La Deuxième Instruction pour la juste application de la Constitution sur la Liturgie246 du 4 mai 1967 vient régler de nombreux points apparus depuis la première Instruction de 1964 et la possibilité octroyée de célébrer dans la langue du pays et face à l’assemblée247, en
242 Cf. K. A
MON, Die Instruktion “Musicam Sacram, p. 60.
243 Cf. A. M
ILNER, The Instruction on Sacred Music, p. 324, avec cette mise en garde: “Silence during the liturgical action, so often in the past an excuse for evading popular participation, is to be observed at the propter times”.
244
L. AGUSTONI, Instructio de musica in sacra liturgia, p. 106.
245 Ibidem.
246 Cette Instruction est signée conjointement par le cardinal Lercaro, président du Consilium et par le cardinal
Larraona, préfet de la Sacrée Congrégation des Rites.
247 Cf. A. B
UGNINI, Commentaire de la deuxième Instruction pour l’application de la Constitution sur la liturgie, c. 894 : « L’expérience de la langue du peuple et la célébration vers le peuple ont montré que certains détails des
apportant des précisions sur les rites et des simplifications (sur le nombre de génuflexions, de baisers à l’autel et de signes de croix).
Parmi les « modifications dans l’ordonnancement de la Messe » (ch. III), le n° 15 précise les différentes possibilités qui s’offrent après la communion :
À la Messe avec assistance, selon qu’on le jugera opportun, avant la postcommunion, on peut soit faire une pause avec un temps de silence sacré, soit chanter ou réciter un psaume ou un chant de louange, comme par exemple le psaume 33, Benedicam Domino, le psaume 150, Laudate
Dominum in sanctuario ejus, les cantiques Benedicite, Benedictus es248.
C’est donc la première fois qu’apparaît clairement l’invitation à choisir entre un temps de silence sacré ou un chant après la communion. Pourquoi proposer ce choix entre le silence et le chant, alternative que nous retrouverons dans le Missale Romanum et sa Présentation
générale trois ans plus tard ? Pour Pierre Jounel, ces possibilités respectent les différentes
coutumes en vigueur : dans certaines régions, on a pris l’habitude de chanter un cantique de louange alors que dans d’autre, on préfère le silence249. Le choix dépend également du type d’assemblée. Un temps de silence après la communion se prêtera mieux à une petite assemblée, mais sera moins bienvenu dans une grande foule où la distribution de la communion a déjà duré longtemps250.
Le secrétaire du Consilium, Annibale Bugnini, apporte quelques semaines plus tard des « Précisions », dont l’une concerne ce temps de silence après la communion :
Si on choisit le « silence sacré », celui-ci doit être distinct du temps nécessaire au prêtre pour les ablutions et pour remettre en ordre le calice : il doit prendre place après cette action, et le célébrant doit s’unir avec le peuple dans cette méditation eucharistique251.
Relevons cette considération importante : pour que ce temps de silence soit significatif, il importe qu’il soit respecté par tous, y compris le célébrant.
rites ne sont plus admissibles et peuvent facilement être amendés sans toucher aux livres liturgiques actuels, et en harmonie avec les lignes directrices de la réforme ».
248 S
ACRÉE CONGRÉGATION DES RITES et CONSILIUM POUR L’APPLICATION DE LA CONSTITUTION SUR LA
LITURGIE, Instruction Tres abhinc annos, n° 15.
249 Cf. P. J
OUNEL, Les principes directeurs de l’Instruction, p. 31 : « Plusieurs pasteurs estiment que la messe s’achève trop rapidement après la communion et qu’il conviendrait de donner plus d’ampleur à la prière qui précède le renvoi. C’est ainsi qu’en pays germanique, il est de tradition immémoriale de chanter un cantique de louange en langue vivante avant la postcommunion et que la liturgie anglicane a transféré à cette place le chant du Gloria in excelsis, tandis que les luthériens français proposent plusieurs formules au choix, dont l’une consiste dans une prière litanique avec la réponse de l’assemblée : ‘Grâces te soient rendues, Seigneur’. D’autres pensent que la sobriété romaine présente ses avantages et que l’assemblée éprouve avant tout le besoin de se recueillir dans une prière silencieuse. L’Instruction a voulu offrir toutes les possibilités : ne rien innover (quand, par exemple, la communion a déjà pris un temps assez long), insérer un chant de louange ou un temps de silence.
250
Cf. A. BUGNINI, Commentaire de la deuxième Instruction pour l’application de la Constitution sur la liturgie, c. 896 : « Il est bien certain qu’autre est la situation d’une petite assemblée et autre celle d’une grande foule où les communions ont été nombreuses. Le sens liturgique et le bon sens du célébrant ont ici leur rôle à jouer. C’est pourquoi on dit : ‘selon les circonstances’ ».
251
A. BUGNINI, Précisions sur la deuxième Instruction pour l’application de la Constitution sur la liturgie, c. 1125.
Bugnini ajoute qu’ « il est donc exclu que cela se fasse après le mot Oremus, avant la
post-communion ». Ceci est vivement critiqué par Ferdinando Dell’Oro, qui estime au
contraire que ce serait le moment le plus adapté : dans la liturgie antique, la prière après la communion était toujours précédée de l’invitation à la prière personnelle d’action de grâce252 ; désormais, la prière après la communion est une action de grâce de toute l’assemblée et pas seulement du prêtre qui communiait seul autrefois253. La PGMR (n° 122) et le Missel lui donneront raison, en indiquant la possibilité de marquer une pause de silence entre Oremus et la prière après la communion, comme cela avait été le cas lors de la collecte, sauf s’il y a déjà eu un temps de silence après la communion. Cependant ce temps de silence ne pourra ici qu’être très bref. Un temps plus long de prière silencieuse aura donc sa place immédiatement après la procession de communion. À noter encore, concernant ce choix entre le chant de louange et la prière silencieuse, que Bugnini estime que le mieux serait d’avoir les deux :
Il serait également possible, et louable, d’unir les deux choses : observer un temps de silence et terminer par un chant bref adapté254.
Je partage pleinement son avis. Ainsi, l’action de grâce personnelle au cours d’un temps de silence aboutit à une action de grâce communautaire, par le chant, qui prend alors plus de consistance.
Une autre Instruction, parue quelques jours plus tard, évoque également le silence après la communion, qui est appelé à se prolonger après la messe et lors de l’adoration du Saint-Sacrement.
5.3.5. Eucharisticum mysterium (1967) : le silence d’adoration qui se prolonge au-delà