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4. BULGULAR VE TARTIŞMA

4.3. GEP Yöntemi İle Oluşturulan Modeller

La définition de l’insertion présentée dans la première partie de notre travail, tant sur le plan théorique que dans sa mise en œuvre pratique, fait état d’un champ relativement hétérogène et clairement multidimensionnel. Cette hétérogénéité s’observe sur plusieurs axes, allant des politiques sociales aux régimes assurantiels fédéraux et cantonaux considérés (assurance chômage, assurance invalidité, aide sociale, notamment), en passant par les problématiques traitées (par exemple handicap physique et/ou psychique, migration, addictions et chômage de longue durée) ou encore les populations prises en charge (jeunes, adultes, personnes âgées, migrants, entre autres). Dès lors, les professionnels de l’insertion sont

 

264 QUIVY R. et VAN CAMPENHOUDT L., Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, Dunod, 2006 (3e édition), p.15. 265 LEJEUNE C., Manuel d'nalyse qualitative. Analyser sans compter ni classer, Louvain-la-Neuve, De Boeck Supérieur, 2019, p.21.

amenés à investir non pas un champ d’intervention précisément délimité et uniforme, mais un territoire complexe et mouvant, englobant des publics multiples et des problématiques disparates. Au flou de « l’univers » du travail social266, véritable « mosaïque de professions, de publics de référentiels et de

d’interventions »267, s’ajoute le flou de l’univers de l’insertion, elle-même un « ensemble touffu et

changeant ». « L’empilement des dispositifs » est tel et qui plus est marqué par « l’obsolescence rapide des programmes soumis aux rythmes des cycles politiques », « si bien qu’il est difficile de donner une vision exhaustive des actions entreprises »268 dans cet univers nébuleux. Face à une telle profusion, les

professionnels de l’insertion occupent alors des fonctions qui vont du conseiller d’insertion actif dans un office régional de placement (ORP), jusqu’au maître d’atelier encadrant des personnes en situation de handicap, en passant par une multitude de postes intermédiaires. De plus, les tâches accomplies recouvrent également un spectre relativement large, allant d’une présence continue auprès de l’usager dans une démarche de soutien et d’entraînement à l’activité, jusqu’à la conceptualisation de programmes et à la direction de dispositifs d’insertion.

Il n’est donc pas envisageable d’investiguer, dans le cadre de la présente recherche, la totalité du champ de l’insertion, non seulement pour des raisons pratiques mais aussi en regard de ses frontières vastes, imprécises et poreuses. Il a donc fallu faire des choix, à commencer par celui des dispositifs de référence pour les compétences concrètement mobilisées – le territoire des professionnels – et les compétences attendues – le territoire des responsables-employeurs. Nous avons opté pour les dispositifs, et partant pour les intervenants et leurs supérieurs hiérarchiques, accompagnant des jeunes (en moyenne 16 – 25 ans) engagés dans un processus d’insertion. Plusieurs arguments justifient un tel choix. Premièrement, les multiples difficultés – personnelles, familiales, sociales, scolaires, sanitaires, entre autres – auxquelles peuvent être confrontés ces jeunes, garantissent la présence de travailleurs sociaux dans l’accompagnement proposé dans ce type de dispositifs. C’est ce que confirme indirectement Cyprien Avenel en constatant le développement, entre l’assistance sociale traditionnelle d’un côté et l’économie marchande de l’autre, de « tout un système inédit d’aide à l’insertion qui, loin de se révéler transitoire, est devenu un élément installé. Il est notamment devenu un mode de socialisation pour les jeunes générations »269. Ma précédente expérience professionnelle dans une association active dans ce champ

confirme l’implication du travail social dans de tels processus de socialisation. Il en va de même pour mon activité actuelle au sein de la Haute école de travail social valaisanne dont une partie de mes activités pédagogiques et scientifiques m’amènent à collaborer régulièrement avec les responsables et les professionnels de ce type de structures dans plusieurs cantons romands.

 

266 GASPAR J.-F., op. cit.

267 AUTÈS M., Les Paradoxes du travail social, op. cit., p.4.

268 ISAAC R., LIMA L., RIST B. et TROMBERT C., « Les dispositifs d’insertion » in LIMA L. et TROMBERT C. (s/s la dir. de), Le Travail

de conseiller en insertion, Issy-les-Moulineux: ESF, 2018, p.117.

Deuxièmement, dans la perspective historique déjà évoquée, la question de l’insertion est née et s’est développée d’abord en réponse aux difficultés grandissantes rencontrées par les jeunes générations à entrer et/ou à se maintenir dans le marché de l’emploi. Plusieurs rapports évoquent clairement cette "naissance", à commencer par celui signé par Bertrand Schwartz en 1981270, reconnu comme

déterminant dans le traitement de cette nouvelle problématique. Son titre - L’Insertion professionnelle

et sociale des jeunes - est évocateur . Les jeunes constituent donc un public historiquement privilégié

par les politiques et les dispositifs d’insertion, occupant aujourd’hui encore une place de choix dans l’agenda politique, y compris en Suisse comme le confirme Martine Zwick Monney : « l’intégration socioprofessionnelle des jeunes est une mission prioritaire de la politique sociale en Suisse »271.

Troisièmement, sur un plan davantage sociologique, la problématique de l’insertion soulève la question du rapport au travail, de la valeur qui lui est attribuée et de la place qui lui est accordée par la société. Or, il semblerait que ce rapport se présente de façon particulière pour les jeunes, du moins pour ceux qui connaissent des difficultés à obtenir et à conserver une place de formation (professionnelle) et/ou de travail. Plusieurs auteurs, à l’image de Adilson Gennari et Cristina Pinto Albuquerque272, font état de

représentations et de relations ambigües de ce public avec le monde du travail, oscillant entre une forte valorisation et un certain désenchantement à son égard. En effet, « d’une part, les transformations profondes intervenues depuis un quart de siècle dans le monde du travail et dans son organisation, et qui se traduisent principalement par le chômage de masse et par la précarité des relations d’emploi, affectent principalement les jeunes […]. D’autre part, les jeunes ne sont pas encore ou sont peu socialisés au monde du travail », ce qui expliquerait « des rapports de plus en plus aléatoires au travail »273,

ambivalents, parfois méfiants. Cela ne veut pas (forcément) dire que les jeunes rejettent en bloc la valeur travail, loin de là. Il s’agit bel et bien de considérer ces rapports au prisme d’une « diversité d’attitudes des jeunes au travail et face au travail », renvoyant à leurs parcours et expériences propres. Quoiqu’il en soit, la transition et la stabilisation de ce public dans le monde du travail questionne et ne se fait pas/plus forcément de manière automatique. Au contraire, comme avancé par Claude Dubar, l’insertion socio- professionnelle se construit dans un contexte social et temporel donné ainsi que dans l’interaction entre plusieurs acteurs. Pour paraphraser l’auteur, l’insertion est une « construction sociale » à la fois en tant que « produit d’une histoire », « construit sociétal » et « résultante de stratégies d’acteurs »274. Parmi

ces acteurs de l’insertion il y a non seulement et évidemment les employeurs, mais aussi les professionnels et les publics à insérer, à commencer par les jeunes.

 

270 SCHWARTZ B., op. cit.

271 ZWICK MONNEY M., « L’insertion professionnelle des jeunes. Les enjeux d’un accompagnement coordonné » in SOULET M.-H. (éd.),

Jeunesses précaires, Fribourg: Academic Press Fribourg, 2015, p.169.

272 GENNARI A. et PINTO ALBUQUERQUE C. (s/s la dir. de), Políticas Públicas e Desigualdades Sociais : Debates e práticas no Brasil e

em Portugal, S. Paulo, Editora Cultura Académica UNESP, 2012.

273 CASTEL R., La Montée des incertitudes. Travail, protections, statut de l’individu, op. cit., pp.139-140.

Quatrièmement, dans la continuité de ce qui précède et sous l’angle des pratiques professionnelles du travail social, ses transformations récentes trouvent souvent leur origine dans la mise en œuvre des politiques et des dispositifs d’insertion destinés aux jeunes. Patrick Dubéchot, Pierre Le Quéau et Michel Messu constatent, sous cette impulsion, « la naissance de nouveaux secteurs d’activité »275 dans le

périmètre du travail social. Il en va de même pour Philippe Bregeon276 pour qui les dispositifs d’insertion

par l’économique destinés aux jeunes sont un terreau fertile pour de nouvelles pratiques sociales. Dès lors, il semble pertinent de s’intéresser à ces publics particulièrement éloignés du marché du travail, dans la mesure où ils interrogent non seulement les politiques sociales et les dispositifs d’insertion mais aussi et peut-être surtout, le travail social et ses pratiques dans et vers l’insertion.

Cinquièmement et toujours sous l’angle des pratiques du travail social, nous faisons l’hypothèse que ses fonctions « classiques », notamment pédagogique, éducative et socialisatrice, sont particulièrement pertinentes pour accompagner les parcours d’insertion socioprofessionnelle des jeunes, public qui, par définition, est encore peu "éduqué" et peu socialisé au monde du travail. En effet, l’insertion des jeunes passe non seulement par une qualification technique, formelle, mais aussi par une « re-qualification sociale » et par des actions conçues comme « support à l’insertion économique »277, ou encore par des

interactions de type thérapeutique et socioéducatif278. Dans cette perspective, Simon Wuhl identifie trois

« pôles d’aide à l’insertion » : le « pôle économique » qui correspond à une insertion en entreprise et/ou en formation, le « pôle social » qui renvoie à la réalisation d’une activité utile à la collectivité et le « pôle éducatif » 279 soutenu par les stages et les expériences hors travail. Les fonctions dites « classiques » du

travail social auraient ainsi toute leur légitimité dans l’accompagnement des parcours d’insertion de jeunes publics.

Enfin, sous l’angle des politiques sociales en général et des actions de prévention en particulier, le choix du public jeune peut aussi s’expliquer par le risque de désinsertion et d’exclusion durable qui le guette, si tout n’est pas mis en œuvre en vue d’une insertion aussi rapide que possible. En effet, sur une dimension exclusivement temporelle, être exclu du monde du travail et donc potentiellement de la vie sociale à 60 ans ou à 17 ans, renvoie à des situations et à des enjeux bien distincts. Et sur le plan de la prise en charge, à priori l’intervention du travailleur social ne se pose pas dans les mêmes termes, ses fonctions « classiques » étant sans doute plus légitimes auprès des jeunes publics que des séniors. D’ailleurs, le développement de dispositifs réservés à des âges spécifiques, qu’il s’agisse de jeunes ou de moins jeunes, peuvent être interprétés comme des indices d’une forme de ciblage des réponses

 

275 DUBECHOT P., LE QUÉAU P., MESSU M., « Les emplois de l’insertion et du local » in CHOPART J.-N., Les Mutations du travail

social : dynamiques d’un champ professionnel, op. cit., p.140.

276 BREGEON P., op. cit., 2008

277 ADJERA D. et BALLET J., op. cit., 2004. 278 BREGEON P., op. cit., 2008

279 WUHL S., « Insertion : les politiques en crise » in SOULET M.-H. (s/s la dir. de), Le travail, nouvelle question sociale, Fribourg: Éditions

développées. Cela dit, les usagers des dispositifs eux-mêmes, les jeunes en ce qui nous concerne, ne sont considérés qu’indirectement dans notre recherche, à travers le miroir des trois pôles de compétences explorés.

Premier pôle exploré : les professionnels, ou les compétences mobilisées

L’hétérogénéité définie plus haut à propos du champ de l’insertion socioprofessionnelle trouve un écho dans la multitude des profils des agents d’insertion potentiellement présents dans les dispositifs. Dès lors, comment et quels professionnels retenir afin d’interroger et de comprendre la reconnaissance de la contribution du travail social dans le champ de l’insertion socioprofessionnelle ? Pour répondre à ces questions et arrêter notre choix, nous avons retenu deux logiques : celle des formations acquises – niveau et titre – et celle des fonctions exercées – cahiers des tâches. La question de la formation sera détaillée un peu plus loin, dans le pôle des compétences développées. Précisons simplement à ce stade qu’au départ nous ne souhaitions rencontrer que des professionnels titulaires d’un diplôme du secteur social, délivré par une Ecole supérieure de travail social (ESTS), par une Haute école spécialisée (HES) ou pour une Université. Plus concrètement, nous cherchions à interviewer des maîtres socioprofessionnels, des assistants sociaux, des animateurs socioculturels, ou encore des éducateurs sociaux. L’objectif était de mettre un peu d’ordre et de cohérence dans le public interrogé, en vue notamment du traitement ultérieur des données tout en étant conscient du caractère excluant d’un tel parti pris. En effet, ce dernier négligerait d’emblée des métiers pourtant bien présents dans le champ de l’insertion comme, par exemple, ceux issus de l’enseignement, de la psychologie, des sciences sociales en général, ou encore de la santé. Utilisant une stratégie de type "boule de neige" pour contacter les professionnels – au terme de chaque entretien nous cherchions à obtenir des coordonnées pour de futurs entretiens – nous avons décidé d’assouplir en cours de route le critère de la formation obtenue. En effet, il n’était pas rare que les professionnels proposés fassent bouger les limites du cadre prédéfini, nous poussant peu à peu à élargir notre champ d’investigation. Ce faisant, notre démarche de type qualitatif et compréhensif (nous y revenons plus tard) suit la proposition de Jean-Claude Kaufmann280 pour qui la constitution de

l’échantillon ne doit pas se réduire à une opération arrêtée à un temps T. Il s’agit plutôt, toujours dans la recherche qualitative, d’une élaboration souple et dynamique qui doit intégrer, avec réflexivité et conscience, les découvertes faites en cours de route. En effet, « chaque instant de dépouillement du matériau apporte de nouveaux éléments de cadrage, infiniment plus nombreux, plus précis et plus riches » que ceux prévus à priori. Jean-Claude Kaufmann préfère d’ailleurs parler « d’informateurs » que d’échantillon, terme « mal adapté dans une optique qualitative » et portant « en lui-même l’idée de représentativité et de stabilité » contradictoire avec la perspective mouvante de l’enquête compréhensive. Cela dit, l’échantillon théorique en question a largement été respecté par les

 

« informateurs » réellement rencontrés, comme décrit dans le tableau de synthèse proposé un peu plus loin (figure 3).

En ce qui concerne la logique des fonctions exercées, la sélection des professionnels a été guidée par les postes réellement occupés, par les fonctions effectivement exercées et par les tâches concrètement réalisées et/ou prévues, au-delà des formations et des titres acquis. S’appuyant sur les réalités rencontrées dans les dispositifs contactés, ce second axe, contrairement au premier, n’a pas permis de délimiter à l’avance et avec précision le profil-type de l’agent d’insertion souhaité. Au contraire, il a laissé la porte ouverte à une multitude de possibles non seulement sur le plan des formations suivies et des titres obtenus comme évoqué juste avant, mais aussi en termes de logiques d’action privilégiés et d’outils mobilisés. Et c’est certainement là l’un des principaux intérêts d’une telle option : la mise en évidence d’une reconnaissance pratique en tant "qu’inséreur", fondée sur l’analyse de compétences réellement mobilisées et non pas à priori. De plus, la prise en compte de cette diversité semble même davantage compatible avec la notion de légitimité. Celle-ci en effet, conçue comme la résultante de rapports sociaux négociés, de jeux et d’enjeux de pouvoir, fonctionnant selon des logiques de reconnaissance et de démonstration281 – reconnu comme plus ou moins légitime, en vertu de… -,

suppose la confrontation entre des réalités distinctes. Dans cette optique, il paraît donc pertinent d’appréhender à la fois le travail social lui-même – le dedans – et le "non" travail social – le dehors. Et c’est entre autres dans la confrontation entre le "dedans" et le "dehors", que la légitimité pratique du travail social dans le champ de l’insertion devrait se révéler. Plus concrètement et en résumé, les dix « informateurs » interrogés dans ce pôle de compétences répondent aux profils suivants :

Fig. 3 : Liste des professionnels interrogés

Code Sexe Année de

naissance Formation (niveau) Fonction occupée Depuis… Prof.1 M 1970 MSP (ESTS) Éducateur référent 2008

Prof.2 F 1978 Éducatrice sociale (HES) Intervenante socioprofessionnelle 2010

Prof.3 F 1964 Assistante médicale (CFC)

Intervenante

socioprofessionnelle 2010

Prof.4 F 1966 Éducatrice spécialisée (ESTS) Maître d’atelier 2003

Prof.5 M 1990 Éducateur social (HES) Conseiller socioprofessionnel 2015

Prof.6 M 1952 Dessinateur en génie civil (CFC)

Intervenant

socioprofessionnel 2008  

Prof.7 F 1979 Ergothérapeute (HES) Intervenante socioprofessionnelle 2013

Prof.8 M 1976 Educateur social (ESTS)

Intervenant

socioprofessionnel 2014

Prof.9 F 1989 Assistante sociale (HES)

Intervenante

socioprofessionnelle 2015

Prof.10 F 1973 Travailleuse sociale (Université) Animatrice d’atelier 2009

Au final, nous avons rencontré dix professionnels actifs dans le champ de l’insertion, six femmes et quatre hommes, âgés de 27 à 65 ans au moment des entretiens (avril – juillet 2017). Sept interlocuteurs sont au bénéfice d’une formation en travail social (de niveau ES à universitaire) et trois sont formés dans un autre secteur d’activité ; deux de type CFC (assistante médicale et dessinateur en génie civil) et une de niveau HES (ergothérapeute). À noter que tous les professionnels interrogés ont fait état de formations continues, internes et/ou externes à leur lieu de travail, complétant leur profil y compris dans le domaine de l’insertion. Nous renonçons ici à en faire un recensement exhaustif, mais les évoquerons régulièrement dans l’analyse des données. Quant aux fonctions occupées dans le champ de l’insertion socioprofessionnelle, elles témoignent d’une expérience allant de deux à quatorze ans. Enfin, cherchant à compléter les informations obtenues en entretien, nous avons parcouru les sites internet des différents dispositifs représentés par les professionnels interviewés avec le filtre « compétences mobilisées ». Cela nous a permis d’identifier plusieurs documents pertinents, dont certains ont été analysés de manière plus systématique. Il s’agit essentiellement de descriptifs de postes et/ou de fonctions et de processus d’accompagnement

Deuxième pôle exploré : les employeurs, ou les compétences attendues

Le deuxième territoire constitutif de la problématique retenue s’intéresse aux dispositifs, publics ou privés, employant des experts de l’insertion socioprofessionnelle de jeunes publics. Le pôle des compétences attendues permet de mettre la loupe sur les processus que les employeurs de l’insertion mettent en œuvre pour recruter et gérer leurs équipes : quels sont les critères d’embauche privilégiés (entre autres la formation, l’expérience professionnelle et les aptitudes personnelles) et pourquoi le sont- ils ? Comment se structure le corps professionnel dans le champ en général et dans les dispositifs en particulier ? Ou encore, quelles sont les politiques de formation continue mises en place pour renforcer la cohérence entre compétences amenées par les professionnels et celles recherchées par les responsables des dispositifs ? Plus spécifiquement, dans quelle mesure les compétences reconnues au travail social font-elles partie ou pas des compétences recherchées ? Autrement dit, lorsqu’un responsable d’un dispositif d’insertion engage un travailleur social, quelles sont ses attentes et comment justifie-t-il un tel

engagement ? L’inverse peut-être tout aussi significatif : lorsque ce même responsable refuse d’intégrer un travailleur social dans son équipe "d’inséreurs", comment l’explique-t-il ?

En référence notamment à la notion de qualification définie précédemment comme un « rapport social négocié », entre autres avec les employeurs, nous pensons que ces derniers sont un acteur central, pour ne pas dire principal, d’un champ professionnel un minimum organisé et reconnu. En effet, pour qu’il y ait des agents d’insertion, il faut qu’il y ait d’abord non seulement des usagers à insérer, mais aussi des structures d’insertion fonctionnant avec ces mêmes agents. De plus, la maîtrise des logiques de recrutement dont disposent les employeurs en question, est de nature à leur conférer un pouvoir quasi structurant du champ de l’insertion, ou du moins un pouvoir d’action et d’influence sur son organisation. À titre d’exemple, au cours du temps on a vu apparaître des acteurs institutionnels organisés selon des publics-cible – les jeunes, les plus de 50 ans, les migrants mineurs non-accompagnés, etc. - ou des problématiques particulières – le chômage de longue durée, les addictions, la santé mentale, le logement, etc. Ce qui peut orienter, du moins en partie, les critères d’embauche privilégiés et, au final, les profils des collaborateurs engagés et donc les compétences effectives.

On peut également voir dans divers mouvements interinstitutionnels de collectivisation des pratiques et de regroupement de certains dispositifs (sur un plan cantonal, intercantonal, voire national), des indicateurs d’une structuration en marche, portée notamment par l’axe des compétences attendues. À titre d’exemple, dans le domaine de l’insertion, nous pouvons citer la mise en place, depuis les années 2005, des standards de qualité sous l’impulsion de l’Association des Organisateurs des Mesures du

Benzer Belgeler