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Tam metin

(1)

IiA SEMAINE.

Le 4 février a commencé au Corps législatif la discussion du projet d’adresse.

Le lendemain avait lieu, à Londres, l’ouverture du parle­ ment anglais

Dans le discours lu par les commissaires de S. M. Britan­ nique, le mariage du prince de tialles avec la princesse Alexan­ dra était annoncé officiellement pour le 10 mars prochain.

Toujours rien de nouveau en Amérique depuis la bataille de Frédéricksbnrg. Une correspondance de New-York nous apprend seulement que la guerre reflue définitivement vers le Sud, et que la ligne du Mississipi continue à être l'objectif des opérations militaires du Nord. Les deux partis envoient donc des renforts sur ces nouveaux champs de bataille.

En même temps que nous insérons à la page 84 un très- ressemblant portrait de Saïd-Pacha, nous empruntons à une correspondance d’Alexandrie adressée à la Presse l’extrait suivant sur les derniers jours de son existence :

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u Depuis un an, Saïd-Pacha était attaqué d’une grave maladie. Il avait entrepris, au printemps dernier, un voyage en France et en Angleterre, et, après un long séjour à Lon­ dres, revenu à Paris, il s’était fait opérer; une seconde opé­ ration était conseillée par les premiers chirurgiens français, mais il voulut rentrer en Egypte et se mettre aux mains de ses docteurs. Il subit de nouveau deux autres opérations qui donnèrent quelque espoir de guérison; mais, refusant de s’astreindre au régime exigé par sa maladie, plusieurs rechutes firent craindre une issue funeste. Une fête l’appelait au bar­ rage du Xil, à quinze kilomètres environ duCaire. Conservant toute son énergie , il s’y rendit avec sa cour, en compagnie d’Abd-el-Kader. Après la solennité du moment, il posa la première pierre de l’édifice qu’il destinait à son tombeau, et passa ensuite en revue la plus grande partie de ses troupes, arrivées exprès.

a Désireux de montrer à l’ancien chef de 1 Algérie qu il avait aussi de bons soldats, il fit exécuter des manœuvres qui prouvèrent l’inhabileté de ces hommes, peu au fait de pareils exercices. Confus de cette déception, Saïd-Pacha se mit dans une colère extrême et condamna les officiers à aller labourer les terres qui leur seraient désignées. Ses empor­ tements habituels lui causaient toujours de vives douleurs dans les intestins, mais cette fois ils augmentèrent beaucoup son mal. S’entretenant avec son grand eunuque, tout-puissant sur son esprit, il accueillit l’avis que ce dernier lui donnait, il prit une forte dose de sel d’Epsom sans en prévenir les médecins. Ce purgatif occasionna des désordres intérieurs et un abcès gangréneux. Depuis, son état devint de plus en plus alarmant. Sans croire à une mort prochaine, du Caire, qu'il habitait, il se rendit dans un de ses palais d’Alexandrie. Porté quelque jours après dans une espèce de kiosque où sa mère, dit-on, était morte, il eut une longue conférence avec la princesse sa femme, conférence dont il fut vivement ému.

r Enfin le terme fatal arriva. Le 18 janvier, à deux heures de la nuit, il rendit le dernier soupir, sans apparence de souffrance ; et le même jour, à dix heures du matin, son corps, déjà décomposé, enfermé dans deux cercueils, fut enlevé et transporté sans pompe dans le tombeau réservé à sa famille , monument situé à peu de dislance de la principale place d’Alexandrie. En même temps que le cercueil sortait du palais du défunt vice-roi, le canon annonçait l’avénement du nouveau souverain, installé depuis la veille dans le châ­ teau de la citadelle du Caire. »

L’Angleterre vient de perdre le Nestor de ses hommes d’Etat, le marquis de Lansdowne. Il était né le 2 juillet 1780. Son père était ce fameux comte de Shelburne qui, après avoir été dans les gardes, servit ensuite comme volontaire dans la guerre de sept ans sous le duc de Brunswick, et qui, à l’époque de l’arénement de George III, en 1700, fut fait aide de camp du souverain avec le grade de colonel.

On sait qu’il est question d’un projet de dérivation des sources de la Vanne pour en diriger les eaux vers Paris. A ce propos, les habitants de l’Yonne ont présenté, par voie de pétilion, des observations au Sénat, lesquelles, pour le dire en passant, ont été renvoyées à l’examen du ministre des travaux publics. Dans la prévision d’un débat sur ladite péti­ tion , un de nos abonnés a pensé nous être agréable en nous envoyant un dessin représentant, non pas un des sites de la Vanne, -— c’eût été plus naturel pourtant, —• mais bien la vue d’Auxerre, capilale du département, laquelle est située sur l'Yonne. Nous n’avons pas cru devoir refuser l’insertion de ce dessin, ainsi qu’on peut le voir à la page 84, lequel a un vrai cachet d’exactitude.

Un procès destiné à un certain retentissement, et dont vous parlera à son heure notre chroniqueur judiciaire, M. J. Ray­ mond , est celui qui va bientôt être plaidé devant la première chambre civile et qui renouvellera le souvenir du fameux procès d’autrefois, le collier de la reine. Après son arres­ tation , le cardinal de Rohan consentit, par-devant notaire , au profit de Boëhmer et Bassange, joailliers de la cour, qui lui avaient livré ce collier de brillants que le prélat croyait acheter pour Marie-Antoinette, une obligation de 1,919,892 fr. Sur cette somme, les joailliers firent à un sieur Deville un transport de 900 mille francs qui, bien entendu, ne furent jamais payés. Le cardinal prince de Rohan mourut en 1803, dans le grand-duché de Bade; il institua pour légataire uni­ verselle la princesse Charlotte de Rohan-Rochefort.

Le fils du sieur Deville, en 1833, fit un acte conservatoire de la créance et somma la princesse Charlotte de donner un compte de la succession. La princesse mourut, et ce fut en 1857 que la Cour impériale de Paris ordonna aux héritiers de la princesse de présenter un compte; ceux-ci en four­ nirent un en effet; mais ils prétendaient qu’il n’était rien resté à l’actif de cette succession. Maintenant l’affaire entre dans une nouvelle phase. Les héritiers du sieur Deville réclament aux princes de Rohan-Rochefort le payement de leur créance, les intérêts et les intérêts des intérêts. Les conclusions des avoués accusent la princesse Charlotte, aussi bien que ses héritiers, d’avoir toujours dissimulé l’actif de la succession.

Les lectures de AI. Charles Dickens obtiennent du succès à Paris. Le célèbre romancier anglais a un véritable talent de comédien et excelle à prendre la voix et l’accent des divers personnages que la partie dialoguée de ses romans met en scène. La première lecture de AI. Charles Dickens a été donnée au bénéfice des Anglais pauvres de Paris, la deuxième et la troisième pour les ouvriers du Lancastershire et les ouvriers français. Un certain nombre de notables anglais résidant à Paris ont ouvert une souscription pour offrir, dans l’un des grands cercles de la capitale, un dîner à l'illustre romancier.

Une jolie composition, toute d’actualité, c’est ce tableau de Hunt que nous reproduisons, à l’occasion des jours gras, à la page 85. Il s’agit des crêpes. O adorables petits bambins ! entre les mains desquels ce numéro tombera, que

pensez-L’UNIVERS ILLUSTRÉ.

C

83

vous du tableau ? Que vous voudriez être à pareille fête que vos petits camarades de notre gravure. Il sera aisé à votre maman de vous satisfaire. Je vous le souhaite. A. Pradines.

J E F F E R S O N D A V I S .

Le président de la nouvelle confédération du Sud, dont nous donnons un portrait à la page 84, naquit en 1808. Il est le fils d’un riche planteur du Kentucky. Comme tous les hommes prédestinés pour jouer un grand rôle dans les destinées de leur patrie, Jefferson Davis tâtonna longtemps avant de trou­ ver, comme l’on dit vulgairement, sa vocation. Ainsi, après avoir achevé son éducation universitaire , il entra à l’école militaire de West-Point et en sortit, au bout de quatre ans, avec un brevet de sous-lieutenant. C’est avec ce grade qu’il prit part à la guerre du Faucon-Noir, sous les ordres du colonel Taylor. La guerre était à peine finie, que nous voyons Jefferson Davis quitter l’épaulette, épouser la fille du même Taylor, se retirer dans le Alississipi, sur une plantation de coton et s’y occuper de culture, tout en se mêlant assez activement de politique pour contribuer puissamment à la création du fameux parti démocratique; ce qui lui valut, en 1844, d’être choisi pour électeur présidentiel de l’Etat du Alississipi, et finalement d’être investi du mandat de repré­ sentant au congrès de Washington.

Mais sur ces entrefaites éclata la guerre du Mexique, et, comme le disait fort spirituellement AI. Hippolyte Valtemare, dans un remarquable article sur les hommes du jour améri­ cains inséré dans la Patrie, a aussitôt les aspirations guerrières du cadet de West-Point se réveillèrent1, le législateur troqua son siège contre un régiment de volontaires, et tandis que Lincoln faisait son entrée à la chambre des représentants, le colonel se couvrait de gloire aux combats de Alonterey et de Buena-Vista et concourait, pour sa part, à amener cette paix avantageuse qui devait ajouter un immense territoire, le Nouveau-Mexique, à la Confédération. Les gouttes d’eau font les grandes rivières. »

De retour dans son Etat, il s’y distingua, mais d’une façon beaucoup moins favorable. Le Alississipi se trouvait alors dans un grand embarras financier. Pour trancher la difficulté, l’ex- colonel mit en avant un compromis , qui a depuis acquis une bien trisfe notoriété, et qui n’était autre qu’une banqueroute. La majorité se refusa tout d’abord à accueillir cet odieux moyen de combattre la crise. Mais les circonstances étant cri­ tiques, la loi fut votée, et son auteur nommé sénateur; puis il brigua sany succès le gouvernement de l’Etat. Après cet échec, on n’entend plus parler de lui jusqu’en 1852, époque à laquelle il aida puissamment à l’élection du prési­ dent Pierce, lequel, par reconnaissance, lui donna le porte­

feuille du ministère de la guerre, qu’il abandonna lors de l’é-

lection du président Buchanan. A l’avénement de Lincoln, il revint dans le Alississipi pour devenir d’abord un des parti­ sans les plus actifs de la scission des Etats-Unis et finalement le président de la confédération du Sud.

Il ne nous appartient pas de porter un jugement sur AI. Jef­ ferson Davis. Ce n’est point d’ailleurs en-pleine lutte, quand gronde le canon et que du sort d’une bataille dépend peut-être l’issue d’une guerre si funeste au commerce européen, si dé­ plorable pour tant de millions d’ouvriers, que l’on doit juger ceux qui, à tort ou à raison, sont considérés comme é.tant les instigateurs de la guerre américaine actuelle. Il faudrait d’ail­ leurs entrer dans une foule de considérations que tous les journaux de l’Europe ont débattues, ceux-ci au point de vue po­ litique, ceux-là au point de vue industriel et commercial. Tout récemment encore un livre fameux, d’une actualité poignante, a , sous un titre caractéristique et en apparence étranger à la guerre des Etats-Unis, jeté sur les événements de l’Amé­ rique une de ces lueurs immenses qui montrent la question sou.s son vrai jour.

Ce livre, c’est le Coton1, sox régim e, ses problèmes , son

INFLUENCE EN EUROPE.

La question américaine est là tout entière, brûlante, posée dans ses conséquences immédiates, palpables, et dans ses fins probables. AI. Louis Reybaud, le savant membre de l’Institut, le littérateur distingué, le publiciste éminent, l’auteur attique, concis, du livre que nous venons de citer, ne s’y est pas borné à une enquête de froide statistique sur les divers centres d’industrie qui en France et à l’étranger filent, tissent et impriment le coton ; il n’a pas seulement montré les conditions morales, intellectuelles et matérielles des ouvriers employés dans les manufactures cotonnières. Il a pris la question de plus haut, ainsi qu’il résulte de la division même de son ouvrage. Ce sont d’abord des aperçus historiques sur le coton, et le chiffre si prodigieusement croissant des exportations améri­ caines depuis l’année 1747, où les registres de la douane de Charleston font mention de sept balles de colon chargées pour l’Angleterre jusqu’en 1860, où le nombre des balles s’élève à quatre millions six cent soixante-quinze mille ! Puis, et successivement, AI. Reybaud traite de la révolution méca­ nique, des conséquences économiques du coton, du régime des manufactures, des causes de perturbation, etc., etc., pour nous transporter ensuite en Alsace, à Alulhouse, en Normandie, à Tarare, dans le nord de la France, à.Manchester, etc., etc., et nous montrer là, dans ces grands centres, l’origine de l’in­ dustrie cotonnière, les ouvriers, dans l’existence que leur a faite l’importation du coton, tant au point de vue de la mo­ rale que de la civilisation.

Alais ce n’était pas tout que de nous montrer des millions de créatures vivantes, dont la destinée dépen I des bons et des mauvais jours que l’industrie cotonnière peut avoir à traverser; il fallait encore tenir compte des incertitudes du lendemain dans le cas où la matière première viendrait à

1 Librairie Michel Lévy frères, éditeurs, rue Vivienne, 2 bis, et bou­ levard des Italiens, 15, à la Librairie Nouvelle. 1 vol,, grand in-8°; prix, 1 fr. 50.

manquer; il fallait enfin conclure... C’est dans cette partie de son livre que M. Louis Reybaud est vraiment admirable de logique.

Les considérations générales qu’il a tirées de son enquête sont empreintes d’une tristesse poignante, bien justifiées, hélas! par la crise du moment. « Les circonstances, dit-il, ont donné à mon sujet, pendant que je l’étudiais, l’im­ portance d’un intérêt politique. C’était un fait nouveau dans la série de nos enquêtes, et j’avoue qu’il a souvent trou­ blé le calme de mon examen. Alalgré moi , j’attendais des lumières en dehors des observations que j’avais faites et des matériaux que j’avais recueillis. Ni la soie, ni la laine, ni le lin ne m’auraient obligé à cet effort. Pourquoi le coton sort- il de la règle commune? c’est qu’il est le seul élément d’in­ dustrie qui conserve un stigmate blessant pour les yeux de l’humanité. De plus en plus elle condamne ce qui ne provient pas de bras libres. »

On devine que* AI. Louis Reybaud fait allusion aux malheu­ reux esclaves américains qui cultivent le coton, et dont le sort est dans l’issue de la lutte engagée de l’autre côté de l’Océan entre îe Nord et le Sud de l’Amérique septentrionale, c’est-à-dire entre la confédération ayant à sa tête Jefferson Davis et la confédération qui est présidée par Abraham Lincoln. Où est le bon droit dans ces deux partis? La question de l’esclavage est-elle seule enjeu? Les opinions sont partagées. C’est pourquoi il convient de s’abstenir pour le moment de tout jugement sur les hommes du jour américains, sur Jef­ ferson Davis plus que sur tout autre. Ce sera à? l’histoire

de se prononcer. U. d’Andravv.

LES ROQUEVAIR'

IV

Dans les dernières années du règne de Louis XIV, un nommé Pierre Sardan, après trente ans de travaux dans le commerce, réalisa une de ces fortunes que les habiles font aujourd’hui dans l’espace de cinq ou de dix ans, selon qu’ils sont plus ou moins heureux, plus ou moins honnêtes.

L’ambition de Pierre Sardan sali - faite du côté de la for­ tune , il en sentit une autre se glisser dans son cœur.

Il avait un fils unique qu’il trouvait beau, spirituel, digne d’arriver à tout. Aïalheureusement, pour arriver à tout dans ce temps-là, il fallait ou appartenir à une classe privilégiée, ou posséder une de ces capacités hors ligne qui font sortir un homme de la foule, en dépit de tous les obstacles, et le placent au premier rang, sans que personne ait le droit de s’en étonner.

Pierre Sardan s’abusait bien un peu sur le mérite trans­ cendant de son fils ; la fable du Hibou et ses petits trouvera éternellement son application. La progéniture de Pierre Sar­ dan n’était pas sans mérite; mais enfin la société perdait peu à ce que les lois du pays ne permissent pas au jeune Sardan d’arriver à tout, et son père jugea prudent de ne pas trop attendre des qualités éminentes de son fils.

Il était assez riche pour acheter des titres de noblesse. Il en acheta, et fit partie des cinq cents bons bourgeois dont, en 1702 , les lettres de noblesse furent enregistrées moyen­ nant finance, et qui tout d’un coup se trouvèrent exempts de tailles, surtailles, taillons, guet, douanes, péages, ponto­ nages, etc., et eurent le droit de port d’arme, de chasse, de garenne, de colombier, etc. Grâce à ces heureux privilèges, ils purent se persuader qu’ils étaient les égaux des Crillon et des .Montmorency.

En 1701, une ordonnance avait permis à la noblesse de se livrer aux entreprises commerciales sans déroger. Il va sans dire que la noblesse de fraîche date se garda bien d’user de ce droit, et il n’y avait pas dix ans que les Sardan étaient anoblis que MAI. Sardan père et fils disaient avec la bonne foi la plus candide :

— Nous autres gentilshommes nous ne croyons pas pou­ voir faire le commerce sans déroger : la loi de 1701 est une loi fatale à la noblesse, qui doit la considérer comme non avenue.

AI. Sardan fils acheta une compagnie et eut deux ou trois duels à propos de quelques plaisanteries que les officiers du corps où il servait se permirent sur l’illustration de la race des Sardan. Comme il était brave et assez instruit, on finit par l’estimer, et on ne s’occupa plus de ses prétentions.

Vers 1728, AI. Sardan acheta le château de Roquevair, se promettant de lui rendre sa première splendeur. Il venait de marier son fils à une fille d’assez bonne maison, mais sans fortune ; il pensait que son petit-fils prendrait le nom de la terre et serait la souche d’une autre famille de Roquevair.

Alais Law vint en France. AI. Sardan faisait de fréquents voyages à Paris; il s’engoua plus que personne de la fameuse banque, sa fortune y sombra, et il ne resta aux Sardan que le pauvre manoir de Roquevair. Il ne fut plus question de le restaurer ; on se trouva trop heureux de pouvoir y vivre tant bien que mal.

Par suite de mariages avec des filles de financiers, la fortune des Sardan reprit son éclat. Us ajoutèrent à leur nom celui de Roquevair, et l’unique descendant de AI. Pierre vivait depuis plusieurs années à Paris avec sa femme quand la révolution éclata ; il émigra et mourut quelques mois après.

Les dépenses qu’il avait faites à Paris pour soutenir ce qu’il appelait son nom avaient mis sa fortune dans le plus grand désordre, et la révolution lui en enlevai! une grande partie par la suppression des droits seigneuriaux attachés à la terre de Roquevair.

Sa veuve, après avoir réglé ses affaires, se retira à

(3)

L’ÜMVERS ILLUSTRÉ

T 7

-JEFFER SO N DAVIS, Président de la Confédération du Sud. — Page 83. SAID-PACHA, décédé le 18 janvier 1863. — Page 82.

vair avec son fils unique, âgé de seize ans, dont elle avait elle- mérue dirigé l’éducation.

La fortune de madame Sardan de Roquevair n’était plus assez considérable pour attirer l’attention sur elle et devenir un titre à la proscription. La tempête révolutionnaire passa auprès d’elle sans la toucher.

Quand le calme fut rétabli, elle songea à marier son fils. Elle avait fait des plans à ce sujet; mais au moment où ils allaient être couronnés de succès, au moment où l’union qu’elle désirait devenait encore une chance de restauration financière pour les Sardan, Paul déclara à sa mère qu’il avait fait un choix et qu’il aimait mademoiselle Louise Rouvray.

Louise Rouvray n’avait pas de fortune. Elle avait fondé sur sa beauté la réalisation de ses rêves de mariage; mais la petite ville de province dans laquelle elle était contrainte de végéter ne lui offrait qu’un petit nombre de prétendants

qui lui parussent dignes sinon d’obtenir sa main, au moins d’y aspirer.

Louise lisait beaucoup de romans. Dans ceux qui avaient alors la vogue, elle voyait des effets merveilleux du pouvoir de la beauté sur les cœurs. En se regardant dans son miroir, elle se disait, avec raison, il faut en convenir, que la beauté de ces illustres héroïnes n’était certainement pas plus parfaite que la sienne. Tous les jours elle attendait que quel­ que grand personnage passant par hasard dans la ville d’Uzerche tombât épris de ses charmes et déposât à ses pieds, sans coup férir, sa fortune et sa main. Mais il pas­ sait peu de voyageurs à Uzerehe. Cette ville, éloignée des grands centres de population, ne possédait rien qui pût atti­ rer l’attention des touristes; d’ailleurs, à cette époque, ils étaient peu nombreux en France, tout ce qui pouvait porter les armes étant touriste en Europe à la suite du grand voya­ geur qui rêvait, comme Alexandre, l’empire du monde.

Cette circonstance d’une guerre européenne ôtait encore à mademoiselle Rouvray la chance d’allumer les flambeaux de l’hymen, comme on disait alors.

Après avoir attendu longtemps ce merveilleux inconnu qui n’arrivait pas, et rejeté avec dédain quelques bons et honnêtes Limousins qui s’étaient figuré que de cette femme aux airs de reine ils pourraient faire une bonne ménagère, mademoiselle Rouvray s’aperçut quelle avait atteint sa ma­ jorité. \:e voulant pas avoir le tort de certaine Jille un peu

trop Jière, elle pensa sérieusement à se marier, et se promit

de ne pas refuser le premier parti un peu sortable qui se

présenterait.

Elle était depuis près de quatre ans dans ces sages dispo­ sitions, lorsque M. Sardan vint passer quelques jours à Uzerehe. Il se rencontra avec Louise. Pour cette fois les romans eurent raison. Cette beauté parfaitement régulière fit une profonde impression sur le jeune homme.

VUE D'AUXERRE (YONNE). - Page 83.

Kişisel Arşivlerde Istanbul Belleği Taha Toros Arşivi

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