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Le Jeudi saint 3 avril 1969, Paul VI promulgue par la Constitution apostolique Missale

romanum le nouvel Ordo Missae déjà prêt et le Missel sur le point de paraître. Dans cette

Constitution, il insiste sur la continuité du nouveau Missel par rapport aux précédents : bon nombre d’éléments entrent dans la composition du Missel rénové, enrichi de l’apport de nombreuses sources anciennes, encore inaccessibles au temps où Pie V fit effectuer sa propre révision. Le Pape souhaite que le nouveau Missel soit un facteur d’unité liturgique et la marque du culte authentique dans l’Église.

La publication du nouveau Missel s’accompagne de celle de sa Présentation générale. Elle a une forme toute différente des Rubriques générales du Missel de 1570 :

Il ne s’agit plus désormais d’une simple description des rites, mais d’une introduction à la célébration où les considérations doctrinales et pastorales occupent la première place et donnent leur signification aux indications rubricales314.

L’Editio typica de l’Institutio generalis missalis Romani de 1969 a été complétée l’année suivante par l’ajout d’un préambule (Prœmium) et par quelques changements mineurs315. Nous pourrons, si cela nous semble utile, confronter ces deux versions à l’un des textes préparatoires, le Schema n. 301, De Missali 52, du 15.07.1968. Grâce au travail de

313 S

ACRÉE CONGRÉGATION DES RITES, Rubriques à observer…, c. 338. Cette rubrique est reprise dans le Missel de 1962 : « Tunc redeunt omnes in silentio in chorum, et datur initium renovationi promissionum Baptismatis » (n° 22).

314 R. C

ABIE, Histoire de la messe, p. 117. Voir aussi A. BUGNINI, « Ordo Missae » et Institutio generalis, p. 158 : “L’Institutio è un Documento con una struttura lineare e chiara, ispirato da principi pastorali, che si preoccupa più di illustrare e guidare, che presentare tutta una serie di norme tassative”. Et S. MARSILI, Teologia

della celebrazione eucaristica. Note sul nuovo “Ordo Missae”, p. 114 : “Una riforma liturgica, come quella del

Concilio Vaticano II, non potrà essere attuata partendo da una semplice applicazione rubricale; essa ha infatti bisogno di essere vista nel quadro del rinnovamento teologico, che in maniera così ricca e varia si delinea in questo nostro tempo. Non per niente la Liturgia è Rivelazione in atto”.

315 Cf. Modifications apportés à la Présentation générale du Missel Romain, étude publiée par les Notitiae,

organe de la S. Congrégation pour le Culte divin, dans leur numéro de juin 1970. Voir aussi Enchiridion

concordance de Maurizio Barba316, nous pourrons mentionner précisément les évolutions autour de cette editio typica.

En français, si la PGMR a été traduite et publiée rapidement, le Missel romain est édité officiellement en 1974 et comporte la Présentation générale en introduction. Nous citerons désormais le Missel et sa Présentation générale dans leur traduction en français, en ajoutant entre parenthèses les expressions de la version originale latine utilisées pour parler du silence.

6.2.1. Le silence fait partie de la célébration

À la suite du Concile qui demandait que « le silence sacré soit observé en son temps » (SC 30) et de Musicam sacram n° 17 qui a précisé les enjeux de ce silence dans la liturgie, la

Présentation générale du Missel romain consacre un paragraphe entier au silence :

PGMR 23. Le silence (Silentium)

Un silence sacré (sacrum silentium), qui fait partie de la célébration, doit aussi être observé en son temps. Sa nature dépend du moment où il trouve place dans chaque célébration. Car, dans la préparation pénitentielle et après l’invitation à prier, chacun se recueille; après une lecture ou l’homélie, on médite brièvement ce qu’on a entendu; après la communion, le silence317 permet la louange et la prière intérieure.

À noter une variation dans la deuxième phrase par rapport au schéma de 1968, avec la suppression du pro opportunitate318, « si cela convient », qui caractérisait le bref silence de méditation après la lecture ou l’homélie. Cette suppression indiquerait que ce silence de méditation n’est plus de l’ordre du facultatif ; étonnamment, cette disposition ne sera pas répercutée dans les rubriques correspondantes des lectures et de l’homélie de la PGMR319.

Ce paragraphe inscrit donc clairement que le silence est pars celebrationis, « il fait partie de la célébration » ; il doit être pleinement intégré dans le rituel, afin d’être « observé en son temps », selon la demande du Concile. La PGMR précise quand il est bon de l’observer et quelle est sa nature selon les moments où il se trouve :

a. Silence de recueillement, pendant l’acte pénitentiel et après l’invitation à prier (lors de la prière d’ouverture).

b. Silence de méditation de ce qui a été entendu, après une lecture ou l’homélie.

316 M. B

ARBA, Institutio Generalis Missalis Romani. Textus - Synopsis - Variationes, 2006. En annexe de cette thèse, nous présentons en détail les différentes éditions de la PGMR en ce qui concerne le silence.

317

Le mot silence n’est pas mentionné dans l’IGMR latine : « Post Communionem vero in corde suo Deum laudant et orant ».

318 Schema n. 301, De Missali 52 : « Dum enim in actu paenitentiali et post invitationem ad orationem singuli ad

seipsos convertuntur, lectione vel homilia peracta, pro opportunitate ea quae audierunt breviter meditantur, post communionem vero in corde suo Deum laudant et orant » (cf. M. BARBA, Institutio Generalis Missalis Romani, p. 263).

c. Silence de louange et de prière intérieure, après la communion.

Nous reviendrons très largement sur ces différents types de silence dans notre troisième partie. Ce paragraphe de la PGMR constituera même le « fil rouge » de cette partie analytique. Voyons pour l’instant comment le Missel romain et sa Présentation générale proposent de marquer des temps de silence au cours de la liturgie de la messe.

6.2.2. Le silence pendant l’acte pénitentiel

Le rite pénitentiel est désormais un acte communautaire de toute l’assemblée320. Conformément à la PGMR 23, le Missel introduit un temps de silence au cours du rite pénitentiel. Entre l’invitatoire et le Confiteor, il est demandé de faire une brève pause en silence :

MR321 p. [4]. Le prêtre invite d’abord les fidèles à la pénitence en disant, par exemple: Préparons-

nous à la célébration de l’eucharistie en reconnaissant que nous sommes pécheurs. On fait une

brève pause en silence (Fit brevis pausa silentii). Ensuite, tous font ensemble la confession : Je

confesse à Dieu tout-puissant…

L’invitation au silence se trouve inscrite de la même façon dans la deuxième formule, dialoguée (Seigneur, accorde-nous ton pardon…), et dans la troisième formule du rite pénitentiel avec d’amples invocations (Seigneur Jésus, envoyé par le Père…). Nous la retrouvons également dans le rite de la bénédiction de l’eau et de l’aspersion qui peut remplacer le rite pénitentiel, surtout pendant le temps pascal322.

Par contre, dans la PGMR, alors que le n° 23 mentionne parmi les temps de silence où « chacun se recueille » la préparation pénitentielle, cette brève pause n’est pas indiquée dans la description détaillée des rites de la messe :

PGMR 29. Ensuite, le prêtre invite à la préparation pénitentielle qui est accomplie par toute la communauté dans une confession générale, et il conclut par la prière pour le pardon.

L’editio tertia de 2002 le mentionnera clairement dans la rubrique correspondante323.

6.2.3. Le silence au cours de la prière d’ouverture (collecte)

Le silence « après l’invitation à prier » est, cette fois-ci, bien mentionné :

320

Cf. C. ROZIER, Les rites d’ouverture de la messe, p. 40 : « On a désormais un acte communautaire de ‘réconciliation avec Dieu et avec les frères’, remis ici en valeur. Certes le geste existait précédemment, mais il était ordonné à la seule préparation du prêtre ».

321 L’abréviation MR désigne le Missel romain, que nous citerons dans sa première édition en langue française,

paru en 1974. Pour des raisons de simplification, nous indiquerons le numéro de la page.

322

MR p. [197] : « Après avoir salué l’assemblée, le prêtre debout au siège, tourné vers le peuple, ayant devant lui le vase avec l’eau à bénir, invite à prier en ces termes ou d’autres semblables: Mes frères, demandons au

Seigneur de bénir cette eau; nous allons en être aspergés en souvenir de notre baptême : que Dieu nous garde fidèles à l’Esprit que nous avons reçu. Après un bref silence (post brevem pausam silentii), il dit, les mains

jointes, l’une des deux prières suivantes ».

PGMR 32. Puis, le prêtre invite le peuple à prier; et tous, avec le prêtre, font silence pendant un peu de temps (parumper silent), pour prendre conscience qu’ils se tiennent en présence de Dieu, et pour mentionner intérieurement leurs intentions de prière. Puis le prêtre prononce l’oraison appelée habituellement « collecte ».

Nous avons présenté l’évolution de cette rubrique324 : alors qu’une pause n’était pas prévue au moment où l’on fléchit le genou et avant de se relever (cf. RS V, 4), le Missel promulgué par Jean XXIII en 1962 invite à marquer un bref temps de silence pendant que l’on fléchit le genou. Après le Concile, on ne gardera pas la génuflexion, mais on retiendra le temps de silence.

À noter que l’expression pour désigner ce silence a changé par rapport au Schema n.

301, De Missali 52 de 1968 : per aliqua momenta in silentio sistunt, « se tiennent (ou

s’arrêtent) en silence pendant quelque temps » est devenu parumper silent, « font silence pour un instant » dans l’editio typica de 1970. Il s’agit d’un silence bref.

Ce silence est vécu par « tous », y compris par le prêtre ; le texte le souligne, comme pour demander au prêtre de ne pas faire autre chose à ce moment-là.

La PGMR mentionne les deux finalités de ce silence :

1. « Prendre conscience qu’ils se tiennent en présence de Dieu » ; ce temps de silence permet de rappeler la « verticalité » de la célébration, la Présence de Dieu.

2. « Mentionner intérieurement leurs intentions de prière » ; ce temps de silence permet à chacun de prier, d’établir une relation personnelle avec le Seigneur, de confier les intentions de prière.

Dans le quatrième chapitre qui reprend la présentation des rites eucharistiques, en les adaptant aux différents types de messes, il sera également question de ce bref temps de silence de la prière d’ouverture au cours de la « messe avec peuple » :

PGMR 88. Ensuite, le prêtre invite le peuple à la prière. Les mains jointes, il dit: Oremus325. Et tous, avec lui, prient en silence pendant un moment (ad breve tempus silentes orant). Alors le prêtre, les mains étendues, dit la prière d’ouverture.

Ce paragraphe reprend, de manière plus concise, le n° 32, mais sans développer la finalité de ce temps de silence. L’expression utilisée n’est pas tout à fait la même : parumper

silent, « font silence pendant un peu de temps » (32) devient ad breve tempus silentes orant

« prient en silence pendant un temps bref » (88). Le schéma de 1968 avait également une formulation un peu différente : per breve tempus in silentio sistunt, « se tiennent en silence pour un bref instant ». Ces expressions s’équivalent. Nous relevons cependant l’amélioration

324

Cf. supra, 6.1.4.

325

L’Oremus sera traduit dans la traduction française de la deuxième édition (1978) : Prions le Seigneur. (Même cas de figure pour le n° 122 ci-dessous).

apportée par celle qui a été retenue : il ne s’agit pas seulement de faire silence ou de se tenir en silence, mais de prier en silence « pour prendre conscience que nous nous tenons en présence de Dieu » (cf. n° 32).

Le Missel indique aussi clairement cette « brève pause de silence » entre l’invitatoire « Prions le Seigneur » et l’oraison lue ou chantée par le célébrant :

MR p. [8]. L’hymne finie, le prêtre, les mains jointes, dit: Prions ensemble ou Prions ou Prions le

Seigneur. Après une brève pause de silence, le prêtre, les mains étendues, dit la prière326.

L’original latin est plus complet et précis : Et omnes una cum sacerdote per aliquod

temporis spatium in silentio orant327, ce que l’on peut traduire littéralement par : « Et tous, un (unis) avec le prêtre, prient en silence pendant un certain espace de temps ». Cette rubrique du Missel demande clairement que tous s’arrêtent pour prier. Cela n’a rien à voir avec ces plages de silence pendant lesquelles l’assemblée pouvait prier tandis que le clergé accomplissait les rites. Désormais, tous sont invités à vivre ensemble ce temps de silence.

Ce silence est important : il permet à chacun de prier, quelques secondes, et ainsi d’entrer personnellement en relation avec le Seigneur. Ce silence aide le fidèle à ne pas participer en « spectateur muet et étranger328 » ; il prend pleinement part à ce temps de prière, avec tous les membres de l’assemblée, comme il avait pris part au chant d’entrée, à la démarche pénitentielle et, le dimanche, au chant du Gloire à Dieu. Cette prière termine les rites de l’ouverture de la messe ; plus que cela, elle en est son aboutissement.

Ce temps de silence donne pleinement son sens à l’invitatoire Oremus, Prions ou

Prions ensemble ou Prions le Seigneur. Le prêtre laisse au fidèle le temps de faire ce qu’il

leur demande. Il peut ensuite rassembler, « collecter » – d’où le beau nom de « Collecte » que l’on donne à cette première des trois oraisons mobiles de la messe – les prières de tous, et prier à la première personne du pluriel, au nom de tous329.

6.2.4. Pas de silence proposé pendant la liturgie de la Parole

Contrairement à ce qui a été inscrit au n° 23 de la PGMR : « après une lecture ou l’homélie, on médite brièvement ce qu’on a entendu », il n’y a aucune mention d’un

326 Notons que le Missale Romanum mentionne également ce temps de silence dans l’Ordo missae sine populo :

« Quo finito, sacerdos, manibus iunctis, dicit: Oremus. Et, facta aliqua pausa silentii, extendit manus et dicit orationem; qua expleta, minister acclamat: Amen » (Missale Romanum (1970), p. 480). Cette rubrique ne figure pas dans le Missel en français.

327 Missale Romanum (1970), p. 387. 328 Cf. P

IE XI, Constitution Apostolique Divini cultus, norme 9.

329 Certaines oraisons font même mention de la prière des fidèles, comme celle du 2e dimanche du Temps

Ordinaire : « Dieu éternel et tout-puissant, qui régis l’univers du ciel et de la terre : Exauce, en ta bonté, les prières de ton peuple et fais à notre temps la grâce de la paix. Par Jésus… »

quelconque silence, ni dans la PGMR, ni dans le Missel, à ces différents moments de la liturgie de la Parole, pas même après l’homélie :

MR p. [10]. L’homélie achevée, on dit la profession de foi quand elle est prescrite.

Il faudra attendre la publication de la seconde édition de l’Ordo lectionum missae en 1981 et son paragraphe entier consacré au silence dans la liturgie de la Parole, qui sera repris dans la troisième édition de la PGMR en 2002, pour que le rituel de la messe propose un temps de silence après chaque lecture et après l’homélie, et établisse clairement l’importance de ce silence.

6.2.5. Une prière silencieuse entre les intentions de la prière universelle

Nous avons présenté plus haut les Directives rétablissant la prière universelle des fidèles330, à la suite de la demande du Concile (SC 53). Les nos 45-47 présentent la prière universelle, par laquelle « le peuple, exerçant sa fonction sacerdotale, supplie pour tous les hommes » (45). En effet, la PGMR précise que c’est bien « toute l’assemblée qui exprime sa supplication » et cette action de tous se manifeste particulièrement par le refrain ou par la prière silencieuse :

PGMR 47. Mais c’est toute l’assemblée qui exprime sa supplication, soit par une invocation

Benzer Belgeler