• Sonuç bulunamadı

Tip I diabetes mellitus’un akut komplikasyonları

2.8 Tip I Diabetes Mellitus’un Komplikasyonları

2.8.1 Tip I diabetes mellitus’un akut komplikasyonları

« Il s'en trouve parmi eux qui aiment à boire, et ou ne conduit pas l'yvrognerie ! » Jamais mentionné dans la « nourriture ordinaire » des pauvres, l’alcool –vin ou eau-de-vie– paraît pourtant, à ce qu’en dit la réponse de Savagnier, être consommé par un certain nombre d’indigents. Il pourrait ne s’agir que d’un comportement condamné, propre à quelques-uns ou à certains pauvres en particulier, comme à Auvernier :

« Les vieillards sont modestes et reconnaissans, tous sont laborieux- mais tous aiment le vin. »

Il n’en est, en réalité, rien. Le vin n’est ni un produit rare ni un produit condamné : il est au contraire d’un usage fréquent, au point de faire partie de la rémunération en nature des journaliers. Ainsi, à Peseux : un manœuvre, à la forêt ou aux champs, gagne entre 5 et 7 bz par jour « avec sa nourriture », qui « consiste en un pot de vin, environ une livre et demi de pain, une livre de viande, du fromage et des légumes. » Il en est de même à St-Aubin : le gage d’un domestique varie entre 42 et 78 £ « sans compter la nourriture et le vin » ; le prix des journées, selon la saison, est de 9 à 14 bz « y compris la nourriture et le vin », tout comme à St-Blaise ou à Vaumarcus :

« Le prix des journées d'été est 14 batz, de celles d'hyver 11 ou 12 batz et une bouteille de vin. » (St-Blaise) « les journées sont comunément de 6 piécette en été et un demi pot de vin sans nourir et en hiver 8 batz et un quard de pot. » (Vaumarcus)

De la même manière, le pasteur de Lignières relève que se nourrir « sans viande, sans beurre, sans vin », c’est se nourrir « comme se nourrissent les plus pauvres ». Dans les Montagnes, le vin peut être remplacé par l’eau-de-vie, comme aux Ponts où les batteurs de grain reçoivent, outre leur salaire, « leur nourriture et l'eau-de-vie 3 ou 4 fois par jour ». Sur le mode de la dénonciation peut-être, mais sans équivoque non plus, la consommation d’alcool est mentionnée à La Chaux-du-Milieu comme étant usuelle :

« Quant à la sobriété, on en accuse beaucoup de se nourrir plus grassement que ne font ceux qui leur donnent et plus grassement qu'il ne convient. Au reste, peut-être exagère-t- on leur gourmandise. Où elle est le plus évidente, c'est dans l'usage fréquent du vin et, depuis quelques tems, de l'eau-de-vie, duquel résultent souvent d'allarmans désordres de conduitte. » (La Chaux-du-Milieu)

Le prix du produit limite peut-être la consommation, mais ne l’empêche pas, ainsi que le relèvent les pasteurs des Brenets et des Ponts :

« un grand nombre aiment l'eau-de-vie et en boiroient, même avec excès, si leurs circonstances leur permettoient de s'en procurer. » (Les Brenets) « Depuis le

à 124.16 £, celui de la mère, à 50.8 £, soit en tout 175.4 £ ; « ce qui a paru nécessaire pour l'entretien de la famille (loyer et bois compris), monte à £ 283.4 », ce qui constitue un montant particulièrement bas pour une famille de cinq personnes.

renchérissement excessif du vin, les pauvres et en général la très grande majorité des habitans de la paroisse ont contracté la malheureuse habitude de boire de l'eau-de-vie, dont il se fait ici une très grande consommation. Cette liqueur est devenue en quelque sorte denrée de première nécessité, et ceux qui s'y sont accoutumés ne peuvent plus boire de vin. » (Les Ponts)

« En quelque sorte denrée de première nécessité », faisant partie du salaire en nature des journaliers, la consommation alcoolisée n’apparaît pourtant jamais dans l’établissement d’un minimum vital. On doit ici admettre que la réalité de l’accès aux biens, la part importante de l’autoconsommation en particulier, libère les moyens nécessaires à l’achat de vin ou d’eau-de- vie ou, encore, d’autres biens non alimentaires.73 La réponse de Cernier, déjà citée, affirme ainsi que « ceux qui peuvent le plus gagner sont ceux qui vont à leurs journées et qui sont nourris, ayant leurs journées pour leurs habillements ». C’est ainsi que sont créées les disponibilités nécessaires à l’« ivrognerie » et au « luxe des habits » :

« [Il déplore] la misère qu'enfantent le luxe d'habits, les besoins de la bouche et des commodités de la vie qui partout chés nous tyrannisent plus ou moins la dernière classe du peuple (…). Il est à remarquer qu'ici et dans les environs ce n'est pas souvent la friandise, la gourmandise et la paresse qui enfantent et continuent la misère, mais c'est, de la part des hommes, l'yvrognerie et quelques fois le jeu, de la part des femmes, le luxe des habits. Celui-ci est porté à un degré effrayant. Lorsqu'en été les femmes afluent aux danses qui ont lieu constamment le dimanche dans quelques uns de nos villages pendant cette saison, on est frapé d'étonnement de voir leur étalage. Si l'on suspecte leurs gains et le prix de leur vêtement, on ne conçoit pas ce qui peut leur rester pour se nourrir et

acheter du linge ; et souvent celles qui sont assistées se distinguent par leur parure

recherchée. » (Bevaix, nous soulignons)

I I . « C E Q U E J E P U I S D I R E À C E T É G A R D

N ' E S T Q U ' A P P R O C H A N T » : L E S S A L A I R E S

« Que peuvent gagner par leur travail un vieillard, un adulte un enfant de 12 ans de l'un et l'autre sexe dans les occupations suivantes : en travaillant la terre, soit les champs, soit la vigne, et dans les différents métiers non de luxe, dans l'horlogerie, dans l'indienne, dans les dentelles, en tricotant, filant, cousant, raccomandant, lavant et quels sont les gages des domestiques ? Quels sont les prix moyens des journées en hyver et en été ? » (Bevaix)

La huitième question de l’enquête de 1802 promet beaucoup : à en lire l’intitulé, il est légitime de songer à utiliser les réponses que lui apportèrent pasteurs ou notables de village pour déterminer quels étaient les salaires à Neuchâtel vers 1800.

Plusieurs facteurs, pourtant, limitent a priori la portée des affirmations auxquelles l’utilisation de cette source peut permettre d’aboutir.

C’est, tout particulièrement, la notion même de « salaire » qui est problématique. La désignation de la rémunération du travail des classes populaires se fait en effet de plusieurs manières. Le terme de « salaire » apparaît bien à plusieurs reprises (dix-huit), mais il est

73

Pour un exemple ponctuel, mais frappant, de l’importance de l’autoconsommation et du caractère théorique de tout calcul monétarisant les besoins et les ressources, cf. Jean-Pierre JELMINI, Pour une histoire de la vie

ordinaire…, p. 158-159 : dans les comptes de Daniel Sandoz, entre 1770-1779, la nourriture ne représente que

le quatrième ou le cinquième poste des dépenses et s’élève à un tiers environ des dépenses consacrées au vêtement. Daniel Sandoz n’est, certes, pas pauvre (paysan non propriétaire des terres qu’il exploite, il a assumé les fonctions de gouverneur de commune et d’ancien d’Eglise, signes de notabilité locale), mais l’exemple montre bien que la volonté de chiffrer à tout prix les besoins et les ressources est problématique.

également souvent question de « gages », pour les domestiques, ou de « journées », pour les journaliers ou des artisans tels que les tailleurs et cordonniers. Au-delà de ce problème de terminologie, évaluer le salaire annuel d’un horloger, d’un domestique ou d’un manœuvre est une ambition qui se heurte à au moins six obstacles.

En premier lieu, les réponses sont le plus souvent données en termes de gain journalier : comment évaluer le gain annuel ? Combien de jours compter dans l’année ? Il y a, certes, une certaine congruence entre les trois seules tentatives d’annualisation retrouvées dans notre source : toutes trois comptent approximativement 6 jours de travail par semaine toute l’année, soit en tout 288 jours (Cortaillod), 300 (La Chaux-de-Fonds) et 310 jours (Les Ponts). Mais hors, surtout, de l’horlogerie, un tel chiffre perd toute signification : les « journées » aux champs ou à la vigne dépendent du rythme des travaux agricoles et ne sont pas, « en hyver et en été », payées au même prix.74

En deuxième lieu, le salaire comprend souvent la nourriture et, pour les domestiques, le logement, voire l’habillement. Comment évaluer la part en nature ? La signification du gain indiqué dépend des formes d’organisation du travail. Ainsi, et tout particulièrement, les gains réalisés par les horlogers, nettement supérieurs aux autres secteurs professionnels, doivent être amputés des charges qu’entraîne le statut indépendant qu’est celui de l’horloger, travailleur à domicile, propriétaire ou locataire de ses outils et du local où il travaille.

En troisième lieu, plus généralement, le projet même de déterminer des salaires annuels moyens se heurte à une réalité souvent signalée : pour une même profession, les salaires varient considérablement selon l’habileté ou la force des individus. Dans les trois secteurs de la manufacture neuchâteloise, le phénomène est relevé à plusieurs reprises. Ainsi, à Savagnier :

« On avertit cependant que les ouvriers n'ont pas tous le même salaire ; comme il y a beaucoup de différence dans leur dextérité et habileté, il y en a de même aussi dans les prix qui leur sont alloués, et il est difficile de les aprécier. » (à propos des salaires des horlogers, indienneurs et faiseuses de dentelle)

Ou aux Ponts :

« Il est extrêmement difficile de déterminer ce que peut gagner chaque pauvre. Cela dépend d'une multitude de circonstances qu'il est impossible de prévoir et d'indiquer : de la santé, de la force, des talens et de la conduite des pauvres, en sorte que ce que je puis dire à cet égard n'est qu'approchant, et un terme très général. »

En quatrième lieu, il faut souligner le fait que, dans ces secteurs, les gains dépendent des marchés extérieurs, de l’« écoulement » des produits. Ils peuvent, ainsi, varier considérablement :

« Je répète qu'il m'est impossible d'indiquer des prix moyens, vu la différence des tems, l'état où est tombée l'horlogerie et les autres professions, en sorte que ce que j'ai dit n'est qu'un aperçu aussi juste qu'il m'a été possible. Dans l'horlogerie et dans les dentelles, par exemple, il est des ouvriers à talent qui peuvent gagner 3 ou 4 fois plus que d'autres. » (Les Ponts)

« Il est au reste assez difficile de déterminer le terme moyen du profit que peuvent faire les horlogers et les faiseuses de dentelles, à cause des variations que souffrent les prix des mêmes ouvrages, variations qui viennent principalement du plus ou du moins d'écoulement de ces ouvrages. » (Les Brenets)

Vouloir calculer un salaire annuel, c’est, par ailleurs, mettre entre parenthèses une composante importante des sociétés d’Ancien régime : la polyactivité ; c’est supposer qu’un

74 Sur la problématique, récurrente et insoluble, du nombre de jours ouvrés, cf. p. ex. Jean-Pierre Gutton, La

individu effectue toute l’année la même activité, c’est supposer, aussi, un rapport à l’activité salariée peut-être anachronique : l’on ne compte pas, pour organiser sa vie, sur un salaire précis dont l’on connaît le montant. Enumérant les activités existantes dans sa paroisse, le pasteur de Valangin, comme d’autres, dit la difficulté à évaluer les salaires :

« Ce que gagnent ou peuvent gagner tous ces gens-là, c'est ce qu'il me serait difficile de déterminer, même en prenant les informations les plus détaillées et les plus exactes. Plusieurs d'entr'eux ne le savent pas eux-mêmes ; et puis, cela varie, selon les tems et les circonstances. »

En dernier lieu, enfin, l’interprétation des salaires annuels auxquels l’on peut, malgré ces obstacles, parvenir, n’est pas aisée. Elle est, tout particulièrement, fonction de la répartition des rôles entre hommes et femmes : faut-il admettre qu’un salaire couvre les besoins d’une famille entière ? Faut-il, au contraire, supposer l’existence d’un travail féminin salarié répandu ?

En prenant en considération ces réserves, il est néanmoins possible de systématiser les informations que nous livre notre source. Les secteurs socio-professionnels sont passés en revue en conservant la vision de l’organisation sociale et économique que révèle la formulation même de l’enquête.75 Dans cette conception de la société, les « occupations » sont de trois ordres essentiellement différents : la « culture des terres »76, « soit les champs, soit la vigne », d’une part, et les « métiers », d’autre part, subdivisés en « métiers non de luxe » ou « utiles » (artisans) et en « métiers de luxe » : horlogerie, indiennes et dentelles, qui constituent « les différentes branches d’industrie ».77 A cette tripartition essentielle s’ajoutent les « occupations » rémunérées ponctuelles spécifiquement féminines : « fileuses, tricoteuses, couseuses, raccomodeuses, lessiveuses et blanchisseuses », ainsi que les domestiques et servantes, que leur statut social particulier, leur assujettissement durable, distingue des journaliers.

75

Cette conception de l’organisation de la société et de l’économie est particulièrement bien documentée dans les Mémoires… et Descriptions… publiés entre 1794 et 1805 par la Société d’émulation patriotique. Cf. Thierry CHRIST, La présence étrangère dans la Principauté de Neuchâtel vers 1790, mémoire de licence, Neuchâtel, 1990, p. 111-125 (condensé in MN, 1991, p. 70-109).

76 Réponse des Brenets. 77

Nous renonçons à rappeler ici les linéaments des acquis, dont la solidité varie notablement d’une « industrie » à l’autre, de l’historiographie relative à la proto-industrialisation de la principauté dès le milieu du XVIIIe

siècle. Pour une synthèse, cf. Philippe HENRY, Crime, justice…, p. 114-124 et surtout « Une mutation : de l’artisanat à l’industrie », HPNII, p. 197-215. Pour l’horlogerie, le bilan le plus récent est celui de Hugues SCHEURER, Horlogerie et horlogers de la Principauté et canton de Neuchâtel (Suisse) : 1750-1900, mémoire

de D.E.A., Lyon II, 1996. Pour la dentelle, parent pauvre de l’historiographie, cf. les travaux de Sylvia ROBERT : « L’industrie dentellière dans les Montagnes neuchâteloises aux XVIIIe et XIXe siècles : La comptabilité d’un négociant en dentelles de Couvet, le major Daniel-Henri Dubied », MN, 1988, p. 69-95 ;

Dentelles et dentellerie au Val-de-Travers aux XVIIIe et XIXe siècles, mémoire de licence, Neuchâtel, 1986. Pour les indiennes, les travaux de Pierre CASPARD continuent à constituer la référence de base : La Fabrique-

Neuve… ; « Une communauté rurale à l’épreuve de l’industrialisation : Cortaillod de 1750 à 1850 », Bull. du Centre d’hist. écon. et sociale de la région lyonnaise, 1976/4, p. 1-35 ; « Les ouvriers en indiennes au XVIIIe

siècle », MN, 1974, p. 157-168 ; « La fabrique au village. Problèmes de la formation du prolétariat au temps de la première révolution industrielle », Le Mouvement Social, oct.-déc. 1976, p. 15-37 ; « Les pinceleuses d’Estavayer. Stratégies patronales sur le marché du travail féminin au XVIIIe siècle », RSH 36, 1986, p. 121-

156 ; « Gérer sa vie ? Etude statistique sur le profil de carrière des ouvriers de l’indiennage (1750-1820) »,

Revue du Nord, 1981, p. 207-232 ; François JEQUIER, « Bilan des recherches de Pierre Caspard sur la Fabrique-Neuve de Cortaillod et les conséquences sociales de l’industrialisation neuchâteloise », RSH 30, 1980,

p. 84-95. Cf. aussi Beatrice SORGESA MIEVILLE, De la société traditionnelle à l’ère industrielle : les

comportements familiaux face au changement économique : Mutations démographiques d’un village horloger du Jura neuchâtelois : Fleurier 1727-1914, Neuchâtel, Société d’histoire et d’archéologie, 1992, p. 23-34.

L’enjeu, ici, est, in fine, en référence aux données élaborées plus haut en matière de prix des biens de première nécessité, de déterminer quels sont les secteurs socio-professionnels pour lesquels les salaires, manifestement, ne permettent que tout juste de vivre.

Benzer Belgeler