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Piyale Pacha

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Tam metin

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MARS 1955

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PIYALE PACHA

Istanbul — Kasimpasada Piyale Pasa Camiinin dahili

Istanbul — Intérieur de la mosquée Piyalépacha

Il peut être intéressant de savo ir que le Musée du Louvre possède, parm i les chefs-d ’oeuvre de ses co l­ lections deux m agnifiques p an n ea u x de revêtem ent, en fa ïe n c e , exposés dans la S a lle des Arts M usulm ans, qui proviennent, sans doute, de la mosquée construite au X V Ie siècle à Kassim -Pacha (a u fond de la Corne d 'O r ) , p ar P iy a lé P ach a , grand am iral turc, pour y ab riter sa sépulture.

Les p a n n e a u x, en form e de tym pan de fenêtre ou d'arcs légèrem ent brisés, de 1 m. 43 sur 0 m. 7 0 , à fond blan c, portent une ornem entation v é g é ta le et flo ra le stylisée, qui perm et, cepen dan t, de reco n­

n aître des tiges minces, à l ’extrém ité desquelles

s’épanouissent de grandes fleurs com pliquées dérivant de la rose ou de la pivoine, au x pétales nombreuses et irrégulières, bleu v if et rouge tom ate. Entre ces fleurs et les tiges munies de fe u illes vertes et den ­ telées, un enroulem ent courbe, sem blable à un ruban o ndulé, joue le rôle d ’une arab esq u e.

Cet enroulem ent, d ’origine zoom orphique, ap p elé roum î, très en fave u r dans la décoration turque, qu’elle soit seldjoukide ou ottom ane, se rencontre fréquem m ent, ave c v a ria n te s, sur des ta p is, des bro ­ deries, des reliures et des enlum inures. Faut-il y voir

des nuages, un é c la ir, la patte au x crochets m ultiples d ’un drago n ?

La bordure des p an n ea u x est à fond bleu de co ­ b a lt, décorée alternativem en t de rosaces blanches po intillées de rouge, au coeur vert et de fe u illes au centre desquelles se trouvent de petites tulipes rouges. La p a rfa ite q u alité de la céram ique, le style du

décor, l’ensem ble flo ra l, la netteté du dessin, la

beauté et la fraîch e u r des tons ap p artien n e n t incon­ testablem ent au x productions du X V Ie siècle , « â g e d ’or» de l’art turc, qui a vu n aître des oeuvres rem ar­ q u ables, ta n t au point de vue architectu ral qu’au point de vue d éco ra tif.

La mosquée d ’où viennent les p an n e a u x (m osquée étudiée p ar le Professeur A . G a b rie l dans «Les M os­ quées de C o nsta n tin o p le», e xtra it de la revue « S y rie » , 19 26, Librairie O rie n ta liste Paul G ueuthner, p. 3 8 5 , fig . 2 0 , pl. LX V II, 1 et 2, et dans « A rs Isla m ic a » , 1 9 3 6 , «D ie P iy a le Pascha M oschee», de G ün ter M ar- tin y, p. 131, fut é levée, aux environs de 1 5 7 3 , non loin d ’une M édressé (E c o le de Théo log ie et U niver­ s it é ). L’usage de construire une mosquée en même temps qu’une médressé rem onte, très certainem ent, à l’époque seld jo ukide. De nom breux exem ples de ce

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TOURING ET AUTOMOBILE CLUB DE TURQUIE

genre se rencontrent en A sie M ineure. Le fo nd ateur y ajo u tait très souvent son turbé (to m b e au ) et même, p arfo is, un tekké (c o u v e n t); ces pieuses fo nd atio ns lui assu raien t les prières des fid è le s et leurs b énéd ic­ tions. Elles avaie n t égalem ent une sig nificatio n ju ri­ dique.

Le caractè re im périal des vastes et m ajestueuses mosquées élevées p ar les Sultans du X V Ie siècle ne se révèle pas dans la mosquée de P iy a lé P acha qui, de dimensions m oyennes, est couverte, non pas par une coupole ce n trale et un ensem ble de petites cou­ poles, mais p ar six coupoles aveugles retom bant sur des colonnes au x ch a p ite au x très sobres. N éanm oins, m algré cette sim plicité, un charm e très profond e n v e ­ loppe la mosquée et on devine, dans la richesse dé­ co rative de son m ihrab a lv é o lé , en fa ïe n c e , qui r a p ­ p e lle , d 'a ille u rs, le style réa liste et stylisé des p a n ­ n ea u x de revêtem ent du Louvre, dans la la rg e frise bleue portant l'é p ig ra p h ie , qui se déroule autour des parois inférieures du san ctu aire , dans le choix des m até riau x, les caractéristiq ues d ’une époque de g lo ire et l’ im portance du p erso n nage qui voulut laisser à la postérité un monument digne de sa mémoire.

P iy a lé P acha ap p artien t à cette lignée de marins turcs tém éraires qui, souvent de m odeste n aissance, surent p ar leur au d a ce , p ar leur prompte décision, p ar leur expé rie n ce des choses de la mer, attein dre a u x plus hautes charges de l'Em pire.

Comme H ayre ttin -B a rb a ro s, comme Turgut-Reis, qui représentent d'une m anière é cla tan te la m arine turque du X V Ie siècle, il a à son a c tif des actions e xtra o rd in a ire s.

N é en C r o a t ie ! ? ) , il entra de très bonne heure au service du Sultan Suleym an le Législateur. D 'abord sim ple page au p a la is , il g ravit très vite les échelons supérieurs et devint K ap u d ji-B a ch i, c'est-à -d ire cham ­ b e lla n ou ch e f des portiers. Le g rad e était d'im por­ tance car le chef des portiers a v a it sous ses ordres plusieurs centaines de portiers chargés de ve ille r sur le se ra y ( p a la is ) .

M ais le jeune K ap u d ji-B a ch i, am bitieux et in te lli­ gent, ne se contenta pas longtem ps de sa charg e de c h a m b e lla n ; on le vit, dès 1 5 5 4 , devenir captan- p ach a (g ra n d - a m ir a l), com m andant toutes les flottes de g alères ottom anes. Il était égalem ent m aître tout puissant de l'A rs e n a l.

Ces hautes fonctions le p laça ie n t im m édiatem ent après le G ra n d -V isir et lui perm ettaient d 'a v o ir des revenus co nsid érab les. Ses victoires n avales se sui­ v aien t presque sans interruption: prise de Reggio, prise d ’O ra n ( 1 5 5 5 ) , de Bizerte ( 1 5 5 6 ) , de M ajo r­

que et de Sorrente ( 1 5 5 7 ) , de D jerba ( 1 5 6 0 ) , à la tête de 120 g a lè re s.

En 1 5 6 2 , le G ra n d Suleym an lui fit épouser sa propre petite fille , D jew her Su ltan e (jo y a u p ré c ie u x ), fille de celui qui devint plus tard le Sultan Sélim II. Par cette a llia n c e ave c la fa m ille du S u ltan , p a r ses mérites certaines d'homme de guerre et de mer, il était en droit de dem ander la fa v e u r d'être p ach a à trois queues (in sig n e com prenant trois queues de c h e v a l, ap p elé es « to ug hs», suspendues à une lan ce, que l'on po rtait d evant les grands chefs m ilita ire s ). Son titre de B eylerb e y ( Bey des B eys) lui d o n nait, d ’aille u rs, cet a v a n ta g e honorifique.

Sous le règne de Sélim II, son b eau -p ère, il s’em­ p a ra de l ’île de Tinos puis prit p art à la conquête de C h yp re qui, jusque là , a v a it app arten u à la Répu­ blique de V en ise.

Il mourut quelques an n ées plus tard (en 1 5 7 8 ) à Istan bul.

L'em placem ent de sa mosquée, dans un quartier excentrique de la c a p ita le , est un effe t de sa volo nté. A y a n t occupé durant de longues a n n ée s, non seule­ ment le g rad e de c a p ta n -p a c h a m ais aussi la fonction de m aître de l ’A rs e n a l, il voulut continuer à dem eu­ rer dans ce centre essentiellem ent m aritim e, situé sur la rive nord de la C orne d 'O r, à la fo is berceau des splendides g a lè re s qu'il a v a it com m andées et rési­ dence h ab itu elle de ceux qui a v a ie n t le co ntrô le g é ­ néral de l'A rs e n a l. Il co n sa crait ain si ses doubles qualités de marin et d ’ homme p o litiq ue.

A u jo u rd 'h u i, de toute cette g lo ire , il reste encore debout le san ctu aire qui porte son nom, en cad ré de cyprès et envelo ppé de silence et, dans une des plus belles salles du Louvre, deux p an n e a u x de revêtem ent en fa ïe n c e ...

C h arg é e de Mission au M usée de Louvre.

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