Intérêt de développer le cadre juridique international applicable aux POMU
En première approche, le développement de projets de POMU est donc possible dans le cadre du droit national de la France ; c’est sans doute aussi le cas dans une grande partie des États côtiers, où il existe généralement des voies réglementaires pour autoriser l’implantation permanente d’installations assimilables à des POMU. Ces développements n’échappent pas pour autant au droit international, notamment quant aux principes généraux, aux dispositions relatives à la protection de l’environnement ou à la sécurité de la navigation ; néanmoins, il est clair qu’il existe aujourd’hui de très larges marges d’interprétation par chaque État côtier des quelques dispositions spécifiques aux installations en mer, et encore plus des dispositions générales.
Par ailleurs, la Haute mer et la Zone pour l’exploitation des ressources du sol et du sous-sol au-delà des zones sous juridiction des États côtiers constituent à terme un espace potentiel pour l’implantation de POMU, en lien avec l’exploitation des ressources marines. Si la CNUDM définit clairement le régime juridique applicable à l’exploitation des ressources du sol et du sous-sol de la Zone et désigne clairement l’autorité de régulation correspondante pour ces zones situées au-delà de la juridiction des États6, il n’en est pas de même pour l’exploitation offshore des ressources
biologiques ou énergétiques, ou même simplement pour la seule utilisation de l’espace (exemple : hub maritime ou aérien offshore).
Étant donné que le régime juridique des navires n’est applicable qu’à certaines installations permanentes fixes, l’existence d’un régime distinct clair et si possible cohérent pour les POMU faciliterait sans doute la régulation de leur construction, leur exploitation ou leur démantèlement. Il réduirait à coup sûr les risques associés à ces projets (pour leurs développeurs, comme pour les États et les autres usagers de la mer) et favoriserait la coopération pour leur développement.
À cet effet, compte tenu des délais très importants nécessaires pour créer ou faire évoluer des instruments conventionnels (notamment la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer), il semblerait intéressant d’envisager les modalités d’une saisine du Tribunal international du droit de la mer, dont les avis ont une portée universelle à partir de l’interprétation de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer.
Le droit international autorise le développement de POMU dans le seul cadre du droit national
Dans les zones sous souveraineté (eaux intérieures et mer territoriale) et dans la ZEE française, rien ne s’oppose au regard du droit international au développement de projets sur la base de la législation nationale française, pour peu qu’ils respectent les principes généraux définis par la CNUDM pour les zones sous souveraineté ou sous juridiction.
Le droit national n’est pas optimal et des évolutions sont nécessaires
Le cadre juridique national n’interdit pas le développement des POMU ; cependant, les expériences récentes en matière d’application du droit à des sujets récents et en rapport plus ou moins direct avec les POMU (comme l’implantation de parcs éoliens posés ou flottants, ou de turbines hydroliennes) ont montré, d’une part, que ce développement dépendait toutefois beaucoup de l’interprétation par les services de l’État de la législation existante et, d’autre part, que les incertitudes actuelles ouvraient la voie à de très nombreux contentieux.
Des évolutions seraient donc à envisager. Compte tenu du fait que les premiers projets de POMU seront naturellement développés au voisinage de la côte (mer territoriale et ZEE, ces évolutions devraient viser en priorité les domaines suivants :
• domaine public maritime
o Extension en mer du droit de l’espace public terrestre, le cadre juridique du DPM pose plus de problèmes qu’il n’en résout dès lors qu’on s’éloigne à la fois de la côte et du champ des usages terrestres de l’espace. Adapté à l’utilisation partagée des plages, ou à la protection des espaces littoraux, ce cadre peine à intégrer des installations industrielles flottantes à plus de 70 km des côtes, exploitant par exemple l’énergie thermique des mers par plusieurs centaines de mètres de profondeur.
• urbanisme
o Au-delà du statut de l’espace (DPM aujourd’hui en mer territoriale), la régulation des usages de cet espace reste en principe régie par le code de l’urbanisme (toujours sur la seule base juridique de l’extension en mer des principes et des instruments terrestres).
o Ce code est clairement inadapté à la régulation des usages de la mer, comme en témoigne la liste de plus en plus longue des activités qui sont
dispensées du respect de ce code : installations destinées à la sécurité maritime, installations d’exploitation des hydrocarbures, éoliennes en mer, etc. Il conviendrait de prendre enfin acte qu’une régulation conçue pour les usages terrestres, exclusifs et privatifs d’un espace à deux dimensions est inadaptée à la régulation d’usages partagés d’un espace public à trois dimensions, et limiter l’emprise spatiale du code de l’urbanisme à une étroite bande maritime au voisinage immédiat de la côte.
Il semble en revanche que les dispositions législatives et réglementaires relatives à la
sécurité maritime ou à l’environnement ne nécessitent pas d’évolutions majeures.
Ceci n’exclut pas toutefois que des adaptations mineures soient nécessaires dans ce dernier cas ; ainsi, les modalités de consultation du public (enquête publique, consultation du public, etc.) ne sont pas forcément adaptées à des projets invisibles du littoral et qui n’auront d’impact que sur des usagers de la mer.
Parmi les options qui seraient à considérer à terme, il semblerait souhaitable de réfléchir au développement d’un cadre spécifique pour toutes les implantations
permanentes en mer (installations, ouvrages, etc.)
Ce développement s’inscrirait du reste parfaitement dans les travaux qui seront à conduire à brève échéance pour transposer et décliner dans le droit français la directive européenne sur la planification maritime (directive 2014/89/UE).
On disposerait ainsi d’un dispositif à deux niveaux (plan/projet) susceptible de réduire les incertitudes et donc les coûts et les délais de réalisation des projets : les projets conformes au plan pouvant bénéficier d’un traitement administratif allégé (de la même manière que les projets terrestres conformes aux plans d’urbanisme bénéficient d’une procédure simplifiée d’approbation).
L’expérience acquise dans ce cadre contribuera à l’évolution progressive du droit international applicable aux POMU, et d’ailleurs à la planification maritime.