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Le General Gaffar - Sadek - Pacha

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236 N ° 2 5 3 i L ’ I L L U S T R A T I O N 19 Se p t e m b r e 1891

LE G ÉN ÉRA L G A FFA R -SA D E K -PA C H A D écéd é a u C aire.

AU X GRANDES M A N Œ U V RES Il n ’est p e u t-ê tre p as.d e spectacle plus v arié e t plus a ttra y a n t que celui des tro u ­ pes au g randes m anœ uvres, su rto u t quand elles o p èren t en g ran d nom bre à travers un te rra in où les sites chan g en t à chaque in s ta n t, où la plaine du rude labour suc­ cède aux forêts, où de fraîches vallées se développent gaiem ent au pied de m am e­ lons crayeux, dénudés, à l'asp ect désolé. P a r un beau ciel, anim ez ces vastes hori­ zons quelque peu d éserts p a r de longues colonnes de fan tassin s, de chevaux e t de voitures, e t vous obtenez a u ssitô t par la d iv ersité des uniform es, p ar la m ultipli­ cité des m ouvem ents, une suite in in te r­ rom pue de tab leau x souvent p leins de couleur e t de charm e.

L ’aérostation m ilita ire. — Voici, par exem ple, le ballon de cam pagne.

Une v o itu re-treu il p o rta n t enroulé le câble qui le m onte e t qui le descend, une voiture d’ag rès, tro is voitures à hydrogène e t un fourgon ; tel est le m atériel ; on n ’en sa u ra it tro u v er de m oins encom brant.

Q uant au personnel, il se compose d ’un capitaine,' d’un lieu ten an t et d’une soixan­ ta in e d ’hom m es fa isa n t p artie des com pa­ gnies d’aéro stie rs qui relèvent des troupes du g mie. Les a ttelag es sont à q uatre ou à six chevaux.

F a u t-il gonfler le ballon, le capitaine ch o isit un em placem ent favorable, en gé­ n éral d errière un pli de te rra in qui le c a ­ che à l’ennem i. On dispose l’aé ro sta t sur le sol, e t chacun se m et à son poste.

Les cylindres des voitures à hydrogène so n t successivem ent ouverts et rem plis­ sen t peu à peu l’a é ro s ta t autour duquel les hom m es so n t ran g es en cercle. Au fur e t à m esure que le gaz fait m onter l’étoffe du b a llo n ,le s soldats reculent de m aille en m aille les a tta c h e s des sacs de lest qui so n t accrochées au filet. Ces m ouvem ents s ’exécutent au son d ’une trom pe que le lie u te n a n t de la com pagnie em bouche lui- m êm e. On apporte ensuite la nacelle et l’on fixe le câble à la voiture-treuil. En v in g t m in u tes, l’opération est term inée.

Suivant les ordres qu’il a reçus, le capi­ ta in e m et alors la voiture-treuil en m arche vers le p o in t d’observation assigné.

Les ballons de cam pagne cubent en gé­ n éral 120) m ètres et p euvent enlever deux personnes, d o n t le capitaine du parc aéros­ ta tiq u e qui com m ande la m anœ uvre, et l’officier qui do it prendre place dans la nacelle pour in te rro g e r l’horizon.

La longueur du cable e st de 5U0 m ètres. L e téléphone du g énéral en chef. — M ais il ne suffit pas que le g én éral en chef voie e t donne ses ordres à courte distance, il faut encore qu’il se tienne en com m uni­ cation conslante avec ses lieu ten an ts, quelque éloignés qu’ils soient.

La télég rap h ie m ilitaire lui en procure le moyen, et, si une tro u p e s’est su p érieu ­ rem ent distinguée dans les grandes m a­ nœ uvres qui v ien n en t de se term in er, c’est assu rém en t celle-là.

La transm ission des dépêches dem an­ d a n t toutefois un certain laps de tem ps, on a eu l’idée de com pléter ou de rem pla­ cer le télégraphe p a r le téléphone.

L’appareil que l’on a essayé cette année e t qui a p arfaitem en t fonctionné est dû aux recherches d ’officiers du corps du génie m ilitaire e t d’ingénieurs de l’adm i­ n is tra tio n des télég rap h es. Il se compose d ’une boite de 30 centim ètres de côté qui co n tien t un parleur, deux écouteurs e t un appel m icrophonique.

Comme le rep résen te no tre prem ière page, la voiture télég rap h iq u e de tra n s­ m ission des dépêches é ta n t apportée à 30 ou 40 m ètres de l’en d ro it où se tie n t le g é n é ra l en chef, on en so rt le téléphone, on en raccorde le fil avec les câbles de la v o itu re ; puis un des aides de cam p prend le téléphone, se place à côté du com m an­ d a n t en chef e t expédie ses ordres au loin, ou lui répète les avis qu’il reçoit des a u ­ tres g énéraux avec lesquels e st étab lie la com m unication téléphonique.

Un p o n t de fo r tu n e . — On n ’a certain e­ m en t pas oublié les services d éjà rendus p a r le régim ent des sapeurs de chem in de fer d ans certaine circonstances où il fal­

la it procéder à la reconstruction de ponts avec rap id ité e t sécurité.

P our s’assu rer que les rép aratio n s pou­ vaien t s’effectuer vite et bien, on a sup­ posé que l’ennem i av ait d étru it, à la sta ­ tio n de M athaux, près de Brienne, un pont de 45 m ètres je té su r l’Aurance, et l’on a donné l’ordre à une com pagnie de sapeurs du régim ent des chem ins de fer de le rem ­ placer p a r un po n t du systèm e Marcille, du nom du colonel qui en e st l’inventeur.

Le trav ail a commencé le 5 septem bre. Le 8 a rriv a it le po n t que l’on av ait pris dans les docks des cheipins de fer m ili­ taires qui se trouvent au polygone de la gare des M atelots, près V ersailles.

Le 12, le po n t é ta it en place e t les sa ­ peurs des chem ins de fer ach ev aien t sur les deux rives de l’A urance la ligne de raccord du nouveau p o n t avec la voie fer­ rée. Le même jo u r, deux soldats passaient en quadricycle sur ce raccord que l’on avait fa it en ad o p tan t des courbes et des profils à lim ite m axiina, afin d’augm enter encore les difficultés. P u is une locom otive p rati­ q u ait une seconde reconnaissance de la voie aux acclam ations des soldats, qui sa­ lu èren t le capitaine chargé de ce beau tra ­ vail. Enfin, le 13, un train p o rta n t un char­ gem ent de 80 tonnes se re n d a it de B rienne à Troyes par Cette nouvelle voie.

Il av a it fallu h u it jo u rs pour term iner ce b eau travail, m ais on n’av a it em ployé que la m oitié des ouvriers nécessaires.

Avec le double d’homm es, quatre jours

eussent suffi. H. B.

LES GRANDES M ANCEUVRES DANS L E S A L P E S

C’e st le 11 de ce mois qu’ont commencé dans les A lpes les grandes m anœ uvres, auxquelles ont p ris p a rt les 57e, 58e, e t 60e brigades, sous les ordres des généraux G arnier des G arets, Leclère e t V errier.

Le thèm e g én éral é ta it le su iv a n t: une b rigade ennem ie (la 60°) a réussi à forcer la vallée de la V ésubie et cherche, en pas­ san t p a r la vallée du V ar, à jo in d re un corps de débarquem ent à A ntibes, et couper Nice de ses com m unications avec le res­ ta n t de l’arm ée. Les 57e e t 58e brigades, sous les ordres du g én éral V errier, opèrent une m arche concentrique su r Levens, et a tta q u e n t l’ennem i occupant le m ont Fer- rion. Cette jou rn ée é tait la plus im portante des g ran d es m anœ uvres. Avec une ardeur incroyable, la position du F errion a été enlevée, e t l’ennem i forcé de se replier vers le Nord.

P en d an t to u tes ces m anœ uvres les g rou­

pes alpins jo u en t le rôle d ’éclaireurs, ils rem placent dans nos pays de m ontagne les divisions de cavalerie indépendantes de l’Est. Ils sont a id 's cette année, e t à titre d’expérience, p ar un escadron de h u s­ sards, e t disons à l’éloge de ces derniers qu’ils ont m anœ uvré d une façon trè s sa­ tisfaisan te dans un pays fort difficile e t que la cavalerie n ’av ait jam ais foulé. Q uant à nos A lpins, nous ne pouvons nous em pêcher de ré p é te r ce que nous avons d it bien souvent,im possible d’avoir de m eilleures troupes que ces vaillants éclaireurs de notre frontière. Il est bien curieux de v oir ces p e tits A lpins g rav ir avant le jo u r les pics les plus élevés e t presque inaccessibles : ils sont toujours gais, to u jo u rs alertes, rien ne les décou­ rage, rien ne les rebute, ils vont 1 ou jo u rs en avant, et ils iro n t bien loin le jo u r où la France le leu r dem andera.

Pi e r r e Co m b a.

THÉODULE R IB O T

Ce n ’est pas seulem ent l’œ uvre considé­ rable e t forte de R ibot qui constitue un enseignem ent, a d it M. P uvis de Chavan- nes, c’est aussi la dignité superbe de sa vie. Il é ta it né en 1823, dans l’Eure, e t son père, ingénieur civil, se g ard a bien de favoriser les adm irables dispositions du futur a rtiste. Son père m ort, R ibot se tro u v ait sans fortune e t presque sans moyen d’existence. Il ne se laissait p o in t décourager, cependant ; successivem ent, il devenait com ptable, peintre d ’enseignesJ contre-m aître d’un en trep ren eu r de cons-| tru ctio n , fabricant de cadres, etc. Puis, il copiait au Louvre, pour des am ateurs, des tableaux des peintres du dix-huitièm e siè­ cle. Et, malgré son infatigable activité, malgré son incom parable ard eu r au tr a ­ vail, plus d ’une fois il co n n aissait les dures! privations, même le m anque de pain.

L orsqu'il p aru t au Salon, il avait trente-,1 sep t ans déjà. Il débuta p ar des œuvres! où d é jà s’affirm ait fièrem ent une concep-j tion quelque peu in tran sig ean te de la na-j ture, mais puissante e t d’une incontestable1 b eau tL Quoique adm iré p a r quelques-uns, il a tte n d it longtem ps les satisfactio n s que son im m ense la lc n t a u ra it dû lui assureri Les ju ry s des Salons annuels plus d'une fois le repoussèrent, lui qui, cette annéè même, é ta it, avec deux ou tro is artistes, l'honneur de l’exposition du Champ-dé- M ars! La plus haute récom pense qui lui a it été décernée fut une m édaille de 3e classe, qu’il o b tin t à l’E xposition u n i­ verselle de 1878. L’E tat, toutefois, m oins

im placable que ses confrères, l’av ait nomm é chevalier, p u is officier de la Légion d'hon­ neur.

Il est m o rt après une longue e t doulou­ reuse m aladie, entouré de sa femme e t de sa fille — l’unique élève qu’il a it formée. Il e st p a rti au m ilieu du resp ect e t de l’es­ tim e de tous, car il fut en même tem ps un g ran d p ein tre e t un grand caractère.

« H ÉL È N E » AU V AUDEVILLE Du dram e de M. P aul D elair, H élène, dont nous rendons com pte dans une autre p artie du jo u rn al, nos g rav u res représen­ te n t les trois scènes capitales.

11 y a d’abord — nous suivons l’ordre chronologigue de l’action — celle où H é­ lène vo it ses soupçons confirm és p ar une preuve décisive. P a r u n e n u it d ’orage Hélène veille auprès du lit de sa m ère. Le sommeil de celle qui fut crim inelle pour suivre les suggestions d’un am our adul­ tè re est ag ité et troublé p a r de cuisants rem ords. Dans la fièvre qui la dévore, la coupable laisse échapper des paroles où l’aveu de son crim e éclate n ettem ent. Hé­ lène est là, haletan te. Elle écoute e t re­ çoit, dans une horrible anxiété, la sin istre révélation qui ne lui laisse plus aucun doute. Un cri de douleur s’échappe de ses lèvres, u u cri d’am our filial doublem ent to rtu ré, ta n d is que la mère, à dem i-éveillée, dressée sur son lit, les yeux h agards, cherche à re ssa isir la fatale confession.

Hélène sa it m ain ten an t à quoi s’en ten ir. Elle a ju ré de venger son p ère; elle tien ­ d ra son serm ent. Elle sera secondée dans cette tâche p ar la diabolique science du sorcier du village, un vieux b erg er honni, m épris", détesté. C’est à lui qu’Hélène de­ m ande le poison qui do it servir à p u n ir le crime. E t ce sera le même...

Nous som m es à la d ernière scène du der­ n ie r tableau. C’est la n u it de Noël. Tandis que la m ère d’Hélène est allée à la m esse de m inuit, Hélène est restée avec le se­ cond m ari de sa m ère qui voulait l’in te r­ roger et savoir le secret des pensées qui l’ag iten t. Le fiancé d’H élène, Savinien, est là aussi. A la faveur de l’obscurité,H élène a changé la fiole d ’eau-de-vie que le mari de sa mère av ait fait laisser sur la table. Elle a mis à la place un flacon em poi­ sonné. La vengeance est proche. Celui qui fut em poisonneur sans rem ords va, à son tour, p é rir p ar le poison. Il se verse à boire, il verse à boire à Savinien. Mais H élène a pris le verre des m ains de son fiancé et elle b o it la m ort en même tem ps que celui do n t elle voulait tire r vengeance. Elle expire, satisfaite, tan d is que les pay­ sans, revenus de la m esse de m inuit, as­ sisten t, émus, à ce trag iq u e dénouem ent.

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LE GÉN ÉRA L G A FFA R -S A D E K -PA C H A Le g én éral G affar-S ad ek -P ach a, dont nous donnons ci dessus le p o rtrait, é tait le d ern ier officier survivant des arm ées de Mohamed-Ali. Né en Circassie en 1790, il é ta it venu jeune en E gypte, où il en tra, à l’àge de v in g t ans, dans l’arm ée égyp­ tienne en qualité d’engagé volontaire.

A près avoir p arcouru rapidem ent les grades inférieurs, Gaffar, p a r son in telli­ gence et sa bravoure, av ait conquis les épaulettes de g énéral de b rig ad e lorsque la g uerre fut déclarée, en 1841 au sultan Mahmoud p ar so n te rrib le vassal Mohamed- Ali. En qualité de général, com m andant l’artillerie, il p rit une p a rt active à la cam­ pagne de Syrie de 1841 e t se d istingua, en particulier, à la b ataille de Nézib, au suc­ cès de laquelle il contribua puissam m ent. A près avoir com m andé p en d an t la g uerre de Crimée une division égyptienne, Gaf- far-P acha, dont le nom est attach é à toutes les cam pagnes de Mohamed-Ali, se tin t à l'écart des affaires m ilitaires.

Enfin, après avoir rem pli sous Ism aïl- P acha les fonctions de gouverneur g éné­ ral du Soudan, que son é ta t de san té le força à résig n er, le g én éral G atfar-Pacha a occupé, en d ern ier lieu, le h au t poste de p résident de la cour de cassation indigène.

Le g énéral G affar-Pacha est m ort dans sa quatre-vingt-dix-neuvièm e anpée, ay an t conservé ju s q u ’à ses d erniers m om ents la plénitude de ses facultés intellectuelles ; il laisse deux fils, do n t l’aîné, F ak h ry -P ach a, est le m in istre de la ju stice du K hédive.

Imprimerie de l’Illu stra tio n , L. Marc, 13, rue Saint-Georges, Paris.

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