DENEME TÜRÜNÜN ISIGINDA MONTAİGNE'İN DENEMELERİNİN EGİTİMSEL GÜCÜ

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LE POUVOIR EDUCATIF DES ESSAIS DE MONTAIGNE A LA LUMIERE DU GENRE DE L’ESSAI

THESE DE MAITRISE

Préparée par Yasemin KILIÇ

Sous la Direction de Doç. Dr. Esma İNCE

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Yasemin KILIÇ‘ın DENEME TÜRÜNÜN IŞIĞINDA MONTAIGNE’IN

DENEMELER’İNİN EĞİTİMSEL GÜCÜ başlıklı tezi 06.06.2008 tarihinde, jürimiz tarafından YABANCI DİLLER EĞİTİMİ Anabilim Dalında

Yüksek Lisans Tezi olarak kabul edilmiştir.

Adı Soyadı İmza

Üye (Tez Danışmanı): Doç. Dr. Esma İNCE

Üye : Prof. Dr. Nevin HADDAD

Üye : Prof. Dr. Ayten ER

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Tout d’abord, ma directrice de recherche Madame le Doç. Dr. Esma İNCE. Ses critiques, ses conseils précieux pour l’élaboration de ce travail et son appui matériel et moral m’ont été fort utiles tout au long de cette étude .

Je voudrais tout particulièrement remercier aussi Madame le Yrd. Doç. Dr. Melek Alpar de l’Université Gazi de m’avoir donné le premier l’idée de faire la maîtrise et Madame le Prof. Dr. Nevin Haddad de l’Université Gazi pour son cours de l’Histoire de la Langue Française qui m’a assuré la compréhension du moyen français.

Je n’oublie bien évidemment pas Nizam KILIÇ mon mari, et Burak Kaan KILIÇ mon fils pour leur appui indéfectible, matériel et moral au cours de mes études.

J’exprime ma profonde reconnaissance à tous ceux qui m’ont aidée dans ce travail.

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MONTAİGNE’İN DENEMELERİNİN EĞİTİMSEL GÜCÜ

Kılıç, Yasemin

Yüksek Lisans, Fransızca Öğretmenliği Bilim Dalı Tez Danışmanı: Doç. Dr. Esma İNCE

Haziran - 2008

Bu araştırmada, yazınsal bir tür olarak denemelerin eğitsel değeri ve Montaigne’in Denemeler’inde dil eğitimi; davranış eğitimi; 0-6 yaş grubu çocuk eğitimi; cinsel eğitim; vicdan eğitimi ve bu bağlamda gelişim psikolojisine katkıları değerlendirilmiştir.

Araştırmanın evrenini; bir yazınsal tür olarak denemelerin eğitsel değeri ile yukarıda sıralanan bölümler, örneklemini ise; Montaigne’in Denemeler’i ve Denemeler’in eğitimdeki rolü oluşturmaktadır.

Araştırma dört temel bölümden oluşmaktadır. Birinci bölümde Montaigne ve Montaigne’in Denemeler’i tanıtılmıştır.

İkinci bölümde denemenin tanımı yapılarak Montaigne’den sonra Türkiye’de ve Fransa’da yapılan deneme çalışmaları incelenmiş ve aynı bölümde denemelerin öğretici yapıları ve deyişbilimsel (stilistik) yapılarının incelemesine yer verilmiştir.

Üçüncü bölümde, Montaigne’in eğitimle ilgili düşüncelerinin bazı eğitim bilimcilerin düşünceleri ile ilişkileri ortaya konmuş; dördüncü bölümde ise Denemeler’in çocuklar ve yetişkinler için eğitimsel işlevinin öneminden söz edilmiştir.

Çalışmanın sonunda, Montaigne’in eğitimle ilgili düşüncelerinin evrenselliği ve eğitimde önemli bir yere sahip olduğu görülmektedir.

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A LA LUMIERE DU GENRE DE L’ESSAI

Kılıç, Yasemin

Maîtrise, Département de la Pédagogie du Français Directrice de Recherche: Doç. Dr. Esma İNCE

Haziran – 2008

Dans ce travail, on cherche à examiner le rôle éducatif des essais en tant que genre littéraire; l’enseignement des langues; l’éducation de comportements; l’instruction préscolaire; l’éducation sexuelle; l’éducation de la conscience dans les Essais de Montaigne et aussi dans ce contexte, leurs apports à la psychologie de développement.

L’univers de cette étude se compose du rôle éducatif des Essais et des chapîtres mensionnés ci-dessus. Quant au champ d’étude de cette maîtrise, il se compose des Essais de Montaigne et du rôle éducatif des Essais.

Ce travail se compose de quatre parties essentielles. Dans la première, on présente Montaigne et ses Essais.

Dans la deuxième partie, en faisant la définition détaillée de l’essai, on étudie les travaux de l’essai après Montaigne en Turquie et en France, et dans la même partie, on réserve une place aux recherches de la structure stylistique et didactique des essais.

Dans la troisième partie, on met en relief les rapports entre les idées pédagogiques de Montaigne et celles de certains pédagogues. Quant à la quatrième partie, on y parle de l’importance du rôle éducatif des Essais pour les enfants et les adultes.

A la fin de l’étude, on constate que les idées éducatives de Montaigne sont universelles et ont une grande importance dans le monde de l’éducation.

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PAGE DE SIGNATURE DES JURES……… i REMERCIEMENTS……… ÖZET………... ii iii RESUME……… iv

TABLE DES MATIERES……….. v

INTRODUCTION ………. 1

PREMIERE PARTIE: MONTAIGNE ET L’ESSAI……….. 2

CHAPITRE I……… 3

1. MICHEL EYQUEM DE MONTAIGNE……….. 3

2. SON ŒUVRE……… 5

CHAPITRE II……… 7

1. QU’EST-CE QUE L’ESSAI?………... 7

2. LES ESSAIS APRES MONTAIGNE……….... 8

2.1. L’essai dans la littérature turque………. 8

2.2. L’essai dans la littérature française………. 9

2.3. La structure stylistique et didactique des essais……… 10

DEUXIEME PARTIE: LE ROLE EDUCATIF DES ESSAIS……… 13

CHAPITRE I……… 14

1. L’EDUCATION ET L’ENSEIGNEMENT SELON MONTAIGNE… 14 1.1. Le développement des comportements……… 30

1.2. L’instruction préscolaire………... 48

1.3. L’éducation de la conscience………... 56

1.4. L’enseignement des langues……… 65

1.5. La qualité des maîtres (des enseignants)………. 70

1.6. L’éducation sexuelle……… 77

TROISIEME PARTIE: LE RAPPORT EDUCATIF ENTRE MONTAIGNE ET CERTAINS PEDAGOGUES………. 82

1. MONTAIGNE ET RABELAIS……… 83

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CONSEILS………... BIBLIOGRAPHIE………...

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INTRODUCTION

L’éducation est un élément capital dans la vie de l’homme et elle est aussi vieille que l’histoire de l’humanité. L’éducation qui comporte divers sens et contenus dans différentes sociétés et cultures est à l’usage des comportements de l’homme. Elle est un moyen de transformation et différenciation. Mais, les principales valeurs qui assurent cette transformation est un sujet de culture. Et les différentes valeurs culturelles orientent l’éducation. Ces valeurs se transmettent aux générations futures par voie de la culture orale et écrite. De nos jours, cette transmission se réalise par l’entremise des écoles. D’abord, elle se réalise d’une manière orale: les épopées, les contes, les poèmes et les élégies. Quant au Moyen Age et à l’époque de la Renaissance, plusieurs philosophes expriment leurs idées en écrivant des œuvres littéraires. Ainsi de nouveaux genres littéraires naissent: les essais, les pièces de théâtre, les fables, etc. Ces ouvrages importent pour l’éducation du peuple. Ils ont un rôle important du point de vue de la transmission des valeurs des sociétés et de leur transformation.

En Europe, nombreuses études ont été accomplies sur les Essais. Ce genre littéraire constitue non seulement un sujet de l’histoire de la littérature mais encore celui de l’enseignement des langues. Il importe pour son époque que pour sa culture. D’autre part, quand on se penche sur le rapport entre l’éducation et la littérature, le pouvoir éducatif de l’essai comme genre littéraire mérite d’être étudié.

En France, il existe des études qui mettent en relief le rapport des essais avec l’éducation. Quant à la Turquie, malgré les études littéraires là-dessus, on ne s’est guère intéressé au pouvoir éducatif de l’essai ni aux sujets éducatifs dans les Essais de Montaigne.

C’est pourquoi, cette étude s’oriente non seulement vers le pouvoir éducatif des Essais mais encore vers l’éducation des enfants et des adultes dans cette œuvre.

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PREMIERE PARTIE

MONTAIGNE ET L’ESSAI

L’essai, par rapport aux autres genres littéraires, n’est pas un genre aussi connu. Toutefois, c’est grâce à l’apport de Montaigne qu'il devient universel.

Cette partie introductive a donc pour objectif de présenter d’une part, Michel Eyquem de Montaigne, et de l’autre le genre “essai”. Elle s’articulera autour de deux chapîtres. Le premier retracera la vie et l’œuvre de Montaigne. Le deuxième s’intéressera à la définition de l’essai, aux essais dans les littératures turque et française et à la structure stylistique et didactique des essais.

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1. MICHEL EYQUEM DE MONTAIGNE (1533-1592)

Michel Eyquem de Montaigne, ou plus simplement Michel de Montaigne, écrivain français, héritier de l’humanisme est un penseur et un homme de politique française de la Renaissance. Il est l’auteur des Essais, premier ouvrage de ce genre. Ses Essais ne sont pas seulement une autobiographie, mais le monument philosophique français de la Renaissance.

Né le 28 février 1533, au château de Montaigne, en Périgord, Michel Montaigne qui enrichit les lettres françaises d’un genre nouveau, est issu d’une famille de négociants bordelais qui passe doucement de la riche bourgeoisie à la noblesse. Sa mère, Antoinette de Louppes est une Lopez, une Espagnole d’origine juive dont la famille s’est convertie au catholicisme avant de s’établir à Bordeaux pour s’adonner au commerce dans ce grand port. C’est grâce aux affaires que la famille de Lopez s’allie à la famille de Pierre Eyquem, père de Montaigne. La famille paternelle de Montaigne, française, est du même rang que sa famille maternelle. Les familles Eyquem et Lopez sont connues, puissantes et d’un bon niveau intellectuel.

Pierre Eyquem, père de Montaigne, nommé maire de Bordeaux en 1544, donne à son fils ainé, Montaigne, une éducation dans les principes humanistes. Montaigne est envoyé en nourrice à ce qu’il raconte dans les Essais. A l’âge de trois ans, il peut retourner au château. On lui donne alors un précepteur qui est un médecin allemand nommé Hortanus, qui a pour ordre de ne parler à Michel qu’en latin, règle à laquelle doit se plier également le reste de la famille. Michel de Montaigne est scolarisé ensuite au collège de Guyenne à Bordeaux, haut lieu de l’humanisme bordelais, où il apprend le français, le grec, la rhétorique et le théâtre. Il y brille rapidement par son aisance à pratiquer la discussion et la joute rhétorique et par son goût pour le théâtre.

On ne sait si c’est à Toulouse ou à Paris qu’il poursuivit, probablement en 1546 et 1554, les études de droit indispensables à ses activités futures. En 1557, on

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passe au Parlement de Bordeaux où il se lie avec Etienne de la Boétie qui devient son meilleur ami. Après la mort de celui-ci qui l’a profondement bouleversé, il se marie avec une femme de qualité, Françoise de la Chassaigne en 1565. D’elle, il a six filles dont une seule survit. La mort de son père le rend maître du château et de la terre de Montaigne dont il porte désormais le nom.

En 1571, il se retire dans son château pour la rédaction des Essais.

Montaigne est un humaniste. Il prend l’homme, et en particulier lui-même, comme objet d’étude dans son principal travail, entrepris à partir de 1571 à l’âge de 37 ans.

Cependant, sa femme le soutient et prend la responsabilité de la vie sociale et familiale pour que Montaigne puisse travailler tranquillement.

Le projet de Montaigne est de lever les masques, de dépasser les artifices pour dévoiler le moi dans son essentielle nudité.

Le travail sans précédent dans sa sincérité et sa saveur personelle, c’est celui d’un sceptique pour qui sont à bannir les doctrines trop figées et les certitudes aveugles. Son influence est colossale sur la littérature française, occidentale et même mondiale.

Durant le temps des guerres de Religion, Montaigne, lui-même catholique, agit comme un modérateur, respecté par le catholique Henri III et le protestant Henri de Navarre, à qui le lie une solide amitié. En 1577, ce dernier, alors seulement roi de Navarre nomme –par lettres patentes- Montaigne “Gentilhomme de sa Chambre”.

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De 1580 à 1581, il voyage en France, en Allemagne, en Autriche, en Suisse et en Italie, tenant le journal détaillé qui décrit les différences d’une région traversée à l’autre et qui n’est publié qu’en 1774 sous le titre de “Journal de Voyage”.

Tandis qu’il est à Rome, en 1581, il apprend qu’il est élu maire de Bordeaux. Son père Pierre Eyquem a déjà rempli cette fonction dans cette ville que Michel de Montaigne sert jusqu’en 1585: il tente d’y modérer les relations entre catholiques et protestants. Vers la fin de son mandat, la peste sévit dans sa ville.

Lorsque le nouveau roi Henri IV, avec qui Montaigne entretient toujours un lien d’amitié, invite ce dernier à venir à sa cour comme conseiller. Le philosophe décline cette généreuse proposition, refusant par là même de jouer le rôle qu’a tenu Platon pour conseiller le tyran Denys de Syracuse. Il continue d’étendre et de réviser les Essais jusqu’à sa mort, en 1592, au château de Montaigne.

De son vivant, il voit ses Essais publiés deux fois, en 1580 et en 1588, et une édition posthume est publiée par Mlle de Gournay.

2. SON ŒUVRE

Les Essais constituent une œuvre diverse et dispersée. Bien qu’ils fourmillent d’anecdotes et de renseignements sur la vie de Montaigne (“je suis moi-même la matière de mon livre”), ils ne sont ni une autobiographie ni même une confession. Et ils associent une réflexion personnelle et spirituelle sur le monde et sur soi, et apparaissent comme un champ de connaissance où l’auteur expérimente sa pensée, l’essaye, la pèse, la met à l’épreuve. C’est pourquoi cette œuvre est devenue le miroir de la vie et de la personnalité de Montaigne. Et sa célèbre devise “Que sais-je?” apparaît comme le point de départ de tout sa pensée philosophique.

Les essais sont composés de trois livres et de cent sept chapitres. Le Livre I, qui peut sembler plus anecdotique que les suivants, est consacré à différentes observations, d’ordre politique ou ethnographique, ainsi qu’à des réflexions

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philosophiques sur la mort, la solitude, l’éducation, l’amitié. Dans le Livre II, Montaigne fait la peinture de lui-même et de ses sentiments. Le Livre III est publié pour la première fois en 1588. Il y approfondit la réflexion et ce livre comporte le récit de ses voyages. Les Essais sont publiés pour la première fois en 1580, sont corrigés et augmentés une première fois pour la version de 1588, et, de nouveau, on voit l’édition posthume de 1595 sur les annotations manuscrites de l’auteur. Dans trois livres, Montaigne glisse d’un sujet à un autre. Cette œuvre témoigne de la Renaissance.

Dans les Essais, Montaigne constate un relativisme culturel, reconnaît que les lois, les morales et les religions des différentes cultures ont toutes quelque fondement.

Montaigne montre son aversion pour la violence et pour les conflits fratricides entre catholiques et protestants qui commencent à se massacrer conjointement à l’apparition de la Renaissance.

Les Essais sont marqués d’un pessimisme et d’un scepticisme rares du temps de la Renaissance. Son scepticisme est le mieux exposé dans le long essai Apologie de Raymond de Sebond.

Montaigne considère le mariage comme une nécessité pour permettre l’éducation des enfants, quand même il pense que l’amour romantique est une atteinte à la liberté de l’individu.

En éducation, il conseille l’entrée dans le savoir par les exemples concrets et l’expérience, plutôt que les connaissances abstraites acceptées sans aucune critique.

Dans les Essais l’objectif de Montaigne est de parvenir à une connaissace de soi-même et de l’homme en général. Il est vrai que “chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition.”(Livre III, chap. 2) et “Qui apprendrait aux hommes à mourir leur apprendrait à vivre.”(Livre I., chap. 20)

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CHAPITRE II

1. QU’EST-CE QUE L’ESSAI?

L’essai est un genre littéraire où l’auteur parle de ses idées et sentiments personnels sur un sujet précis. Ce mot dérive du mot latin “exagium” ou bien “exigere”. Le mot essai est utilisé pour la première fois par Michel de Montaigne au XVI. siècle. En turc, on utilise d’abord le mot “bend”, “tecrübe-i kalemiyye”, “kalem tecrübesi” et avec le temps on commence à utiliser “deneme” qui vient du verbe “denemek”.

L’essai, qu’on voit comme une sorte de prose et comme le champ d’expression de la pensé libre, est un texte court consistant en quelques pages où l’auteur rédige librement l’événement, la situation, le fait qu’il observe sans plan, ou bien ses impressions concernant n’importe quel sujet.

L’essayiste rédige son essai d’une manière libre sans avoir besoin de prouver son idée avec les arguments. L’essai est un produit du dialogue dans lequel l’homme entre réellement ou imaginairement avec les autres ou avec lui-même sur n’importe quel sujet.

L’essayiste est celui qui peut voir dans les événements, une situation, des objets que l’homme moyen ne peut pas voir. Il peut voir aussi, les détails, les extravagances, les beautés, les merveilles et il peut les rédiger de façon à attirer l’attention du lecteur. L’essayiste voit ce que l’homme moyen regarde.

L’essai n’a pas un sujet déterminé. Tous les sujets peuvent être traités dans un essai: la nature, la politique, la religion, la littérature, la culture, la philosophie, l’économie, la métaphysique, l’art, la pédagogie, la langue, la ville, la psychologie, la femme, etc. Ce qui est important, c’est de présenter ces sujets dans une perspective originale et accentuer leurs points importants.

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Pour l’essayiste, le sujet est un moyen, non un but. Les sujets comme l’être animé, la nature, les événements, les livres, les œuvres d’art, les gens, etc. sont des moyens pour exprimer les idées de l’essayiste. En écrivant, il se sert de lui-même, de ses propres connaissances, de sa culture générale et de son goût. Ce qui est en question, c’est l’expression générale et superficielle du sujet. Et ce qui est important, ce sont les pensées et les sentiments, les impressions sur le globalité du sujet, non sur les détails.

En conséquence, l’essai est un genre littéraire comme les autres. Le but de l’essai est le même que celui du roman, du théâtre, de la poésie, du conte. L’essai transmet au lecteur ce que ces genres transmettent. Mais, la façon de la transmission de ce genre est différente des autres. Comme dans les autres genres littéraires, dans l’essai, le but est de faire une bonne impression sur le lecteur avec les découvertes individuelles, non pas de rechercher certaines vérités et de les prouver.

2. LES ESSAIS APRES MONTAIGNE

L’essai dans la littérature turque

Dans la littérature turque, l’essai paraît d’abord dans les journaux. Les articles qui paraîssent dans le journal “Tercüman-ı Ahval”, le premier journal privé, jettent les fondaments du genre de l’essai. Ce dernier entre dans la littérature turque par l’influence de la littérature occidentale. Il se développe après la fondation de La République en Turquie.

Dans la littérature turque, on produit beaucoups dans ce genre. Les premiers essais apparaîssent sous forme de recueils des articles de journaux. Dans ces premiers essais, on écrit sur divers sujets comme l’histoire, la littérature, la philosophie, et sur les études et les critiques sur celles-ci.

Parmi les livres d’essai dans la littérature turque, on voit: “Bize Göre (1928)”, “Gurebâhâne-î Laklakân (1928)”(Ahmet Haşim); Plusieurs articles de Ahmet Rasim;

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“Takvimden Yapraklar (1912)” (Mahmut Sadık); “ Bir Avuç Saçma(1939)”, “Bir İçim Su (1931)”, “İlk Adım (1941)”, “Üç Nesil, Üç Hayat (1943)”, “Makyajlı Kadın (1943)”, “Tanrıya Şikayet (1944)” (Refik Halit Karay); “Eski Saat (1933)”, “Niçin Kurtulmak (1953)”, “Çile (1955)”, “İnanç (1965)”, “Pazar Konuşmaları (1966)”, “Kurtuluş (1966)”, “Bayrak (1970)”(Falih Rıfkı Atay).

Dans la littérature turque, les essais sont écrits en général par des romanciers; des poètes et des conteurs. Les écrivains qui n’écrivent que des essais sont rares: Nurullah Ataç (1898-1957), Sabahattin Eyüboğlu (1908-1973), Suut Kemal Yetkin (1903-1980), Mehmet Kaplan (1915-1986), Nurettin Topçu (1909-1975), Salah Birsel (1919-1999), Vedat Günyol (1912-2004), Enis Batur (1952- ), Cemil Meriç (1917-1987), Mehmet Salihoğlu (1922- ), Uğur Kökden (1934- ), Nermi Uygur (1925-2005), Ahmet Turan Alkan (1954- ).

Ces essayistes écrivent sur divers sujets: l’art, la littérature, la langue, la philosophie, la ville, la politique, la société, la religion, la psychologie, la femme, etc.

L’essai dans la littérature française

L’initiateur de l’essai dans la littérature mondiale est Michel de Montaigne.

Quelques écrivains d’essai après Montaigne en France sont les suivants: - Alain, Emile Auguste Chartier (1868-1951): Parmi ses essais se trouvent des sujets comme: être heureux, gagner le cœur, la colère, la crainte, la risette, la résolution, l’espoir, le mariage, l’ennui, le travail, la patience, la consolation, la joie, etc. Avec ces notions, il découvre un nouveau monde à part ce qu’on connaît. Avant la Deuxième Guerre Mondiale, Alain publie ses essais sous le nom “Propos d’Alain” dans les journaux littéraires qui publient hébdomadairement. Ses essais ont été traduits en turque par Muzaffer Reşit sous le nom “Mesut Olmak Sanatı” en 1951 et aussi par Mehmet Kaplan et par Birol Emil.

- André Gide (1869-1951): Dans son œuvre intitulée “Les Essais” met librement au jour ses idées parfois à la forme d’une lettre et parfois en touchant aux

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poètes et écrivains capitaux. Ses Essais ont été traduits en turque par Suut Kemal Yetkin en 1955 sous le titre “Denemeler”.

- Albert Camus (1913-1960): Il donne ses propres commentaires sur les questions contemporaines et universelles. L’œuvre de cet existentialiste est traduite en turque par Sabahattin Eyüboğlu et Vedat Günyol en 1983.

Hormis ceux-ci, il y a d’autres essayistes: Voltaire( 1694-1778), Julien Benda (1867-1956), Paul Claudel (1868-1955), Paul Valery (1871-1945), Simone de Beauvoir (1908- 1986), Maurice Blanchot (1907-2003), Teophile Gautier (1811-1872), Anatole France (1844-1924) et Hippolyte Taine (1828-1893).

La structure stylistique et didactique des essais

Dans les essais, contrairement aux articles scientifiques, il n’y a pas de plan méthodique ni de cadre. L’essayiste n’a pas besoin de matériel comme la connaissance, le document, l’exploration, l’exemple, la citation, l’inventaire statistique qui soutiennent les idées qui forment sa thèse.

Dans les essais, un certain jugement n’est pas en cause et il n’est pas question d’aboutissement. Toutefois, on peut mettre en relief des idées conradictoires.

Dans les textes philosophiques, il y a une idée systématique, mais dans les essais, il n’y en a pas.

Les articles de journaux interprètent les événements actuels et les dévéloppements politiques et sociaux en général. Et, ils visent orienter les lecteurs vers un objectif précis. Quant à l’essai, on ne voit pas la dépendance aux événements actuels et les sujets ont une qualité universelle. L’essai ne s’use pas avec le temps et ne perd pas son actualité.

Les textes de critique contiennent des jugements, des évaluations et des conclusions méthodiques sur les œuvres d’art comme la poésie, le roman, le conte, la

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musique, la peinture, etc. Les critiques évaluent les œuvres qui constituent leurs sujets. Ils les jugent de manière négative ou positive, et cherchent à prouver les conséquences par les exemples.

Quant à l’essai, il n’y a pas de condition de l’écrire sur une œuvre d’art ni celle de dépendre d’une théorie de critique. Toutefois, l’essayiste n’a pas besoin de prouver ce qu’il écrit dans son essai. Il peut dire “je commente ainsi cette œuvre” ou “je n’apprécie pas cette œuvre, mais un autre peut l’apprécier.”. De ce point de vue, on peut dire qu’une critique subjective est un essai.

Pour écrire un bon essai, il faut d’abord jeter irrégulièrement sur une feuille de papier les idées sur un sujet. Puis, il faut les mettre à jour pour que les lecteurs les comprennent facilement.

Pour un essai réussi, une bonne phrase d’introduction est toujours très importante pour attirer l’attention du lecteur et assurer sa lecture jusqu’à la fin. Et, il faut le finir de manière à capter l’intérêt. A la fin de l’essai, il ne faut pas décevoir le lecteur parti en voyage imaginaire. C’est primordial pour un essayiste.

Toutefois, il faut mettre en ordre les idées en paragraphes, utiliser des paragraphes différents pour chaque nouvelle idée et dans chaque paragraphe écrire sur un thème différent. Les essais se forment en général de trois ou quatre paragraphes. La division de l’essai en paragraphes assure la mise en relief de ce qu’on veut dire.

L’initiateur de l’essai est Michel de Montaigne. Ses Essais est le premier ouvrage achevé de ce genre. Cet ouvrage est né contre la conception erronée de l’église sur la production de la connaissance, sur la pensée et sur l’art. Et ses idées se révèlent comme des pensées libres qui n’appartiennent à aucun livre, à aucune religion, aucune coutume, aucune loi, etc. Il y exprime la faiblesse de la volonté de l’homme et sa vision pessimiste du monde, ensuite il s’intéresse aux approches épicuriennes et humanistes.

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Il rédige ses Essais avec la langue parlée du peuple. En écrivant les Essais, Montaigne adopte une approche sceptique.

Il présente ses idées intentionnellement sous une forme qui n’est ni systématique ni ironique. Il extrait des citations des classiques grecs et romains et il les dote d’un sens profond. Les Essais de Montaigne ne sont pas des travaux méthodiques. Montaigne les écrit irrégulièrement et arbitrairement. Il affirme qu’il les écrit pour lui-même.

Il traite des sujets communs de son époque. Ce qui le sépare de ses contemporains est les conclusions qu’il tire des événements. Montaigne, s’oppose à toute sorte de thèses: la politique, l’histoire, la religion, l’éducation, l’amitié, la mort, la conscience, etc.

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DEUXIEME PARTIE

LE ROLE EDUCATIF DES ESSAIS

La littérature et l’éducation montrent un parallélisme tout au long de l’humanité. La littérature a été et sera le moyen essentiel de la pédagogie de l’homme. Sa deuxième fonction, sa fonction éducative est ce qui nous intéresse le plus.

Dans cette partie, on étudiéra, l’éducation et l’enseignement selon Montaigne et le rôle educatif des Essais.

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1. L’EDUCATION ET L’ENSEIGNEMENT SELON MONTAIGNE

Le verbe éduquer dérive du latin “educare” qui signifie faire croître et élever. Quant au verbe enseigner, c'est transmettre aux futures générations un corpus de connaissances (savoirs et savoirs-faire) et de valeurs considérées comme faisant partie d'une culture commune. Souvent on confond enseignement et éducation. Enseigner est donc éduquer, mais éduquer n'est pas forcément enseigner. L'éducation ne se limite pas à l'instruction non plus, relative seulement aux purs savoirs. C’est la partie utile à l’élève. Elle vise également à assurer à chaque individu le développement de toutes ses capacités physiques, intellectuelles et morales. Ainsi, cette éducation lui permettra d'affronter sa vie personnelle, de la gérer en tant que citoyen responsable dans la société où il évolue et capable de réfléchir pour pouvoir éventuellement construire une nouvelle société. En effet, l’éducation, beaucoup plus générale, correspond à la formation globale d'un individu à divers niveaux: scientifique, religieux, moral, social, technique, médical, etc. Le terme enseignement, de son côté, se réfère plutôt à un mode d'éducation bien précis, soit celui de la transmission de connaissances à l'aide de signes.

A toutes les époques, ce sujet a tenté nombreux écrivains. Comme Rabelais, Erasme, presque tous les écrivains soulignent son importance. Toutefois, ni éducateur ni pédagogue de formation, Montaigne aussi, avec ses pensées et applications, est en quelque sorte un pédagogue moderne, un éducateur à qui les parents confient leurs enfants. Ce faisant il cherche à peindre la société du XVI. siècle où on tient à éduquer les élèves par la force.

Cependant, il faut dire que Montaigne est influencé par les idées déterminantes des philosophes comme Socrates, Platon, Plutarque, Erasme, Ramus, Rabelais, Cicero, Horatius, etc. Et, il soutient ses idées avec des passages de leurs œuvres.

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Dans ses Essais, il déconseille l’éducation collective des collèges et préférant l’éducation d’un seul précepteur, semble parler de la pédagogie moderne. Bozbeyoğlu est du même avis que lui; « ... nous avons constaté que Montaigne pédagogue a valorisé au maximum les influences qu’il avait subies et que sa pédagogie était une sorte de synthèse de ces trois influences et c’est ainsi qu’il a pu atteindre un tel modernisme que même aujourd’hui ses propositions et concepts sont adoptés par les pédagogues contemporains. » (1993: 70) Elle souligne ainsi l’importance de la pensée de Montaigne. Cependant, on voit qu’en ecrivant ses Essais, il se sert de ses souvenirs d’enfance et de jeunesse qui lui fournissent une experience importante. Selon Montaigne, les enfants bien eduqués atteignent le niveau nécessaire pour affronter la vie.

Pour lui, une chose est très importante : pouvoir devenir un individu. C’est pourquoi il soutient l’individualisme. Sa conception d’éducation vise l’individu à la tête bien faite.

Montaigne ne se contente pas seulement de former le jugement, il cherche aussi à endurcir le corps. Pour cela, il évoque sa propre éducation selon les méthodes nouvelles et surtout adaptée par son père à son tempérament.

Il met l’accent sur un point capital; c’est d’apprendre les matières avec la méthode expérimentale qu’on applique aujourd’hui dans nos écoles modernes, au lieu d’apprendre par cœur. C’est une conception acceptée dans le monde entier.

Dans son œuvre, Montaigne défend l’acquisition des connaissances sur l’éducation:

"Quelcun doncq’ayant veu l’article precedant, me disoit chez moy l’autre jour, que je me devoys estre un petit estendu sur le discours de l’institution des enfans. Or Madame si j’avoy quelque suffisance en ce subject, je ne pourroy la mieux employer que d’en faire un present à ce petit homme, qui vous menasse de

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faire tantost une belle sortie de chez vous (vous estes trop genereuse pour commencer autrement pue par un masle).” (Livre I, chap. 25, parag. 10)

Dans son essai intitulé “De l’institution des enfans” adressé à Madame Diane de Foix, Contesse de Gurson, il prétend qu’il a déjà travaillé sur ce sujet et qu’il peut éduquer son enfant dans un milieu convenable à son besoin et volonté. Car, il sait que l’on réussit quand on fait ce qu’on veut faire. Et avec cela, il veut prendre la responsabilité de son instruction. Dans les lignes suivantes, il soutient sa pensée.

“Le vray miroir de nos discours, est le cours de nos vies.” (Livre I, chap. 25, parag.78)

L’éducation donnée par son père est à l’origine de son modèle éducatif. En ce qui concerne l’instruction, son père fait toutes les recherches possibles. Montaigne s’y intéresse, car, cette expérience de son père l’oriente vers le sujet de notre travail. “Feu mon pere, ayant faict toutes les recherches qu’homme peut faire, parmy les gens sçavans et d’entendement, d’une forme d’institution exquise, fut advisé de cet inconvenient, qui estoit en usage:...” (Livre I, chap. 25, parag. 97)

Dans le passage suivant, Montaigne explique le but de l’éducation.

“Que c’est que sçavoir et ignorer, qui doit estre le but de l’estude: que c’est que vaillance temperance, et justice: ce qu’il y a à dire entre l’ambition et l’avarice: la servitude et la subjection, la licence et la liberté: à quelles marques on congnoit le vray et solide contentement: jusques où il faut craindre la mort, la douleur et la honte.” (Livre I, chap.25, parag. 48)

Les educateurs modernes de nos jours, pour la plupart, mettent en pratique la méthode expérimentale. Montaigne l’annonce cependant il y a environ 400 ans. Il s’oppose à l’éducation par cœur. Au contraire, il est partisan d’apprendre en faisant et en vivant. Selon lui, les livres sont comme les dêpots où les renseignements se conservent et si ce qu’on a appris est inutilisable, il ne sert à rien. Comme dans les livres éducatifs, Montaigne le déclare:

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“Sçavoir par coeur n’est pas sçavoir: c’est tenir ce qu’on a donné en garde à sa memoire.” (Livre I, chap. 25, parag. 27)

Il dit que les enfants qui apprennent par cœur ne pensent pas librement ni scientifiquement. Ces récitations forment des gens qui ne savent pas penser, ni juger. On n’apprend la vie que par propre expérience. Sur ce point, ce qui est important, c’est l’éducation par témoignage. Car, la mémoire de l’homme ne marche pas comme celle d’un ordinateur qui accumule tout ce qu’on charge.

“Et qu’il juge du profit qu’il aura fait, non par le tesmoignage de sa memoire, mais de sa vie.” (Livre I, chap. 25, parag. 20)

Apprendre par cœur oriente les gens à garder les sciences dans leurs cerveaux non leurs acquisitions. Et un élève qui apprend par cœur n’est pas un être pensant. Ceci l’embarrasse dans son étude, dans l’analyse et la solution des problèmes, l’éloigne quasiment de la résponsabilité d’apprendre. Car, il faut bien comprendre ce qu’on donne dans les écoles comme l’histoire, la littérature, les sciences humaines. Sinon, on oublie toute cette étude vaine et vide.

“En cette practique des hommes, j’entens y comprendre, et principalement ceux qui ne vivent qu’en la memoire des livres. Il praticquera par le moyen des histoires, ces grandes ames des meilleurs siecles. C’est un vain estude qui veu: mais qui veut aussi c’est un estude de fruit estimable: et le seul estude, comme dit Platon, que les lacedemoniens eussent reservé à leur part. (Livre I, chap. 25, parag. 42)

“J’en cognoy, à qui quand je demande ce qu’il sçait, il me demande un livre pour le monstrer: et n’oseroit de dire, qu’il a le derriere galeux, s’il ne va sur le champ estudier en son lexicon que c’est que galeux, et que c’est que derriere.” (Livre I, chap. 24, parag. 15)

En effet, quand on pose des questions sur un sujet quelconque, les élèves disent: “une minute, je regarderai dans mon livre.” Cela montre que cet enfant n’a pas compris sa leçon. Le but doit être d’enseigner aux enfants à apprendre réellement.

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Lorsqu’on met les enfants au contact des connaissances principales, on doit assurer leur compréhension, surtout pour l’histore qu’ils peuvent réciter sans trop de problèmes. Mais, ils l’oublient facilement parce qu’ils ne l’ont pas assimilée. C’est pourquoi, il faut imprimer dans l’esprit des enfants à juger l’histoire. Un peuple doit comprendre et connaître son histoire, sinon, il commet les mêmes fautes de nouveau: “Qu’il ne luy apprenne pas tant les histoires, qu’à en juger. C’est à mon gré, entre toutes, la maiere à laquelle nos esprits s’appliquent de plus diverse mesure. J’ay leu en Tite Live cent choses que tel n’y a pas leu.” (Livre I, chap. 25, parag. 42)

“Zeuxidamus respondit à un qui luy demanda pourquoy les Lacedemoniens ne redigeoient par escrit les ordonnances de la prouesse, et ne les donnoient à lire à leurs jeunes gens; que c’estoit par ce qu’ils les vouloient accoustumer aux faits, non pas aux parolles.” (Livre I, chap. 25, parag. 79)

“Nous ne travaillons qu'à remplir la memoire, et laissons l'entendement et la conscience vuide.” (Livre I, chap. 24, parag. 10)

Avec les passages ci-dessus, Montaigne nous répète qu’en effet, nous faisons de vains efforts en faisant mémoriser. Pour lui, ce qui est important, c’est l’appréhension et la compréhension. Car, l’acquisition des connaissances se fait par expérience. En ce qui concerne le modèle éducatif de Montaigne, Jale Erlat dit: “Le but essentiel de l’éducation est de rendre l’enfant meilleur et plus sage. On lui fera donc acquérir la science de la vie par le commerce des hommes sous toutes ses formes: conversation, voyage, lecture.” (2001:55) et elle recommande le système expérimental, non l’apprentissage par cœur.

“Qu’on luy mette en fantasie une honneste curiosité de s’enquerir de toutes choses: tout ce qu’il y aura de singulier autour de luy, il le verra: un bastiment, une fontaine, un homme, le lieu d’une bataille ancienne, le passage de Cæsar ou de Charlemaigne.” (Livre I, chap. 25, parag. 40)

Les nouvelles connaissances et expériences nécessaires aux hommes enrichissent leurs vies statiques. Avec cette idée, Montaigne leur recommande d’apprendre tout ce qu’ils voient autour d’eux.

Selon lui, les enfants peuvent apprendre ce qui est important pour eux avec les jeux et les exercices comme la course, la musique, la chasse etc. Voire, ils acquièrent avec les jeux le raffermissement des connaissances, et la socialisation. Il

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nous montre que le point principal est dans la manière d’enseigner, non dans la matière enseignée:

“Les yeux mesmes et les exercices seront une bonne partie de l’estude: la course, la lucte, la musique, la danse, la chasse, le maniement des chevaux et des armes.” (Livre I, chap. 25, parag. 65)

“... (comme de vray il faut noter, que les jeux des enfants ne sont pas jeux : et les faut juger en eux, comme leurs plus serieuses actions).” (Livre I, chap. 22, parag.5)

Les jeux comptent dans la vie des enfants. Montaigne soutient que pour eux ce ne sont pas que des jeux, mais leur travail le plus important. En jouant, ils vivent des moments agréables, leurs corps et esprits sont plus reposés. Ces jeux et exercises facilitent en même temps l’éducation et l’enseignement en influant directement l’état de l’enfant. Car, en jouant il apprend sans s’en apercevoir. Ayşe Alper, en ce qui concerne le jeu, est du même avis; “Les exercises physiques comme la course, la lutte, la danse, la chasse et le maniement des chevaux tiennent une grande place dans l’existence d’un noble.”(1993:84) Comme on dit, avec les jeux, l’élève apprend facilement comme dans sa vie. En même temps, les jeux à but éducatif instruisent en amusant:

“Je suis de l’advis de Plutarque, qu’Aristote n’amusa pas tant son grand disciple à l’artifice de composer syllogismes, ou aux principes de Geometrie, comme à l’instruire des bons preceptes, touchant la vaillance, proüesse, la magnanimité et temperance, et l’asseurance de ne rien craindre: et avec cette munition, il l’envoya encores enfant subjuguer l’Empire du monde à tout 30000. hommes de pied, 4000. chevaulx, et quarante deux mille escuz seulement.” (Livre I, chap. 25, parag. 61)

Il partage l’avis de Plutarque et pense que les enfants peuvent apprendre en s’amusant aussi. Ainsi, les connaissances restent plus profondement dans les mémoires.

Montaigne, en défendant les jeux, dit que la force et la violance ne sont pas une bonne méthode.

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“J’ay veu des hommes, des femmes et des enfants, ainsi nays, qu’une bastonade leur est moins qu’à moy une chiquenaude; qui ne remuent ny langue ny sourcil, aux coups qu’on leur donne.” (Livre I, chap.25, parag. 31)

“Au demeurant, cette institution se doit conduire par une severe douceur, non comme il se fait.” (Livre I, chap. 25, parag. 66)

L’enfant est éduqué avec douceur, non pas avec un coup de fouet. Jale Erlat aussi le dénote; “L’enfant doit être traité avec douceur.” (2001:56) Ainsi, il s’oppose au système basé sur la force pratiquée à son époque.

“Le reglement c’est son util, non pas la force. Socrates son premier mignon, quitte à escient sa force, pour glisser en la naïveté et aisance de son progré. C’est la mere nourrice des plaisirs humains. En les rendant justes, elle les rend seurs et purs.”(Livre I, chap. 25, parag. 58)

Montaigne est favorable à un certain ordre, mais non à la force. Sans contrainte, ni violance, celui qui grandit dans les milieux libres, confortables, affectueux, réussit en général. Füsun Ataseven concernant les Essais ajoute; “...Montaigne s’est toujours refusé à accepter quoi que ce soit par autorité et à crédit; par son doute lucide et réfléchi qui n’a rien à voir avec un scepticisme desséchant; par son esprit critique dans le sens plein et originel de ce mot; et enfin par sa garantie de la liberté intérieure, de la dignité de l’être pensant.” (1993:78)

“Au lieu de convier les enfans aux lettres, on ne leur presente à la verité, qu’horreur et cruauté: Ostez moy la violence et la force; il n’est rien à mon advis qui abatardisse et estourdisse si fort une nature bien née.” (Livre I, chap. 25, parag. 66)

“Mais entre autre choses, cette police de la plus part de noz colleges, m’a tousjours despleu.” (Livre I, chap. 25, parag. 66)

Montaigne souligne qu’il est contre l’autorité des écoles et le précise avec ce passage:

“Je n’ay point l’authorité d’estre creu, ny ne le desire, me sentant trop mal instruit pour instruire autruy.” (Livre I, chap. 25, parag. 99)

En tant qu’éducateur, il se plaint de ce système. Il est dérangé par l’autorité qui le met mal à l’aise.

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On voit dans ces passages que les enfants sont très sensibles à l’effroi et à la force. Notamment, si les petits craignent ce qu’ils ne peuvent pas comprendre, ils y croient et en sont très affectés. Mais, à mesure qu’ils grandissent ils pensent que tout est vain. Et, ils ne prennent aucune menace au sérieux. En constatant ce danger, Montaigne dit qu’on n’éduque jamais avec l’horreur. D’ailleurs, il faut orienter les élèves aux lettres et aux arts. Cela s’avère une vraie solution.

“C'est une dangereuse invention que celle des gehennes, et semble que ce soit plustost un essay de patience que de verité.” (Livre II, chap. 5, parag. 10)

Comme Montaigne le confirme, le bâton provoque la faible conscience chez les enfants. Des recherches nous le prouvent. L’homme doit penser librement comme les conditions l’exigent. L’enfant qui grandit avec le bâton n’a jamais un caractère flexible, au contraire, il a une âme endourcie. L’élève battu ne se considère jamais coupable, il accuse celui qui le bat. Pour Montaigne, la torture pousse les gens à la faute. Cependant, il ne veut pas beaucoup d’affection et de liberté pour les enfants. Hüseyin Gümüş se prononce: “Il ne faut pas faire de la vertu un épouvantail, mais la peindre au contraire sous les couleurs les plus riantes.” (1998: 118) Montaigne, lui, exprime sa pensée sur ce point comme suit:

“Je ne vis jamais pere, pour bossé ou teigneux que fust son fils, qui laissast de l’advoüer: non pourtant, s’il n’est du tout enyvré de cet’affection, qu’il ne s’apperçoive de sa defaillance: mais tant y a qu’il est sien.” (Livre I, chap. 25, parag.1)

Pour Montaigne, l’homme se garde des fautes avec l’éducation:

“... : Mais à la verité je n’y entens sinon cela, que la plus grande difficulté et importante de l’humaine science semble estre en cet endroit, où il se traitte de la nourriture et institution des enfans.” (Livre I, chap. 25, parag. 10)

Dans ce passage de son œuvre, il parle de l’importance ainsi que de la difficulté de l’éducation.

“Les inclinations naturelles s'aident et fortifient par institution: mais elles ne se changent gueres et surmontent. Mille natures, de mon temps, ont eschappé vers la

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vertu, ou vers le vice, au travers d'une discipline contraire.” (Livre III, chap. II, parag.15)

L’éducation forme les gens, mais il faut faire attention. Car, ce système fautif de son époque peut orienter les hommes vers l’envers de cette situation. Pour cela, Montaigne conseille une éducation qui convient au tempérament de chaque enfant. Hüseyin Gümüş, en touchant à ce point, dit; “Montaigne préconise avant tout une souple adaptation au tempérament et aux possibilités de chaque homme: car l’éducation ne prétend à aucune utilité immédiate, mais vise au plein épanouissement de chaque individu.” (1998: 118)

“On peut continuer à tout temps l'estude, non pas l'escholage : ...” (Livre II, chap. 28, parag. 8)

Selon lui, l’homme peut apprendre ce dont il a besoin à tous les âges. Il déclare qu’il faut une bonne éducation pour quitter la vie heureusement et aisément:

“ S'il faut estudier, estudions un estude sortable à nostre condition: afin que nous puissions respondre, comme celuy, à qui quand on demanda à quoy faire ces estudes en sa decrepitude: A m'en partir meilleur, et plus à mon aise, respondit-il.” (Livre II, chap. 28, parag. 9)

L’éducation nous dote d’acquisitions. Sans se surcharger d’une foule de connaissances superflues, il faut devenir meilleur et plus sage avec une bonne éducation:

“Le guain de nostre estude, c’est en estre devenu meilleur et plus sage.” (Livre I, chap. 25, parag. 26)

De même, au moment où on étudie sa philosophie pédagogique, on peut faire appel à la science de Montaigne sur l’importance de savoir. Et l’enfant doit chercher à faire des efforts pour apprendre de nouvelles connaissances. Car, savoir la moindre chose nécessaire vaut mieux qu’ignorer le tout. Parce que l’homme qui sait quelque chose a confiance en soi:

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Selon lui, avant les connaissances il faut faire acquérir aux élèves des comportements. Tout d’abord, on montre à l’élève comment il faut apprendre, ensuite on étudie la physique, la géometrie, la rhétorique, la logique, etc.:

“ Apres qu’on luy aura appris ce qui sert à le faire plus sage et meilleur, on l’entretiendra que c’est que Logique, Physique, Geometrie, Rhetorique: et la science qu’il choisira, ayant desja le jugement formé, il en viendra bien tost à bout. Sa leçon se fera tantost par devis tantost par livre: tantost son gouverneur luy fournira de l’autheur mesme propre à cette fin de son institution: tantost il luy en donnera la moelle, et la substance toute maschee.” (Livre I, chap. 25, parag. 55)

Sur ce point, Jale Erlat dit: “En ce qui concerne l’étude, Montaigne s’attache moins à ce qui doit être enseigné qu’à la façon dont il faut enseigner.” (2001:56)

Il prend le parti d’apprendre d’abord les objets, les événements proches. Ensuite, on peut lui donner même le huitième astre (étoile). Car, les jeunes peuvent connaître ce qui est dans leur entourage. Par exemple, lorsqu’on étudie les régions géographiques, il faut faire connaître d’abord la région où on habite, ensuite les autres. Au fait, leur apprendre le huitième astre avant leur propre monde est une grande ignorance. Ce jugement nous paraît très réaliste.

“C’est une grande simplesse d’apprendre à nos enfans, La science des astres et le mouvement de la huictiesme sphere, avant que les leurs propres.” (Livre I. Chap. 25, parag. 52-53)

Il pense qu’en général on fournit les connaissances nécessaires trop tard. Par exemple; apprendre la fécondation des fleurs en hiver ou bien dire “ne vous approchez pas de la fenêtre.” après qu’ils tombent. Montaigne donne l’exemple de centaines de gens qui ont pris la verolle avant d’apprendre sa leçon:

“On nous apprent à vivre, quand la vie est passée. Cent escoliers ont pris la verolle avant que d’estre arrivez à leur leçon d’Aristote de la temperance. Cicero disoit, que quand il vivroit la vie de deux hommes, el ne prendroit pas le loisir d’estudier les Poëtes Lyriques. Et je trouve ces ergotistes plus tristement encore inutiles.” (Livre I, chap. 25, parag. 60)

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Il préconise ce qui est important et utile pour l’homme. Il prétend aussi qu’il y a des outrances dans les connaissances considérées utiles. En partageant la pensée de Socrates, il ajoute qu’il faut orienter l’éducation vers les connaissances utiles:

“Si nous sçavions restraindre les appartenances de nostre vie à leurs justes et naturels limites, nous trouverions, que la meilleure part des sciences, qui sont en usage, est hors de nostre usage. Et en celles mesmes qui le sont, qu'il y a des estendues et enfonceures tres-inutiles, que nous ferions mieux de laisser là: et suivant l'institution de Socrates, borner le cours de nostre estude en icelles, où faut l'utilité.” (Livre I, chap. 25, parag. 51)

En cours, il vaut mieux présenter le sujet avec des objets réels, non avec leurs images. Il propose des exercises naturels, non écrits. Car, les enfants apprennent avec des objets naturels, non écrits et non peints. Par exemple présenter la pomme pour la faire connaître:

“Vous choississés les figues vrayes et naturelles, non peintes: que ne choisissez vous aussi les exercitations naturelles vrayes, et non escrites?” (Livre I, chap. 25, parag. 76)

Selon Montaigne, la philosophie prépare l’homme à la vie. C’est pourquoi, il faut présenter une philosophie du niveau des enfants.

“ Puis que la Philosophie est celle qui nous instruict à vivre, et que l’enfance y a sa leçon, comme les autres aages, pourquoy ne la luy communique lon?” (LivreI, chap. 25, parag. 59)

Dans l’éducation, il prend le parti de la dispute, car, sans opposition, on ne peut pas trouver la vérité. Il défend sa pensée avec ces propos de Cicero:

“Neque enim disputari sine reprehensione potest. (Çatışmadan tartışılamaz.) Cicero (Livre III, chap. 8, parag. 11)

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“Cela les rend ineptes à la conversation civile, et les destourne de meilleures occupations. Et combien ay-je veu de mon temps, d’hommes abestis, par temeraire avidité de science?” (Livre I, chap. 25, parag. 63)

“Employons un temps si court aux instructions necessaires. (Livre I, chap. 25, parag. 60)

A l’époque de Montaigne, les enfants passent 14-15 heures de leurs temps dans les écoles. Dans ces lieux infernaux, leurs attitudes sont ruinées par un travail de porteur. Avec l’extrait suivant, il veut souligner le danger d’une éducation lourde et supprimer ces études pesantes dont on surcharge les élèves dans les collèges. Il propose un temps court pour une éducation essentielle. Et, il reproche à chaque occasion à ce système d’enseigner les connaissances oiseuses. Son idée pédagogique est tout à fait semblable à notre système pédagogique moderne:

“J’ay ouy tenir à gens d’entendement, que ces colleges où on les envoie, dequoy ils ont foison, les abrutissent ainsin.” (Livre I, chap. 25,parag. 63)

L’un de ses principaux mécontentements concerne l’enseignement dans les collèges où les gens d’entendement envoient leurs enfants. Il exprime son souci contre les méthodes en usage dans ces collèges du XVI. siècle. Car dans ces lieux, il pense qu’on donne une érudition vaine et cela abrutit les enfants.

“Pour revenir à mon propos, il n’y a tel, que d’allecher l’appetit et l’affection, autrement on ne fait que des asnes chargez de livres: on leur donne à coups de foüet en garde leur pachette pleine de science. Laquelle pour bien faire, il ne faut pas seulement loger chez soy, il la faut espouser. (Livre I, chap. 25, parag. 108)

En ce qui concerne ces collèges, il s’oppose aussi à la dureté envers les enfants. Il ne faut jamais oublier que l’élève suit les programmes qu’il fait lui-même sans l’autorité de ses parents ni de ses maîtres. Et il faut que l’étude dépende des goûts des enfants. L’école doit être un milieux qui façonne des gens cultivés et heureux, non des savants. L’enfant doit être traité avec douceur. C’est pourquoi il faut leur donner des connaissances nécéssaires sans jamais les frapper au moment où on les surprend en faute. En accentuant ce passage, il attire l’attention sur les méfaits de frapper: l’opiniâtreté, le mensonge et l’abrutissement. Et Montaigne, en disant:

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“Pour tout cecy, je ne veux pas qu’on emprisonne ce garçon, je ne veux pas qu’on l’abandonne à la colere et humeur melancholique d’un furieux maistre d’escole: je ne veux pas corrompre son esprit, à le tenir à la gehenne et au travail, à la mode des autres, quatorze ou quinze heures par jour, comme un portefaiz: Ny ne trouveroys bon, quand par quelque complexion solitaire et melancholique, on le verroit adonné d’une application trop indiscrette a l’estude des livres, qu’on la luy nourrist.” (Livre I, chap. 25, parag. 63)

Il conteste la dureté des maîtres. Quant à l’influence des collèges, ils infligent leur présence aux enfants par la force qui ôte toutes leurs valeurs. Cela les abrutit, les oriente vers l’opiniâtreté, le mensonge et avilit leurs âmes. Pour réformer cette situation négative, il conseille une méthode de douceur. Avec cette méthode, il faut ne jamais opprimer les enfants. Ils ne font que ce qu’ils prennent plaisir à faire. Il recommande en même temps de les sauver des cours durant quatorze ou quinze heures par jour. Voire, il assimile ce système au travail de l’enfer. Il constate aussi que les enfants qui reçoivent cette éducation ennuyeuse, mangent leurs ongles par la gêne. Il prétend ne jamais pratiquer cette étude d’Aristote à cause de ces méfaits.

“Et à l’adventure encore sçay-je la pretention des sciences en general, au service de nostre vie: mais d’y enfonçer plus avant, de m’estre rongé les ongles à l’estude d’Aristote monarque de la doctrine moderne, ou opiniatre apres quelque science, je ne l’ay jamais faict: ny n’est art dequoy je peusse peindre seulement les premiers lineaments. Et n’est enfant des classes moyennes, qui ne se puisse dire plus sçavant que moy: qui n’ay seulement pas dequoy l’examiner sur sa premiere leçon. Et si l’on m’y force, je suis contraint assez ineptement, d’en tirer quelque matiere de propos universel, sur quoy j’examine son jugement naturel. Leçon, qui leur est autant incognue, comme à moy la leur. (Livre I, chap. 25, parag.1)

On voit qu’il pense que les collèges sont à l’origine du dégoût pour les livres. Il les considère comme des châtiments infernaux. Il est triste cependant que les nobles y envoient leurs enfants:

“S’il eust esté si fol de rompre ce train, j’estime que je n’eusse rapporté du college que la haine des livres, comme fait quasi toute nostre noblesse.” (Livre I, chap. 25, parag. 100)

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Il considère aussi que l’homme vit pour son objectif et sa vertu. Pour lui, l’école au XVI. siècle ne les assure jamais. Au contraire, elle produit des élèves, des hommes sans but. Et une âme sans but finit par se perdre. Pour prendre une éducation essentielle, il faut avoir un but qui nous guide durant la vie. Il en expose les exemples suivants:

“Elle a pour son but, la vertu: qui n’est pas, comme dit l’eschole, plantée à la teste d’un mont coupé, rabotteux et inaccessible.” (Livre I, chap.25, parag. 57)

“L'ame qui n'a point de but estably, elle se perd: Car comme on dit, c'est n'estre en aucun lieu, que d'estre par tout. (Livre I, chap. VIII, parag. 3)

Atteindre son but dépend de beaucoup d’effort. Car, la flânerie est le plus grand ennemi des hommes, comme dit Montaigne ; “... le demeurant est deu à l’action.” (Livre I, chap. 25, parag. 60)

Nous connaissons l’intention de Montaigne. A travailler suivant son but, l’enfant recherche et étudie les sujets à apprendre. En réalisant ce travail, il peut profiter des débats. Cela aussi est bien l’education expérimentale qu’on pratique dans nos écoles modernes.

“...car c'est aux apprentifs à enquerir et à debatre, et au cathedrant de resoudre. (Livre II, chap., parag.1)

En disant marcher plus ferme et plus sûr, il oriente les enfants vers les objectifs plus fermes et plus sûrs. Parce que, les hommes qui ne sont pas tenaces dans leurs idées sont voués à rester en route:

“Je marche plus ferme et plus seur, à mont qu’à val.” (Livre I, chap. 25, parag. 18)

Nous devons avancer vers notre but, et sur cette voie nous devons nous habituer aux difficultés. Car, on ne gagne jamais son pain sans labeur:

“Or l’accoustumance à porter le travail, est accoustumance à porter la douleur.” (Livre I, chap.25, parag. 31)

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Comme on le sait, chaque personne pense de manière individuelle et Montaigne veut le montrer. Ses Essais jettent les fondations de l’individualisme moderne. Il veut montrer que nous ne sommes pas un troupeau de moutons et nous devons savoir que celui qui avance devant nous, peut nous égarer. Il recommande qu’il faut suivre un autre plutôt que de ne suivre personne. Il l’explique en clair:

“Qui suit un autre, il ne suit rien: Il ne trouve rien: voire il ne cherche rien.” (Livre I, chap. 25, parag. 24)

Montaigne l’exprime ici aussi:

“Car s’il embrasse les opinions de Xenophon et de Platon, par son propre discours, ce ne seront plus les leurs, ce seront les siennes.” (Livre I, chap. 25, parag. 24)

A ce propos, Montaigne prétend que celui qui utilise les idées des autres, les assimile.

On instruit les enfants selon leurs imaginations car la rêverie d’enfance forme leur vie:

“ Aussi moy je voy mieux que tout autre, que ce ne sont icy que resveries d’homme, qui n’a gousté des sciences que la crouste premiere en son anfance, et n’en a retenu qu’un general et informe visage: un peu de chaque chose, et rien du tout, à la Françoise.” (Livre I, chap. 25, parag.1)

Montaigne signale en même temps que les jeunes désignent leur profession à 20 ans environ, et que les gens réussissent leurs travaux importants avant 30 ans:

“Quant à moy j'estime que nos ames sont desnoüées à vingt ans, ce qu'elles doivent estre, et qu'elles promettent tout ce qu'elles pourront.” (Livre I, chap. 57, parag. 4)

“De toutes les belles actions humaines, qui sont venues à ma cognoissance, de quelque sorte qu'elles soyent, je penserois en avoir plus grande part, à nombrer celles qui ont esté produites et aux siecles anciens et au nostre, avant l'aage de trente ans, qu'apres.” (Livre I, chap. 57, parag. 5)

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En conclusion; Montaigne préconise une éducation de la raison, de l’âme et du corps tout ensemble, et ce faisant, il faut prendre en considération la différence entre les élèves. Le maître doit se comporter avec douceur, choisir les matières qui conviennent à leurs goûts, les instruire avec des jeux, et surtout ne jamais penser à les frapper. Il préfère l’éducation par un seul précepteur à celle dispensée aux collèges. Ces collèges qui surchargent les enfants des études pesantes sont pour eux des châtiments infernaux.

Il faut apprendre en comprenant et non pas en mémorisant par cœur.

Avec ses idées sur la pédagogie, il influence considérablement le système éducatif moderne. Ce qui est important surtout, c’est qu’il a fait les premiers pas de l’éducation expérimentale. Et même aujourd’hui ses idées sont adoptées volontiers par les pédagogues contemporains.

1.1. Le développment des comportements

De nos jours, dans les écoles, on donne beaucoup d’importance au développement des attitudes. Car, l’un des buts essentiels de l’éducation et de l’enseignement est de faire acquérir aux enfants des attitudes. D’ailleurs, dans notre système éducatif, on fait acquérir d’abord des attitudes, ensuite on dispense du savoir. Parce qu’avant tout, les élèves doivent apprendre comment apprendre. Par conséquent, il vaut mieux adopter de bons comportements le plus tôt possible.

Le développement des comportements concerne non seulement l’enseignement, mais l’éducation aussi. L’éducation est plutôt le développement des facultés physiques, morales et intellectuelles d'un individu. Elle favorise l'épanouissement de la personnalité et le développement des dons et des aptitudes mentales et physiques. Celui qui reçoit une éducation évolue, devient capable de réfléchir et d’apprendre.

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Montaigne compose des essais à ce propos aussi. A son époque, où on n’attache pas d’importance à ce genre de développement particulier, il dit lui-même qu’il faut faire acquérir des attitudes avant d’enseigner les disciplines. Il présente dans ce contexte les différents comportements des gens. Selon lui, tout en élevant les enfants, il faut en même temps faire évoluer leurs facultés physiques, morales, intellectuelles. Voici ses idées là-dessus:

“ Apres qu’on luy aura appris ce qui sert à le faire plus sage et meilleur, on l’entretiendra que c’est que Logique, Physique, Geometrie, Rhetorique: et la science qu’il choisira, ayant desja le jugement formé, il en viendra bien tost à bout.” (Livre I, chap. 25, parag. 55)

“Mais que nostre disciple soit bien pourveu de choses les parolles ne suivront que trop: el les trainera, si elles ne veulent suivre.” (Livre I, chap 25, parag. 80)

Hüseyin Gümüş de même, dit: “Il ne s’agit pas tant de lui enseigner beaucoup de choses que de lui apprendre à réfléchir et de développer son intelligence et sa personnalité.”(1998:117)

Les problèmes de comportements chez les jeunes sont devenus avec le temps une réalité scolaire et sociale très délicate. Si on ne s’intéresse pas à leurs difficultés, ils peuvent se trouver en situation irrégulière. Et Montaigne pense qu’on peut améliorer les problèmes de comportements, uniquement grâce à l’éducation. De nombreuses parties des Essais mettent au jour ses approches philosophiques concernant les comportements. Par exemple:

“Il y peut avoir à l'advanture à cela quelque proprieté occulte, mais on l'esteindroit, à mon advis, qui s'y prendroit de bon'heure. L'institution a gaigné cela sur moy, il est vray que ce n'a point esté sans quelque soing, que sauf la biere, mon appetit est accommodable indifferemment à toutes choses, dequoy on se paist.“(Livre I, chap. 25, parag. 68)

Montaigne renseigne le lecteur sur certains comportements , en citant sa vie et ses expériences en exemple. Ces comportements sont les suivants:

“Le pire estat de l'homme, c'est où il pert la connoissance et gouvernement de soy.” (Livre II, chap. II, parag. 6)

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On n’arrive pas à connaître l’homme, lorsqu’il se comporte inconsciemment.

Parfois, les hommes ne savent comment se comporter devant deux amis qui se sont brouillés. Il faut à ce moment-là se tenir à distance égale des deux. Si on prend le parti de l’un, l’autre peut souffrir de cette partialité. Sur ce point, Montaigne exprime ses sentiments et ses pensées et dépeint une scène de la vie pour montrer l’importance des comportements:

“Rien n'empesche qu'on ne se puisse comporter commodément entre des hommes qui se sont ennemis, et loyalement: conduisez vous y d'une, sinon par tout esgale affection (car elle peut souffrir differentes mesures) au moins temperee, et qui ne vous engage tant à l'un, qu'il puisse tout requerir de vous: Et vous contentez aussi d'une moienne mesure de leur grace : et de couler en eau trouble, sans y vouloir pescher.” (Livre III, chap. 1, parag. 13)

Montaigne lui-même trouve une belle solution à ce problème. Et il dit philosophiquement qu’on ne doit jamais être plus intime à l’un qu’à l’autre. Sinon, c’est une trahison à ce dernier. En effet, on sait que les inclinations naturelles se réctifient par l’éducation:

“L'autre maniere de s'offrir de toute sa force aux uns et aux autres, a encore moins de prudence que de conscience. Celuy envers qui vous en trahissez un, duquel vous estes pareillement bien venu: sçait-il pas, que de soy vous en faites autant à son tour ? Il vous tient pour un meschant homme: ce pendant il vous oit, et tire de vous, et fait ses affaires de vostre desloyauté: Car les hommes doubles sont utiles, en ce qu'ils apportent: mais il se faut garder, qu'ils n'emportent que le moins qu'on peut.”(Livre III, chap. 1, parag. 14)

Avec ce passage tiré de Juvenalis, Montaigne qui aime donner des exemples des écrivains notables, souligne qu’il faut ne pas dépasser la mesure ni dans nos comportements ni dans nos discours:

“- Imponit finem sapiens et rebus honestis. Juvenalis

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Le grand penseur Montaigne, prévient les lecteurs de l’infidélité et de la trahison. Il pense que nos bien-aimés peuvent abuser de notre affection pour nous trahir ou bien pour obtenir une place dans la société. Montaigne déclare qu’il ne veux s’attacher à personne outre-mesure et il met ces problèmes au jour avec le passage suivant:

“Je ne veux estre tenu serviteur, ny si affectionné, ny si loyal, qu'on me treuve bon à trahir personne. Qui est infidelle à soy-mesme, l'est excusablement à son maistre.” (Livre III, chap. 1, parag. 17)

Toutefois, il faut essayer de prévoir les attitudes des gens et de les connaître bien pour ne pas souffrir. Car, les attitudes des gens sont très variées. Un homme qui rit, peut pleurer tout à coup. Selon Montaigne, sous une profonde joie, il peut y avoir du chagrin. Il est donc difficile de connaître l’homme.

“La profonde joye a plus de severité, que de gayeté. L'extreme et plein contentement, plus de rassis que d'enjoué.” (Livre II, chap. 20, parag. 5)

Parfois, on peut éprouver des sentiments contradictoires comme la plainte et la commisération. Comme Montaigne en parle dans ce passage:

“La plainte et la commiseration sont meslées à quelque estimation de la chose qu'on plaint: les choses dequoy on se moque, on les estime sans prix.” ( Livre I, chap. 50, parag. 5)

Le passage ci-dessous est peut-être le meilleur exemple de cet état d’âme. Parce que la haine est un sentiment telle l’affection. De même qu’il y a de l’affection dans notre cœur, il y a aussi de la haine. Et on peut apprendre la différence des deux grâce à l’éducation. Ce n’est pas une matière à enseigner à l’école!

“Car ce qu'on hait, on le prend à coeur.” (Livre I, chap. 50, parag. 5)

On rencontre souvent dans la vie professionnelle, des gens faussement sérieux et accommodant. Pourtant on appelle ces gens, qui sont au fond malicieux et astucieux, “hommes pondérés”. Cela ne refléchit pas la réalité. La probité de comportements est assurée par l’éducation. Le passage suivant met en relief cet état:

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