UK VERITABLE AKI DE 3 TURCS
Nous avons perdu le Professeur Albert GABRIEL
Le véritable ami des Turcs, le Professeur Albert GABRIEL qui consacra 51 années de sa, vie è. nous faire connaître nos monuments historiques sans pareils et è. faire connaître égale ment è tout le monde l'art architectural turc, vient de mourir en France h 90 ans. Ce fut le second, mais le vrai faire-part cette fois, du décès d'Albert GABRIEL. Trois ans auparavant, la nouvelle de sa mort fut apprise en Turquie et tous ceux qui l'ont connu le très près et qui ont apprécié ses services ont ressenti un très grand chagrin, On commença même è. préparer une cérémonie pour commémorer le souvenir de GABRIEL, puis on apprit que ce n'e3t pas lui, mais son frère 1© célèbre avocat
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de Paris. Cette fois-ci, Albert GABRIEL nous a véritablement quittés]
Taha T 0 R 0 S
Quel donnage eue cet ami des Turcs n ’ait pas connu un pu blic étendu, le Prof. GABRIEL n'est pas un romancier, ni un poète, c'est un érudit qui en mettant à. jour les monuments historiques et l'art turcs, a fait connâitre è l'univers notre civilisation. Ses ouvrages ne sont pas lus comme des romans, mais corme des titres de propriété foncière de l'art tue, ils décorent les rayons les oib'Liothènues de musées du monde
entier. «
C'était le vrai type de savant qui n'aimant pas le faste et l'étalage, ne faisant point de propagande, travaillait sans paraître trop en soci té. Avec un visage qui ne riait pas beau
coup, une taille comme une statue, des cheveux tout blancs, il
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TSon seul but,.le son vivant était le service de la science.
C'est avec un profond amour qu'il
ne
paisrlonna pour les monuments historiques et pour les oeuvres archéologiques.
Durant des années, avec ses travaux sévères, il ne trouva pas le temps le se marier, il vécut avec sa soeur célibataire
comme lui dans le bâtiment de l ’Institut français d'archéologie qui se trouve dans le jardin du Palais de France. A la mort de sa soeur, le chagrin provenant de sa solitude, 3ecoua fortement ses activités. Four cette raison, après le3 nombreux ouvrages scientifiques parus dur nt des années et qui remplissent de3 rayons entiers, il occupa ses dernières années h. écrire ses Mémoires sur la Turquie.
Il vécut en éridit, sans faâtaisie ni publicité jusqu'à sa mort.
Sa personnalité.
Dans la Presse turque parurent à la longue de très nombreux articles sur le Prof.Aloert GABRI3L. Au début, les uns annoncè rent son titre de professeur à l ’Université d'Istanbul, puis d ’autres dirent qu'il fonda l'Institut Français d fArchéologie. Fais les plu3 importants des articles parurent au moment oè il quitta la Turquie à sa retraite.
Deux ans auparavant après l'avoir salue dans sa maison de Paris, j'entendis exprimer de sa proore bouche encore une fois
son admiration pour les Cures et raconter l'histoire de sa vie.
Ces jours-ci je
suis
dans ma 88ème année. Je suis né àaar-sur-Auoe. ron père architecte a souhaité que mon frère devint avocat, tandis que moi, il me destinait à l'architecture comme lui. Tout en suivant des etudes à la Sorbonne, je tra vaillais à l'Académie des oeaux-Afcts pour la peinture. Apr'es avoir terminé mes études supérieures, je» commcmçaié pa première mission en 1901 en Grèce par les fouilles archéologiques. Fon admiration pour les oeuvres turques se révéla plus tard à Rhodes
et à Chypre où. je trouvais alors, Fon amour pour l'nrt me
Turquie en mission. De ce beau pays eue ie considère comme ma seconde patrie, je ne me séparais qu'en 1959 juste 51 ans après. Je me souviens encore des sentiments éprouvés les premiers jours
de mon arrivée è Istanbul. Ces majestueuses coupoles de mosquées,
ce8 minarets d ’un goût fin, ces yalis du Bosphore, les turbé en chanteurs réalisés avec tant d'art m'avait ensorcelé.
Rn 1926, je fus nommé Professeur è 1 "Jniversité d41stanbul. Fa mission dura six ans, Plus tard, réalisant mon plus grand
désir
f A
b créais à Istanbul l'Institut Français d'Archéologie. AufvV
-j3ème étage de ce bâtiment, je vécu- pendent des années, parfois avec ma soeur, (de 1930 à 1959;. Tout en remplissant les fonctions de directeur de 1930 à 1956, je me livraôs en Anatolie è 14exa- men minutieux des monuments historiques turcs. En collaboration
qvec le Finistère de l ’Instruction publique et le
Vakiflar
îdaresij ’ai travaillé toujours pour l a ’conservation ih situ d e c e s oeuvres d'art. D'après ma conviction, ceci est indispensable pour le maintien d ’une civilisation, parce que la Turquie pos
sède un trésor avec ses monuments historiques. Ses oeuvres d'art ont été construites avec une finesse et un goût qui ne se ren contrent nulle part au monde.
Et Gabriel poursuivit:
Mes publications qui renferment mes études précieuses sur la Turquie, révèlent è l'Ouest sur le domaine de l'art, l'existence d'une civilisation turque immortelle. Pour cette raison, je fus élu professeur au Collège de France et Membre de l'Institut. Mais ce nui me réjouit le plus, ce sont les titres de citoyen de
d'Honneur que les villes de Brousse et d'Istanbul m'octroyèrent et je m'en glorifie
POLI TE '»SE
Durant mes travaux archéologiques eh Anatolie je ne puis ou blier l'amitié que m'ont témoignée les pays turcs. Souvent, nous étions ensemble assis en groupe. Je mangeais avec eux du fromage et du pain. Ils ôtaient mes vrais amis. Je suis convaincu que ces
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brades et hospitaliers n'ont jamais aimé un étranger autant que moi et aucun étranger ne les a compris mieux que moi. Chaque battement de mon coeur exprime mon amour pour eux. Je ré/éj>ète chaque fois, je n'ai jamais rencontré une nation'qui possède des paysans aussi polis et dont la tradition soit aussi enracinée.
A R T
Le professeur Gabriel était un bon paysagiste et peignait aussi les monuments historioues antiques. La plupart de ses amis
d'Istanbul possèdent de ses aquarelles. Le célèbre A. Gabriel aimmait aussi la musique turque classique. 11 connaissait bien toutes sortes de musique turque. Gabriel tient une place aussi
dans l'histoir le la litt rature turque. Il connaissait l'his
toire turque comme un historien, la Littérature du Divan et des réformes iTanzimat) comme un professeur de littérature et il savait parler aussi de poésie turque contemporaine. Il avait deux amis poètes qu'il considérait comme maîtres de la littéra
ture nationale: Yahya Kemal et 4hmot Hamdi Tanpinar.
Il appréciait tellement ces deux poètes qu'il avait traduit leurs ver'’ en français. Les vers de Yahya Keral, Ville chiméri que üsküdar, et ceux d'Ahmet Hardi Tanÿipar, l'époque de
3rousse.
Le professeur turque lisait h la perfection les caractères turcs anciens. 11 connaissait è fond la grammaire turque. Il ne perlait pas la langue turque en société, mais surtout dans les villages au cours de ses études, avec le3 villageois, il les comprenait très bien. Il s'exprima ainsi en parlant de ses der niers amis turcs: un des points de mon oonheur est d'avoir ga gné en Turquie le coeur de l'élite: Le Docteur Nihat Reçat,
le poète Yahya Kemal, abdullah Çir.asi, : amdullah Suphi, rustafa
Çekip, mesit Sa” frt, Fuat }oprülü et le poète nhmet Hardi Tanpinar. rarmi mes plus proches omis, une dame turque de valeur, î’me Felek Celai est la seule en vie. Elle écrivit en langue française et turque des ouvrages pour faire connaître l'art turc. Elle est aujourd'hui loin le sa patrie,è Munich.
SOUVENIRS
On connaissait les discussions philosophiques qui avaient lieu souvent entre le rrof. Gabriel lorsqu'il se trouvait à
İstanbul, et son ani Yahya Kemal. C'était toujours le même sujet. Croyez— vous, disait Gabriel, que les hommes se retrouveront dans une autre vie, après leur vont? Selon une théorie, l'homme renaît après sa mort plusieurs fois dans un autre monde, vit et meurt de nouveau. Yahya Kemal et Gabriel n'ont pu se mettre d'accord sur ce point. Le grand poète Beyatli, alité pendant ses dernières années à l ’hôpital Cerrahpaşa, faisait allussion è. cela £ans
deux lettres q u ’il envoyait è. Gabriel. Ce dernier cherchant dans
sa bibliothèque les lettres venues de Turquie m'avait dit:
j» ai été très heureux d'apprendre que Yahya KemaL v a r t è M r
h Paris. Il voulait se soigner ici. K ai s à. la fin, il se retira
dans la maison du uosphore qu'il mentionnait dans ses vers mysté rieux, Je crois qu'il avait bien compris que ce départ était éternel et n'aurait p- s le retour. Ses dernière paroles furent les suivantes:
3uis-je venu au monde avant et reparti? si il y a une chose
que je sais, c'est eue ce départ est définitif. A M I T I E S
Le Prof. Albert GABRIEL n'était pas un ami superficiel des Turcs, mais un ami très sincère. C'est la seule personne qui con sacra un iemi— siècle de sa vie pour mettre en valeur l'art et les monuments historiques turcs, assurer leur conservation et les faire connaître au monde scientifique. Dans le passé, panai les
i’rançais, il y avait beaucoup d ' é c c v a i n s poètes et historiens
qui étaient des amis et admirateurs des Turcs, Wais quel dommage, on en peut compter peu comme lui qui considérant la iurquie comme leur seconde patrie, réflétant l'art turc architectural dans ses plus fins détails, était attaché do toute son Ôrae au peuple turc, en luttant contre ceux qui voulaient l'attaquer par leurs écrits*
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fantaisiste, mais comme un mathématicien mesurant et évaluant junte, comme un archéologue eù un architecte descendant dans les plus profondes vérités, il a su divulguer ses découvertes qui suscitèrent une grande admiration.
Gabriel défendit toujours l'idée selon laquelle 1*architec ture ottomane n ’est pas une oeuvre de copie, d ’imitation, mais q u ’elle procéda naturellement des restes de civilisations pré
cédentes et qu'elle possède son art propre. D ’après Gabriel, l'a«- chitecture turque, venant de l'Asie Centrale et même surtout des temps préhistoriques continue sois des formes diverses et artis tiques. Aussi les Turcs créèrent des oeuvres sans pareilles en travaillant avec confiance et en s ’efforçant de donner différentes formes et couleurs è la pierre, eu fer, au bois.
"Lumière le bougie"
Î^Lbert Gabriel, tout en étant un vrai savant, est comme
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Pierre Loti un défenseur de3 Turcs contre les attaques, et pre nant safclume plaide cour eux. Il est un de ceux qui défendirent la Turquie contre les injustices commises envers elle pendant les guerres de Tripoli en Afrique éjt des dalkans, dans ses con férences faites pendant la première Guerre Nonsiale et d a n s les articles qu'il écrivit dans divers journaux. Son plus important article est (5elui qui parut en 1912 dans la rtevue Socialiste publiée par J,Jaurès qui qualifie ce plaidoyer de "lumière de bougie".
Un souhait.
Le Ministère do l'Instruction publique et la Direction des ïafcfqapbré.cièrent période par période tous les services rendus par Pi. Gabriel pour faire connaîtra è tous les monuments his
toriques turques. Du côté scientifique, il est le conservateur de ces monuments qui pci/suite de l'insuffisance financière se détruisent en partie.
Le Profsseur î'ustafa i;ekip Tune dans une de ses conférences a dit: " Vous aussi comme le français Gabriel, aimez les pierres et la terre de ce pays. Cornue lui sachez sauvegarder et faire
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connaître b 1 'Univers les oeuvre^ l'art nue ce pays donne à l'histoire de la civilisation.
3ea ouvrages
Le l'rof.Gabriel fit sa premibre fouille en 1909 & Bhodea pen dant la période ottomane. En 1910 et 1913» il travailla à Chypre^ et en Egypte,-, b Foustat, Plus tard en Iran et Syrie et enfin en Anatolie dans la plupart des villes il fit des voyages archéolo giques et se livra b des travaux minitieux. Tous ces ouvrages sont faits en langue française. Notons que son livre sur Brousse, qui se vend aujourd'hui b Paris b4Æ>0 francs (en livres turques environ 1200) est presque épuisé.) Ce livre possbde une grande valeur scientifique; il est absolument définitif dans ce domaine.
Le pre"ier ouvrage de Gabriel fut publié en 1927 (art. dans GYRIA VII). Il porte ce sujet: Les mosquées d'Istanbul. Une de ses plus importantes études est son livre intitulé: Ivonuments
Turcs d'Anatolie, groupés en trois tomes avec ses "Voyages
Archéologiques dans la Turquie O r i e n t a l e D a n s ces trois ou vrages tiennent place tous les monuments anciens de Kayceri, Nigde, Araasya, Sivas, Toka.t, Mardi n, Diyarbekir, Silvan, Ahlat, Bitlis, ïïrfa,etc. A part cela, les oeuvres de -1 ’arohitecte
Sinan, celles le la région de l'Egée, les études entres
RalaCtya,
Pethi^e et Bodrura sont le résultat de vrais travaux scientifi ques, comme sa belle publication qui porte le titre "Châteaux turcs du Bosphore". Ce sont toutes de trbs belles oeuvres.
Gabriel a laissé derribrc lui de gros outxrages pour faire connaître b l'univers l'art et la civilisation turcs. C'est Gabriel qui fit connaître au monde l'existence et l'originalité de l'art turc.
Evoquons avec admiration la mémoire de ce savant qui a dé couvert les Turcs et qui en a révélé au monde, la civilisation.
Kişisel Arşivlerde Istanbul Belleği Taha Toros Arşivi