Javier Nicolau (DREES)
Le Système national des données de santé (SNDS) est géré par la Caisse nationale de l'Assurance maladie, mais sa gestion est en cours d'évolution suite à l'adoption de l’article 41 de la loi n° 2019- 774 du 24 juillet 2019 relative à l’organisation et à la transformation du système de santé, dont les textes d’application sont en cours de finalisation. Il est à l’origine de changements considérables permettant :
• l’enrichissement des données de santé, grâce à l’appariement des principales bases médico-administratives entre elles et à la possibilité offerte de pouvoir appa- rier ces données à d’autres bases et données d’enquêtes ;
• l’accès aux données de santé, ouvert à tous les utilisateurs, de différents profils publics et privés, grâce à la mise en place d’une procédure garantissant, en paral- lèle, la sécurité et la confidentialité des données et contrôlant leur utilisation. Le SNDS est né de l’article 193 de la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisa- tion de notre système de santé. Il a pour finalité la mise à disposition de ces données afin de favoriser les études, recherches ou évaluations présentant un caractère d’intérêt public et contribuant à l’une des finalités suivantes : information sur la santé, mise en œuvre des politiques de santé, connaissance des dépenses de santé, information des professionnels et des établissements sur leurs activités, innovation dans les domaines de la santé et de la prise en charge médico-sociale, surveillance, veille et sécurité sanitaire12.
Cette contribution décrit les composantes du SNDS, les finalités autorisées de trai- tement des données issues du SNDS et les conditions de sécurité de traitement de ces données.
Le SNDS regroupe les bases de données de l’Assurance maladie, les bases de don- nées hospitalières à savoir le Programme de médicalisation des systèmes d’infor- mation (PMSI), les bases des causes de décès et à terme, les bases de données du handicap issues du système d’information centralisé des maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) et un échantillon de données des organismes d’assurance maladie complémentaire (schéma 4). Après la mise en œuvre de la loi n° 2019-774 du 24 juillet 2019, le SNDS sera progressivement élargi aux données cliniques (dossier médical, résultats d’examens, etc.), aux données du service de protection maternelle et infantile (PMI), aux données de la médecine scolaire et de la médecine du travail, aux données d’enquêtes dans le domaine de la santé et aux données relatives aux groupes iso-ressources (GIR). Des premiers travaux sont entrepris pour constituer un catalogue de ces données qui recensera les sources existantes, les caractéristiques des bases, les interlocuteurs et le type d’informations.
L’appariement entre les différentes bases du SNDS repose sur un système de pseudonymisation non réversible à deux niveaux des identifiants des bénéficiaires. Les données mises à disposition depuis la loi de 2016 sont de différentes natures : • caractéristiques des patients (sexe, mois et année de naissance, bénéficiaire de la
couverture maladie universelle complémentaire13 [CMU-C], aide au paiement d’une
complémentaire santé [ACS], dispositif d’affectation de longue durée [ALD], dépar- tement et commune de résidence, date et cause de décès, le cas échéant) ; • consommation de soins en ville et à l’hôpital ;
• pathologies traitées (déduites des diagnostics indiqués dans les données d’hospi- talisation ou d’ALD, ou de certaines consommations de soins).
Ces données sont accessibles aux acteurs publics comme privés, pour la réalisation d’un projet, sous certaines conditions :
• répondre à un motif d’intérêt public ;
• ne pas relever d’une finalité interdite (promotion commerciale des produits de santé, objectif de sélection des risques ou de tarification au risque dans les contrats d’assurance) ;
• respecter les règles de protection de la vie privée (ne pas essayer d’identifier une personne), de transparence (publier la méthodologie et les résultats des études).
13. Depuis le 1er novembre 2019, la CMU-C est étendue aux bénéficiaires de l’ACS avec la mise en place de la complémentaire santé solidaire (CSS).
•
S
chéma4 –
Le système national des données de santé issu de la loi de 2016Données en provenance de :
Alimentation du SNDS
Assurance maladie Extractions à façon Échantillons généralistes Données agrégées Hospitalisation Certificats de décès CNSA, MDPH (handicap) Organismes d’assurance complémentaire (échantillon) SNDS
Mise à disposition des données
Source • DREES.
L’accès aux données s’effectue dans des conditions qui garantissent la confidentia- lité et l’intégrité des données et la traçabilité des accès et des autres traitements (respect du référentiel de sécurité).
À l’exception des accès permanents octroyés à certains organismes dotés d’une mission de service public dans le domaine de la santé, chaque demande d’accès au SNDS doit suivre une procédure qui aboutit à la décision d’autorisation d’accès aux données rendue par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) dans un délai relati- vement court (5 mois au plus). Durant la première année de fonctionnement, 560 dossiers ont été déposés à l’Institut national des données de santé (INDS)14 dont 130 concernaient
des données du SNDS. 45 % de ces dossiers ont été déposés par des acteurs privés ; le délai médian de la procédure, depuis le dépôt du dossier à l’INDS jusqu’à l’obtention de l’autorisation est de 70 jours. Les jeux de données ne présentant aucun risque de réiden- tification (données anonymes) sont accessibles à tous en open data.
La procédure actuelle va évoluer dans les prochains mois avec la création, le 29 novembre 2019, du Health Data Hub (ou plateforme des données de santé). Cette structure a été créée pour faciliter et élargir la réutilisation des données de santé, tout en assurant une gouvernance unique sur l’ensemble de ces données et en mettant à disposition une plateforme technologique qui comporte un niveau de sécurité élevé pour le traitement et le stockage de ces données. La première version de cette plateforme technologique de mise à disposition des données de santé est en construction et sera 14. L'INDS est le guichet unique des demandes d'accès aux données du SNDS et plus largement de toutes les études, recherches ou évaluations nécessitant l'utilisation de données de santé n'impliquant pas la personne humaine. Ses missions ont été reprises par le Health Data Hub, créé le 29 novembre 2019.
opérationnelle à partir de 2020, au travers notamment des premiers projets accompa- gnés. Pour le suicide, comme pour d’autres domaines, ce dispositif ouvre des possibi- lités d’appariement de bases de données cliniques ciblées, notamment hospitalières, avec l’ensemble des bases de données médico-administratives disponibles.