de leur énonciation39. Selon lui, une phrase doit être « confrontée » au contexte, ce qui détermine alors une intension, puis cette intension est interprétée dans un modèle et permet l’assignation d’une valeur de vérité. Si, par exemple, j’affirme que j’ai mal à la tête, mon énoncé dépend essentiellement du fait que c’est moi qui prononce cette phrase. L’indexical « je » introduit un contexte à partir duquel il est possible de déterminer la proposition (ou intension) de mon énoncé « j’ai mal à la tête ». Cette proposition est vraie dans les mondes (ou modèles) où je suis victime de mal de tête et fausse dans les mondes où je n’ai pas mal à la tête. Chez Kaplan, les contextes servent donc d’entrées (ou inputs) à l’assignation de la vérité des propositions dans des modèles.
Stalnaker a étudié quant à lui les contextes comme outputs des énoncés et a ainsi ouvert la voie à une authentique sémantique contextuelle et dynamique40. Selon lui, une proposition à la fois hérite d’un contexte et en crée un second. Autrement dit, elle est à la fois une « consommatrice» et une « créatrice» de contexte. Ainsi, une
38
J. Peregrin (ed.), The Dynamic Turn, introduction, Elsevier, Amsterdam, 2003.
39
D. Kaplan, « On the logic of demonstratives », Journal of Philosophical logic, 8, pp. 81-98.
40
R. Stalnaker, « Pragmatics », Synthese, 22, pp. 272-289. Pour un exposé plus complet: «Possible Worlds and Situations», Journal of Philosophical logic, 15, pp. 109-123.
proposition possède un sens en vertu du fait qu’elle change le potentiel contextuel des phrases antécédentes en créant un nouveau contexte. Cette idée a été généralisée sur la base du traitement formel de l’anaphore, la sémantique formelle demeurant cependant dominée par le paradigme statique de l’assignation. C’est I. Heim qui, la première, a réfléchi à la question de l’interprétation pragmatique des expressions définies et indéfinies à la fin des années 70, sous la direction de B. Partee à Amherst et de Arnim von Stechow à Constance. Elle a proposé une analyse dynamique de l’anaphore des termes indéfinis (comme « un »), dans une théorie du changement sémantique des « fichiers » (« file change model »)41. Cette analyse consiste en une reprise du problème traditionnel des « donkey sentences » dans le cadre de la sémantique formelle, problème qui avait été analysé par les médiévaux déjà et qui avait trouvé une seconde vie grâce aux analyses de P.T. Geach et de G. Evans42.
Ces travaux ont concouru à la question de la pragmatisation de la sémantique ; c’est-à-dire à la prise en compte des phénomènes contextuels et indexicaux et à une approche dynamique de la sémantique. L’analyse de I. Heim fut concurrencée par celle de H. Kamp qui a proposé une solution à peu près équivalente en termes de représentation sémantique discursive (Discourse Representation Theory), et qui a fini par prévaloir sur la théorie de Heim dans la littérature, pour des raisons de commodité dans le maniement du formalisme43. Elle est aujourd’hui particulièrement utilisée dans l’étude formelle du discours, par N. Asher notamment44. D’autres systèmes sémantiques dynamiques ont été proposés comme alternatives aux théories de Kamp et de Heim, notamment la logique dynamique des prédicats de Groenendijk et Stokhof, et la théorie des jeux de Hintikka45. J. van Benthem par exemple, poursuit aujourd’hui une œuvre importante en logique dynamique46.
Mais nous ne cherchons ni à écrire une histoire de la sémantique, ni à juger ce projet dans toutes ses réalisations techniques. Notre interrogation porte sur la question de savoir dans quelle mesure le phénomène de l’anaphore a ouvert le débat de la pragmatisation de la sémantique d’une part, et en quoi la sémantique dynamique est importante pour la logique d’autre part.
En effet, la sémantique postule des entités dynamiques dans des modèles, comme des flux d’information ou des cinématiques du discours. Mais ces entités peuvent être lues de manières différentes si l’on pense qu’elles représentent des entités individuelles dans l’esprit des locuteurs ou, au contraire, des entités socioconstructives entre locuteurs. En ce sens, il s’agira de « comprendre » les fondements de la sémantique dynamique de manière philosophique. L’anaphore nous sert donc de test à la question de savoir si la sémantique dynamique appelle une compréhension particulière de la sémantique formelle et de la logique.
41
I. Heim, The Semantics of Definite Noun Phrases, Garland, 1988.
42
P.T. Geach, Reference and Generality, Ithaca, Cornell University Press, 1962; G. Evans, The
Varieties of Reference, Clarendon Press, Oxford, 1982.
43
H. Kamp, « A Theory of Truth and Semantic Representation », Formal Methods in the Study of
Language, J. Hintikka (ed.), pp. 277-322, Amsterdam, 1981.
44
N. Asher, Reference to Abstract Objects in Discourse, Kluwer, Amsterdam, 1993.
45
J. Groenendijk, M. Stokhof, « Dynamic Predicate Logic », Linguistics and Philosophy, 14, 1991, pp. 39-102. Hintikka, J., Kulas, J., Anaphora and Definite Descriptions: Two Applications of Game-
Theoretical Semantics, Dordrecht, Reidel, 1985.
46
J. Van Benthem, Language in Action, Categories, Lambdas and Dynamic Logic, North Holland, Amsterdam,1991.
Pour ce faire, il est nécessaire de souligner que la question de l’anaphore intéresse les linguistes depuis fort longtemps : ils ont cherché à en rendre compte de diverses manières, en termes de coréférence, ou de cosignifiance ; ils ont également distingué les pronoms anaphoriques de « simple reprise » des pronoms non liés par leurs antécédents. Bref, ils ont multiplié les approches et les matériaux empiriques47. Les philosophes analytiques, à la suite des travaux de Geach, ont été bien plus avares de réflexions sur cette question48. Pourquoi cela? Il n’est pas impossible qu’ils aient été convaincus un peu trop rapidement que l’anaphore devait être traitée sémantiquement comme une coréférence (Evans) ou comme impliquant des prédicats complexes, les pronoms du langage ordinaire étant alors identifiés à des variables liées (Geach et Quine)49. Ainsi, les philosophes analytiques ont mis la question de la référence au centre de leurs préoccupations et ont négligé l’analyse de l’anaphore. Cette divergence des intérêts des linguistes et des philosophes nous a toujours paru problématique. Cette divergence existe encore, certes, mais elle tend à s’estomper. En effet :
1) Si G. Evans a interprété les pronoms anaphoriques comme des pronoms coréférentiels, il a mis au jour l’existence de pronoms qui ne sont pas assimilables à des variables liées. Il s’agit des pronoms de reprise anaphorique dans les « donkey sentences » comme « Tout fermier qui possède un âne le bat ». Evans les a baptisés pronoms de « type E »50. La sémantique des pronoms est alors devenue une question philosophique à part entière.
2) S. Neale51 a montré de manière convaincante que les pronoms de « type E » ne pouvaient être considérés comme relevant de la seule coréférence. Ils devraient être compris comme des anaphores de type D, c’est-à-dire des anaphores descriptives. Ainsi, Neale a donné une seconde vie à la théorie des descriptions de Russell, tout en ouvrant une deuxième brèche dans l’édifice sémantique standard. Il tentait aussi, par là même, de répondre en termes gricéens à la nécessité d’une pragmatisation de la sémantique soulignée par Evans.
3) La sémantique formelle a permis de donner depuis trente ans des solutions diverses et variées à la question des « donkey sentences » en particulier et de l’anaphore en général, en remettant en cause la sémantique vériconditionnelle
47
Pour ne citer que quelques noms dans le monde francophone : D. Apothéloz, A. Berrendonner, M.- J. Béguelin, M. Charolles, F. Corblin, G. Fauconnier, G. Kleiber.
48
P.T. Geach, Reference and Generality, Cornell university Press, 1962 ; W.V.O. Quine, Du point de
vue logique, Vrin, 2003 ; G. Evans, « Pronouns, Quantifiers, and relative Clauses, I, II », in Collected Papers, OUP, 1985.
49
Je cite Geach: « (….) for a philosophical theory of reference, then, it is all one whether we consider bound variables or pronouns of the vernacular », Reference and Generality, p. 112. Les papiers de Evans sur la question de l’analyse des pronoms du langage naturel sont dirigés contre la lecture par Geach des pronoms comme des variables liées (Evans propose comme contre-exemple l’existence des pronoms de « type E »). Mais, comme Evans le souligne lui-même, la sémantique de Geach est aussi frégéenne que la sienne : « Certainly Geach’s opposition to the position on pronouns which I wish to defend as coherent does not rest upon doubt about this point, for he himself is prone, in his writings, to give truth conditions for quantified sentences along fregean lines. », G. Evans, Collected
Papers, p. 87.
50
L’origine du vocable « type E » est obscure ; il s’agit vraisemblablement de « E pour Evans », mais il pourrait s’agir aussi de la Jaguar la plus connue de l’époque (cette hypothèse apparaît parfois dans la littérature, peut-être comme un trait d’esprit typiquement britannique).
51
S. Neale, Descriptions, MIT, 1990, p. 227, chapitre 6, ainsi que les notes 13 et 14 du même chapitre.
standard ; elle a montré l’importance de l’intégration des notions d’information, de changement de potentiel sémantique. Dès lors, la signification peut être comprise de manière dynamique.
4) R. Brandom a souligné l’importance fondamentale de l’anaphore pour la question de l’individuation des concepts dans le pragmatisme. Il a montré en quoi l’anaphore est première en sémantique vis-à-vis de la référence. L’individuation des concepts dans le holisme sémantique implique en effet une inversion du rapport de précédence sémantique entre l’anaphore et la référence. La sémantique générale était alors confrontée de manière directe à la question de l’anaphore52.
Ainsi, par ces différents biais, la question de la sémantique des pronoms a fait son entrée dans « l’horizon philosophique ». Elle a ouvert par là même le champ sémantique aux questions de la dynamique de la signification et de la dépendance du sens. C’est à ces questions que nous tâcherons de répondre dans le présent travail en proposant, nous l’avons dit, une interprétation générale de la sémantique des pronoms en termes pragmatiques.
52