Nous quittons maintenant l’Ordo Missae pour voir s’il y a de nouvelles invitations au silence dans le Proprium de tempore et plus particulièrement dans les célébrations du
Triduum pascal. Avant d’y entrer, mentionnons cette prière en silence au début du Carême. Prière en silence avant la bénédiction des cendres
Le Missel a passablement simplifié la bénédiction et l’imposition des cendres, au début du Carême, la septuagésime ayant été supprimée. Cette imposition a désormais lieu pendant la messe, après l’homélie, et non plus avant. Après avoir invité les fidèles à entrer dans cette démarche de pénitence, tous sont invités à prier en silence avant la bénédiction des cendres :
MR p. 118. Après l’homélie, le prêtre, debout et les mains jointes, invite les fidèles à la prière. Il dit, par exemple: Mes frères, demandons au Seigneur de bénir ces cendres dont nos fronts vont
être marqués en signe de pénitence. Après un bref temps de silence (post brevem orationem in silentio), il poursuit: Seigneur notre Dieu…
336 Missale Romanum (1970), p. 486. Cette rubrique ne figure pas dans le Missel en français. 337 Cf. R. C
ABIÉ, Le nouvel « Ordo Missae », p. 34 : « Un temps de prière silencieuse peut être ménagé à ce moment-là ; on a déjà constaté combien il est apprécié des fidèles, dans une forme de célébration où les paroles et les chants sont plus nombreux qu’auparavant. Dans ce cas, on se demande ce que peut signifier le ‘Prions’ qui précède la dernière oraison ».
Relevons que le texte original latin parle d’une « prière » en silence, que la traduction française n’a pas gardée. Il s’agit ici d’un temps de silence pour entrer pleinement dans cette démarche de pénitence et de conversion.
De plus, il peut y avoir ensuite un geste de bénédiction des cendres en silence, « sans rien dire » :
MR p. 119. S’il le juge opportun, le prêtre asperge d’eau bénite les cendres, sans rien dire.
Le silence donne plus de poids au rite. On peut dire aussi que la bénédiction avec l’eau bénite est en elle-même un rite explicite qui n’a pas besoin de paroles explicatives.
Jeudi saint : silence d’adoration au reposoir
Nous retrouvons le silence d’adoration dans les rites du « Transfert du Saint- Sacrement » qui avaient été ajoutés dans le Missel de 1962 à la suite de la réforme de la Semaine sainte. Devant le Saint-Sacrement qui a été apporté en procession au reposoir, tous sont invités à prendre « un temps d’adoration en silence ». Les rubriques ont été bien simplifiées et insistent moins sur les gestes du prêtre, qui devait revêtir une étole violette et dénuder les autels, et plus sur la prière des fidèles qui « sont invités à poursuivre l’adoration devant le Saint-Sacrement pendant une partie convenable de la nuit338 ». Dans cette simplification, l’invitation à un temps de silence en commun : Postea, omnes, genibus flexis,
per aliquod temporis spatium in silentio Sacramentum adorant339 a été supprimée et remplacée par une évocation de ce temps d’adoration en silence dans la rubrique suivante qui concerne le retour du prêtre et des servants à la sacristie : Post aliquod tempus adorationis in
silentio, sacerdos et ministri, facta genuflexione, revertuntur in sacristiam340. Mais ces changements ne modifient en rien le temps de prière en silence au reposoir, qui se trouve au contraire renforcé par l’invitation à rester longuement en prière.
Le silence du Vendredi saint
Il y a également une simplification semblable au début de l’Office de la Passion. Le Missel de 1962 insistait à deux reprises sur le silence, celui de la procession : Omnibus sic
paratis, incipit processio per ecclesiam ad altare, sub silentio, et celui qui accompagne la
prostration : Omnesque in silentio aliquamdiu orant341. Le nouveau Missel omettra le premier
(qui sera toutefois réintégré dans l’editio tertia de 2002342) :
338 Missel romain (1974), p. 148. 339 Missale Romanum (1962), p. 160. 340 Missale Romanum (1970) p. 249. 341 Missale Romanum (1962), p. 161. 342 Cf. infra, 6.3.4.
MR p. 150. Le prêtre et les autres ministres sacrés, prêtres et diacres, revêtus des vêtements de la messe, qui sont de couleur rouge, s’avancent vers l’autel et, après l’avoir salué, ils se prosternent ou se mettent à genoux. Tous prient en silence pendant quelque temps (omnes in silentio
aliquamdiu orant).
La gravité de cette entrée, grâce au grand silence qui l’accompagne, reste intacte. Ici, le silence joue un rôle de premier plan.
Notons que le Missel indique la possibilité de faire silence après avoir entendu la Passion et une courte homélie :
MR p. 151. Après la lecture de la Passion, il convient de faire une brève homélie (à la fin de laquelle le prêtre peut inviter l’assemblée à rester quelque temps en silence).
Mais cette invitation à rester quelque temps en silence ne figure pas dans l’édition latine :
Post lectionem Passionis Domini habeatur pro opportunitate brevis homilia343.
Pour la grande prière universelle, nous nous souvenons que les nouvelles rubriques de 1962 avaient inscrit un temps de prière en silence entre Flectamus genua et Levate. Le Missel de 1970 laisse tomber cette invitation à s’agenouiller344 et ne conserve que la prière en silence au cours des dix intentions :
MR p. 151. La liturgie de la Parole se termine par la Prière universelle qui, en ce jour, est dite de la manière suivante: le prêtre, debout au siège, ou encore à l’ambon ou même à l’autel, donne l’intention dans un invitatoire ; tous prient en silence (omnes per aliquod temporis spatium in
silentio orant), puis le prêtre, les mains étendues, dit ou chante l’oraison. Pendant ces prières, les
fidèles peuvent se tenir soit debout, soit à genoux.
Puis, pour chaque intention, entre l’invitatoire du diacre et l’oraison du prêtre, il est inscrit :
MR p. 151-156. Tous prient en silence (Oratio in silentio). Puis le prêtre dit :…
Il y a désormais deux formes pour la présentation de la croix. La première consiste toujours à dévoiler progressivement la croix en chantant à trois reprises : Voici le bois de la
Croix, qui a porté le salut du monde – Venez, adorons ! Une seconde offre la possibilité
d’aller chercher la croix à l’entrée de l’église et de l’amener en procession avec trois arrêts pour la vénération. Dans les deux cas, après chaque réponse, il est toujours prévu que tous se mettent à genoux et adorent un instant en silence :
MR p. 157. Le peuple : Venez, adorons ! Puis tous s’agenouillent et adorent en silence durant quelques instants (parvo momento in silentio adorant), tandis que le prêtre reste debout et tient la Croix élevée.
343 Missale Romanum (1970), p. 251.
344 Sauf si les Conférences épiscopales en décident autrement : « On peut aussi maintenir l’ancienne monition du
diacre: Prions à genoux, suivie de l’agenouillement de tous pour une prière en silence dont le terme est marqué par l’invitation: Levons-nous » (MR, p. 151).
Comme dans les Missels précédents, si l’assemblée est trop nombreuse pour que chacun puisse vénérer personnellement la croix, le célébrant présente la croix à tous pour un temps de vénération en silence :
MR p. 158. S’il y a vraiment un très grand nombre de participants si bien que faire passer chacun devant cette seule croix prolongerait exagérément cette partie de la célébration, on agira de la façon suivante : lorsqu’un certain nombre de participants auront pu faire la vénération, le prêtre prendra la Croix et, se tenant devant le milieu de l’autel, il invitera en quelques mots l’assemblée à vénérer la Croix. Puis il élèvera celle-ci durant un peu de temps pour la présenter à la vénération silencieuse des fidèles (a fidelibus in silentio adorandam).
Le Missel reprend également la rubrique de 1962 demandant que les hosties consacrées la veille soient amenées, depuis le reposoir, en silence jusqu’à l’autel :
MR p. 160. Un diacre, ou à son défaut le prêtre lui-même, va prendre le Saint-Sacrement au lieu où on l’a déposé la veille. Il revient directement à l’autel, tandis que tous se tiennent debout en silence (dum omnes in silentio stant).
Cette procession rappelle ainsi celle de l’entrée et se vit dans le même silence plein de gravité.
Le Missel demande un temps de silence après la communion, un silence qui n’est, cette fois-ci, plus en « concurrence » avec un chant ou une antienne :
MR p. 162. Puis le prêtre, après avoir observé le temps de silence (spatio sacri silentii) qui convient, dit: Prions le Seigneur.
Il précise enfin, ce qui n’était pas clairement mentionné dans les éditions précédentes, que la célébration se termine dans le silence :
MR p. 162. Puis tous se retirent en silence (Et omnes discedunt sub silentio). On enlèvera en temps opportun les chandeliers et la nappe de l’autel.
La célébration se termine ainsi dans un silence de grand dénuement.
Vigile pascale : la grande liturgie de la Parole est ponctuée de silence
Le Missel de 1970 reprend, dans les grandes lignes, la liturgie de la Vigile pascale, instaurée par Pie XII et incorporée au Missel de 1962. Les rubriques ont été simplifiées. Ainsi, lors de l’Office de la lumière, il n’est plus question d’asperger trois fois le feu, nihil
dicens, « sans rien dire », pour le bénir. Le célébrant n’est plus tenu à bénir par une triple
aspersion et un triple encensement les grains d’encens qu’il implantera dans le cierge. La procession dans l’église obscurcie se fait toujours dans un silence seulement interrompu par le chant du diacre ou du prêtre : Lumière du Christ auquel le peuple répond : Nous rendons
grâce à Dieu.
Nous retrouvons l’invitation à un temps de silence avant l’oraison qui suit chacune des lectures, dont le nombre a été porté à sept :
MR p. 174. Tous se lèvent ensuite, et le prêtre dit : Prions le Seigneur. Après que tous ont prié quelque temps en silence (per aliquod tempus in silentio oraverint), il dit l’oraison.
Le silence, au cours de cette liturgie de la Parole est même accentué par la possibilité de prendre quelques instants de silence après chaque lecture345, et même de remplacer le psaume responsorial par un temps de silence :
MR p. 174. Chaque lecture, sauf celle du récit de l’Exode, peut être suivie de quelques instants de silence. On peut même remplacer totalement certains des psaumes responsoriaux par ce temps de silence (Loco psalmi responsorii servari potest spatium sacri silentii). Dans l’un et l’autre cas, on omet la pause après Prions le Seigneur.
Soulignons cette possibilité, assez rare, de remplacer un élément du rite, en l’occurrence le psaume responsorial, par un temps de silence prolongé.
Pour terminer notre étude du nouveau Missel et de sa Présentation générale, il nous faut encore citer l’invitation à garder le silence pendant que le prêtre prononce les prières à haute voix, et voir ce qu’il reste de prières dites à voix basse.