B. HUKUKA AYKIRI DELİLLERİN DEĞERLENDİRİLMESİNE İLİŞKİN
1. MUTLAK KABUL GÖRÜŞÜ
Par leur implication dans le projet parental d’autrui, les femmes porteuses ne banalisent pas la grossesse et l’accouchement; au contraire, ce sont des expériences extraordinaires qu’elles veulent renouveler. Porter un enfant avec l’intention de le remettre à ses parents à la naissance leur procure un arrangement qui résonne positivement dans leur vie, étant donné la noblesse du geste et la gratification qu’il leur procure.
J’ai toujours eu un petit côté « mère Teresa » : prendre soin et materner, donner au suivant. J’avais besoin de canaliser cette énergie-là quelque part. Je voulais le vivre pour quelqu’un, mais aussi le vivre pour moi. Je vais avoir beaucoup d’attention. Pas pour avoir de l’attention sur moi nécessairement, mais pour inspirer, pour faire triper le monde : « Regardez ce qui existe, ce qui est possible de faire ». Être un peu comme une pionnière de ce mouvement-là, parce que j’y crois. (Claudine, femme porteuse)
Faire des choses positives pour moi, ça me rend heureuse. Ce n’est pas quelque chose que je trouve excessif. Il y a des gens qui vont peut-être trouver que c’est quelque chose de gros. Je ne pense pas que tout le monde peut accomplir ça, en effet. (Isabelle, femme porteuse)
Les femmes porteuses que j’ai rencontrées sont conscientes que la grossesse pour autrui chamboule les conceptions à propos de la maternité et met en débat l’agentivité des femmes. Or, pour elles, l’immensité du geste et de ses risques invite à la prudence, certes, mais ne sont pas des considérations suffisantes ni même légitimes pour interdire la pratique ou tenter de contrôler leur autonomie reproductive. De fait, outre la réponse à un besoin d’autrui, elles veulent aussi le faire parce qu’elles prévoient en retirer des bienfaits pour elles-mêmes. J’ai relevé trois retombées positives recherchées par les femmes.
Les plaisirs de la grossesse sont souvent évoqués par les femmes porteuses pour expliquer leur motivation à participer à un projet de GPA. « I honestly love being pregnant. I would stay pregnant my whole entire life if I could », me confie Karen, résumant succinctement ce qui l’a amené à porter un enfant pour autrui, et ce, à quatre reprises au cours des dernières années. Déjà mères de plusieurs enfants, ces femmes souhaitent renouer avec la grossesse et être enceintes à nouveau, sans que cela implique d’ajouter un nouvel enfant à leur marmaille. Situation gagnante selon elles pour toutes les parties impliquées, la gestation pour autrui leur
permet d’éviter de mettre définitivement une croix sur cette expérience corporelle et émotionnelle qu’elles chérissent.
Je n’avais pas fait le deuil de la grossesse. Mais en même temps, ma dernière en vaut quinze [rires]. Je n’en voulais pas plus [rires]. Et j’étais séparée anyway. Je me suis dit : « Je pourrais peut-être être mère-porteuse ». Comme ça, j’aurais le côté que je recherche, mais en même temps, pas le bébé. (Andréane, femme porteuse)
Dans le même ordre d’idées, les femmes qui mettent de l’avant cette motivation entretiennent un rapport particulier à la grossesse et l’accouchement. Plusieurs femmes porteuses parlent abondamment de leur passion pour la grossesse; certaines sont d’ailleurs mères d’allaitement, conseillères en périnatalité ou animatrices de cours prénataux. L’accouchement représente pour elles un rite d’une grande portée symbolique. Le vivre à nouveau est un privilège qu’elles veulent partager aux côtés d’une autre. Cet attrait pour l’univers maternel expliquerait leur objectif de vivre le processus aux côtés d’une sage-femme ou d’une accompagnante (doula), et d’accoucher dans des conditions qui correspondent à leurs désirs, dans une maison de naissance ou chez soi, par exemple.
On fait le bien parce que cela nous en apporte aussi. Ma famille est terminée et je reste avec ce souvenir d’accouchements merveilleux. Je me disais : « Je ne peux pas croire que je ne vivrai plus jamais cela ». Mon deuil de cela n’était pas fait, mais ma famille était complète. En étant mère porteuse, je me gâtais vraiment : j’ai fait un autre suivi avec une sage-femme et j’ai accouché dans une maison de naissance. (Patricia, femme porteuse)
Prendre du temps pour soi et sa famille, après des années mouvementées, est un avantage collatéral de la grossesse pour autrui. Certaines femmes porteuses, notamment les cheffes de familles monoparentales, souhaitent profiter d’un arrangement qui facilite leur vie quotidienne. Le projet de GPA arrive donc à point nommé pour prendre une pause du stress de la conciliation travail/famille, comme l’expliquent Isabelle et Élise :
Je ne te cacherai pas que les avantages du RQAP29 sont aussi tentants pour moi. Dix-huit
semaines à passer avec ma famille et à me donner à 100% pour mon fils, c’est quelque chose que j’apprécie beaucoup. (Isabelle, femme porteuse)
Je le faisais en même temps un peu pour moi, cette grossesse-là. Pour moi qui vis avec quatre enfants et qui travaille à l’autre bout de la ville, qui fait une heure et quart de transport le matin et le soir…je suis en retrait préventif. Juste d’avoir un an à la maison avec mes enfants, reprendre un rythme de vie normal, c’est le plus beau des cadeaux. Cette année-là, je me la donne pour respirer, pour profiter. Pour savourer le moment avec ce bébé-là dans mon ventre. (Élise, femme porteuse)
Pause salvatrice pour certaines, la GPA et le congé de maternité qui s’en suit représentent pour d’autres l’occasion de se consacrer à des projets personnels tels que la poursuite d’études supérieures, la rédaction d’un mémoire de maitrise ou une réorientation de carrière.
Ça s’est mis à me trotter dans la tête. Je suis en transition de vie, si on veut. Je suis séparée depuis un an. Je veux changer de carrière, tout ça. C’est comme l’année idéale pour le faire. (Marilyne, femme porteuse)
Bref, la grossesse pour autrui requiert d’aménager autrement sa vie pendant plusieurs mois, ce qui impose certains sacrifices de la part de la femme porteuse et sa famille, mais peut aussi avec des retombées positives. Pour d’autres, sans être une motivation cruciale pour leur adhésion au projet, il s’agit tout de même d’un arrangement propice pour y combiner leurs ambitions et leurs aspirations personnelles.
Enfin, la gestation pour autrui fabrique de la parenté. C’est du moins le sentiment de Kate, une femme ayant porté un enfant pour un couple d’amis dans le cadre d’une entente de GPA génétique. En utilisant son propre ovule, elle donne ainsi naissance à un frère ou à une sœur « de sang » pour sa propre fille. Son objectif est ici de créer une fratrie pour son enfant dont la parentèle est à l’heure actuelle réduite, voire inexistante.
29 En vigueur depuis janvier 2006, le Régime québécois d’assurance parental (RQAP) vise à soutenir financièrement les nouveaux parents ayant cotisé au régime pour qu’ils puissent mieux concilier leurs responsabilités familiales et professionnelles. Le régime de base pour les femmes qui ont donné naissance (congé de maternité) correspond à des prestations de 70 % du revenu hebdomadaire moyen pour un maximum de 18 semaines.
As soon as I got older, I started to feel sometimes a little bit sad that my child would never have a brother or a sister, or a relative of her generation in the world. […]. Because neither my brother nor my sister has any kids. It seemed unlikely even that my first cousins would. So, I was starting to feel like my daughter was going to be the only one of her generation. And then, when the older generation die, she’d be kind of on her own, in terms of blood relatives. So, I was looking for a solution whereby I could have a child for another couple who would be friends, and who would allow my daughter and I to continue to have a relationship with the child. (Kate, femme porteuse)
La GPA représente ici un moyen pour nouer des liens familiaux alternatifs, selon une perspective qui s’apparente à la pluriparentalité. Au départ, le but poursuivi par Kate n’est toutefois pas d’être considérée comme la mère de cet enfant ni d’endosser un rôle parental au quotidien, mais bien de créer des relations de parenté qui concernent uniquement les enfants, et non les adultes impliqués dans l’entente.