La qualité de vie est un élément subjectif, répondant à des critères personnels. Elle dépend également de l’environnement urbain (Yang, 2008). L’environnement urbain est composé par le contenu (individus, groupe d’individus, activités) et par le contenant les activités humaines : bâtiments, environnement non bâti, réseaux (Tannier, 2016). En modiiant l’environnement urbain, les formes urbaines inluent directement sur la qualité de vie et la satisfaction résidentielle des individus (Youssoui, 2011). En simpliiant grandement ce concept, la qualité de vie des individus résidents dans les zones urbaines peut être estimée selon trois axes : la dimension spatiale, la dimension humaine et la dimension fonctionnelle (Bonaiuto et al., 2003). La dimension spatiale de la qualité de vie dépend de l’architecture des bâtiments et de la densité bâtie, la dimension humaine correspond aux éléments socio-relationnels entre les individus et la dimension fonctionnelle correspond à l’accessibilité aux aménités.
Selon Brueckner et al. (1999), des paysages urbains esthétiques sont perçus comme des aménités, et améliorent donc la qualité de vie. La qualité architecturale des formes urbaines est cependant dificile à évaluer, puisqu’elle ne dépend pas strictement du type de forme urbaine. Par exemple, rien ne présuppose une bonne qualité architecturale dans les banlieues périurbaines peu denses (Burchell et al., 1998). La construction de bâtiments à une prétendue haute qualité architecturale est une première piste pour réduire l’impact des formes urbaines sur la qualité de vie. La qualité de vie des individus est également inluencée par leur perception de la densité (voir encadré 2).
Le rapport de l’AUCAME (2008) met en avant les relations entre forme urbaine et qualité de vie en distinguant la densité vécue et la densité réelle. Par exemple, les quartiers de grands ensembles sont souvent vécus comme beaucoup plus denses avec une qualité de vie jugée moins élevée que les quartiers de centre-ville (APUR, 2003). Pourtant, les quartiers de grands ensembles, comprennent fréquemment de grands espaces verts et sont souvent moins denses que les quartiers de centre-ville. Plus que la densité réelle, il semblerait que ce soit la hauteur des bâtiments qui conduise à un sentiment d’oppression et de dégradation de la qualité de vie. Inversement, d’autres facteurs comme l’environnement urbain, la convivialité et l’animation des quartiers améliorent la perception de la densité. Ainsi, les fortes densités bâties des centres villes sont souvent perçues de manière positive. Un bon compromis entre la qualité de vie et la densité bâtie peut être trouvé en préconisant par exemple des formes bâties denses et une densité de logements modérée dans des constructions à haute qualité architecturale de type immeubles en plots (igure 1.13) ou habitat intermédiaire (voir encadré 1).
E
ncadré2 • d
EnsitébâtiEEtdEnsitédELogEmEntsPlusieurs types de densité peuvent être identiiés : la densité de construction ou densité bâtie, et la densité de logements (AUCAME, 2008). Ces deux types de densités conditionnent la densité de population d’un espace donné exprimée en nombre d’habitants par unité de surface. La densité de construction est mesurée en mètres carrés construits. On distingue la densité nette, mesurée à l’îlot ou à la parcelle, et la densité brute, qui prend en compte la surface utilisée par les espaces publics, la voirie et les espaces verts. La densité de construction est strictement dépendante de la forme urbaine, lorsqu’on la considère en deux dimensions. La densité de logements est exprimée par le rapport entre le nombre de logements et la surface de terrain hors voirie publique ramenée à l’hectare. Un rapport de l’Agence d’Etudes d’Urbanisme de Caen-Métropole sur la question de la densité (AUCAME, 2008), détaille six types de bâtiments, et leur densité de logements : les maisons individuelles, les maisons de ville, les grands ensembles, les immeubles en plots ou petits collectifs, les immeubles de la reconstruction et les immeubles de centre-ville (igure 1.13).
Figure 1.13 •
Types de bâtiments et densité de logements. Source : AUCAMELa dimension humaine de la qualité de vie se focalise sur des éléments socio-relationnels comme la sécurité et la sociabilité (Kamps, 2013). Le problème de la ségrégation socio-spatiale est dépendant des formes urbaines dans la mesure où le prix des terrains inlue sur la localisation des implantations résidentielles des individus. Les terrains disposant d’un environnement urbain très favorable sont souvent plus chers et accessibles uniquement aux hauts revenus. Des politiques strictes visant à interdire l’étalement urbain peuvent limiter l’acquisition de terrains onéreux disponibles pour une seule catégorie de population. En revanche, lorsque les autorités locales conduisent une politique tolérant l’étalement urbain, la ségrégation socio-spatiale s’accroît fortement (Pendall, 2000). Pour diminuer ce phénomène, certains auteurs préconisent une augmentation modérée de la densité du développement résidentiel (Galster et Cutsinger, 2007). Les modèles de villes favorisant les formes urbaines locales modérément compactes semblent donc les plus adaptés pour répondre au problème de la ségrégation socio-spatiale (New Urbanism,
Urban Village, Wisely Compact City, ville fractale).
La dimension fonctionnelle de la qualité de vie concerne l’accessibilité aux aménités urbaines (commerces et services) et aux aménités vertes (espaces ouverts, espaces naturels, espaces de loisirs). Plusieurs études ont montré qu’une bonne accessibilité aux aménités vertes et urbaines améliore la satisfaction résidentielle et la qualité de vie (Bramley et Power, 2009; Kweon et al., 2010). Les villes étalées ont l’avantage de permettre un bon accès aux aménités vertes. Cependant, des modèles de villes compactes comprenant des pénétrantes vertes et des corridors verts peuvent également garantir une bonne accessibilité à ces aménités. Les ceintures vertes bordant les villes compactes présentent l’avantage de conserver des espaces verts à proximité immédiate de la ville mais n’offrent pas nécessairement une bonne accessibilité aux aménités vertes pour les individus résidant dans le centre-ville. Même s’ils limitent la perte et la dégradation des espaces ouverts et naturels, les modèles de ville compactes et leurs déclinaisons (politique ABC, région urbaine polycentrique, décentralisation concentrée) sont peu performants en termes d’accessibilité aux aménités vertes. Ils sont en revanche eficaces pour l’accessibilité aux différentes aménités urbaines comme les commerces et services. Les individus peuvent se rendre rapidement aux diverses aménités urbaines en utilisant le moyen de transport le plus eficace (marche à pied, vélo, transport en commun) ce qui n’est pas possible dans une forme de ville plus étalée qui augmente considérablement les temps de transport. Les modèles de villes à densité bâtie modérée améliorent l’accessibilité aux aménités vertes mais sont moins performants que les modèles de ville à forte densité bâtie pour l’accessibilité aux aménités urbaines. Le modèle de la ville fractale présente un bon compromis entre une bonne accessibilité aux commerces et services et une bonne accessibilité aux aménités vertes (Frankhauser et al., 2010). Dans les villes fractales, l’accessibilité aux aménités urbaines est favorisée par la présence régulière de différents niveaux hiérarchiques de pôles urbains au sein de l’agglomération urbaine (Tannier et al., 2012a). L’allongement des bordures urbaines dans les villes fractales et la présence de nombreux espaces ouverts dans le tissu urbain permet de rendre les aménités vertes accessibles à un plus grand nombre d’individus. La forme urbaine fractale semble donc être le modèle de ville comptant le moins d’impacts négatifs sur la dimension fonctionnelle de la qualité de vie.