La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM), signée à Montego Bay en 1982 et entrée en vigueur en 1994, est le cadre universel qui fonde l’ordre juridique en mer. Dans une approche cohérente du droit de la mer, elle prévoit l’utilisation pacifique des océans et de leurs ressources, qui est a priori la finalité des POMU.
Elle définit notamment les droits et les devoirs des États, et les modalités suivant lesquelles ces droits s’exercent dans les différentes zones maritimes (voir plus bas). Elle met en place des modalités de règlement des différends et des instances (autorités, etc.) en charge de la régulation. Sa partie XII affirme l’obligation de protéger et de préserver le milieu marin, qui incombe à tous les États.
Elle affirme notamment dans les considérants de son préambule :
« Reconnaissant qu’il est souhaitable d’établir, au moyen de la Convention,
compte dûment tenu de la souveraineté de tous les États, un ordre juridique pour les mers et les océans qui facilite les communications internationales et favorise les utilisations pacifiques des mers et des océans, l’utilisation équitable et efficace de leurs ressources, la conservation de leurs ressources biologiques et l’étude, la protection et la préservation du milieu marin ».
Zones maritimes
Du point de vue de la seule occupation de l’espace maritime, les zones maritimes suivantes relèvent de régimes différents :
- mer territoriale : jusqu’à 12 milles marins de la ligne de base4, l’espace est
sous la souveraineté de l’État côtier, qui peut à quelques réserves près (droit de passage inoffensif) encadrer l’usage de cet espace comme celui de son territoire ; la France a ainsi étendu depuis 1963 au fond et au sous-sol de la mer territoriale le statut du domaine public jusqu’alors essentiellement limité à la proximité immédiate de la côte ;
- zone économique exclusive : depuis la limite extérieure de la mer territoriale jusqu’à 200 milles de la ligne de base, l’espace est sous la juridiction de l’État côtier ;
- plateau continental : (en deçà de 200 milles des lignes de base, ou au-delà) où l’exploitation des ressources du sol et du sous-sol relève des droits souverains de l’État côtier) ;
- enfin, au-delà de la haute mer, hors de la juridiction des États.
Les POMU ont a priori vocation à être implantées dans toutes ces zones. Techniquement et fonctionnellement, il peut n’y avoir que très peu de différences (ancrages, longueur des câbles) entre deux POMU implantées l’une en mer territoriale (ex : 20 km de la côte, profondeur 20 m) et l’autre au large (100 km de la côte, profondeur 70 m.
Il est donc logique d’envisager que le régime juridique de ces objets soit indépendant de la zone maritime où ils sont implantés.
Régime juridique des POMU en droit international
Le droit international ne traite pas spécifiquement des POMU ; en revanche, il reconnaît (sans toutefois en définir clairement les contours) la notion « d’installation ».
La CNUDM reconnaît explicitement aux États le droit souverain de « construire » des « installations » en mer :
- en mer territoriale : les installations sont implicitement évoquées à l’article 11 relatif aux ports : « Les installations situées au large des côtes et les îles
4) Laisse de basse mer ou ligne de base droite ; il est à noter que la France a défini des lignes de base qui dans certains cas, joignent des îles assez éloignées de la côte, ce qui repousse parfois très loin de la côte la limite de la mer territoriale.
artificielles ne sont pas considérées comme des installations portuaires permanentes. »
- en zone économique exclusive :
o art. 56 1.b) : « i) la mise en place et l’utilisation d’îles artificielles,
d’installations et d’ouvrages »
o l’art. 60 couvre spécifiquement les occupations permanentes de la ZEE (« Îles artificielles, installations et ouvrages dans la zone économique
exclusive »). Il précise que :
• les droits de l’État côtier s’étendent aux « installations et ouvrages
affectés aux fins prévues à l’article 56 ou à d’autres fins économiques » ;
• la juridiction de l’État côtier est « exclusive sur ces îles artificielles,
installations et ouvrages, y compris en matière de lois et règlements
douaniers, fiscaux, sanitaires, de sécurité et d’immigration » ;
• les dispositions que l’État côtier peut et doit prendre pour assurer la sécurité ;
• « Il ne peut être mis en place d’îles artificielles, installations ou ouvrages,
ni établi de zones de sécurité à leur entour, lorsque cela risque d’entraver l’utilisation de voies de circulation reconnues essentielles pour la navigation internationale » ;
• « Les îles artificielles, installations et ouvrages n’ont pas le statut d’îles.
Ils n’ont pas de mer territoriale qui leur soit propre et leur présence n’a pas d’incidence sur la délimitation de la mer territoriale, de la zone économique exclusive ou du plateau continental ».
- sur le plateau continental d’un État côtier, les dispositions applicables en ZEE s’appliquent mutatis mutandis (art. 80)
- enfin, en haute mer, tous les États (avec ou sans littoral) ont (art 87. 1.d) « la
liberté de construire des îles artificielles et autres installations autorisées par le droit international, sous réserve de la partie VI ».
En résumé, les POMU peuvent être assimilées juridiquement à des installations qui ne sont a priori pas des navires, ni des îles artificielles, ni des ouvrages, mais peuvent légitimement être construites par chaque État côtier dans toutes les zones maritimes sous sa juridiction, et par tous les États (côtiers ou non) en haute mer en vue d’y conduire des activités économiques.
Obligations auxquelles sont soumises les installations
La CNUDM et la jurisprudence internationale ne posent que peu d’obligations, mais elles sont structurantes puisqu’elles concernent notamment :
- la responsabilité
o des principes généraux existent (notamment l’obligation d’immatriculation par un État, côtier ou non), mais ces principes ont surtout été développés pour les navires ;
- la protection de l’environnement,
o Article 192 : « Obligation d’ordre général - Les États ont l’obligation de
protéger et de préserver le milieu marin ». - les finalités de l’usage d’installations :
o Art. 88 : « La Haute mer est affectée à des fins pacifiques. »
o Dans la Zone (art 147, d) « [L]es installations sont utilisées à des fins
exclusivement pacifiques ; »
Un précédent : installations pétrolières et gazières offshore
Les plates-formes multi-usages ne constituent pas les premières installations offshore : de tels objets ont déjà été développés dans un cadre sectoriel, et font même l’objet d’une législation internationale. C’est par exemple le cas des plates-formes pétrolières et gazières, dont certaines sont désormais installées par de telles profondeurs qu’il n’est plus possible de les fixer au fond de manière rigide, et qu’il a fallu développer des structures flottantes assimilables – au caractère « multi-usages » près, ce qui est capital – à des POMU.
Au-delà des questions spécifiques à la souveraineté sur les ressources et leur exploitation (dans les zones sous juridiction des États côtiers et dans la Zone au- delà), le droit international relatif aux plates-formes pétrolières couvre essentiellement les questions de sécurité maritime.
Une source d’inspiration possible : droit de l’espace
Il y a dans le droit de l’espace et le droit de la mer des similitudes et des différences dont l’analyse peut être féconde (bien commun de l’humanité, appropriation, liberté, usage pacifique, coopération, responsabilité, etc.). Il y a par ailleurs de nombreuses similitudes fonctionnelles entre les POMU et les plates-formes spatiales.
Le droit international de l’espace repose sur plusieurs textes : principes juridiques (13 décembre 1963), Traité de l’espace (27 janvier 1967), divers accords comme la convention sur l’immatriculation des objets lancés dans l’espace extra-atmosphérique de 1975.
Une bonne part du droit international de l’espace concerne directement ou indirectement l’usage dans l’espace de plates-formes (satellites ou fusées), qui sont généralement des plates-formes multifonctions, souvent des plates-formes à finalités multiples (plusieurs « charges utiles »), et parfois des plates-formes « multi-usagers », les charges utiles appartenant à plusieurs exploitants distincts éventuellement de nationalités différentes.