6. TÜRK HALK HĠKÂYESĠ ANLATMA GELENEĞĠ
2.4. TÜRK HALK HĠKÂYELERĠNDE DÜġMANLIK NEDENLERĠ
2.4.1. Törenin Ġhlalinden Kaynaklanan ÇatıĢmalar
Les entendants ont très souvent recours à l’oralisation car c’est leur mode de communication naturel, donc le plus simple pour eux. Pour certains sourds appareillés et ayant une perte auditive relativement faible, l’utilisation des restes auditifs peut être possible. Pour les autres, ils ont recours à la suppléance mentale afin de discriminer les sosies labiaux. Le docteur Dagron observait une "surestimation des potentialités de la lecture labiale" (Dagron, 2008 : 21), car il existe de nombreux sosies labiaux que le sourd doit enregistrer puis déduire selon le contexte.
Emmy oralisait lorsqu’elle était avec un patient sourd : "on lui parlait fort dans une oreille" [Emmy : 10]. Carine également : "il faut crier / enfin, pas trop, parce que dépassé une certaine plage de sons, la personne n’entend plus rien" [Carine : 19]. L’utilisation de ce moyen de communication montre la méconnaissance du problème sourd, pour deux raisons. Tout d’abord, il est inutile de hausser le ton de la voix, puisque la personne est sourde, mais aussi parce que cela déforme l’image labiale, complexifiant la lecture labiale. De plus, le fait de se placer à côté de son oreille, le sujet ne voit pas le visage de l’interlocuteur, ce qui rend toute lecture labiale impossible. Carine précise que l’"on répète beaucoup" [Carine : 12], ce qui est
65 nécessaire en cas d’oralisation, parce que la compréhension est très aléatoire, surtout si le discours est hors-contexte, ou qu’il contient des mots complexes ou inconnus.
Pourtant, Carine connait vraisemblablement le principe de la lecture labiale puisqu’elle précise qu’il faut "vraiment bien articuler" [Carine : 19]. Cependant, il semblerait qu’en appliquant ses conseils : augmentation de la voix et articulation exagérée, on tombe dans la sur-articulation, ce qui rend encore plus difficile la lecture labiale.
Emeline explique que "les lèvres / le regard / le face-à-face, ça fonctionne mieux" [Emeline : 9]. Ceci est vrai, le sourd a besoin, de par son fonctionnement visuel, de voir son interlocuteur, le regard est également important puisqu’il a une fonction linguistique dans la langue des signes, il peut aider le sourd dans la compréhension. De plus, le fait d’être face à la personne sourde lui facilite la lecture labiale. Ces indices auraient pu nous faire croire qu’Emeline avait quelques connaissances sur la communication avec les personnes sourdes, cependant, ce qui suit nous prouve que ce n’est peut-être pas le cas. L’infirmière nous explique qu’elle ne crie pas : "plutôt que de hurler" [Emeline : 15], mais ce n’est pas parce qu’elle en connait l’inutilité, mais pour ne pas déranger les autres patients : "on a parfois des chambres à cinq lits, plutôt que te mettre à brailler" [Emeline : 15].
" Il y en avait un sur tout ceux que j’avais reçu […], qui lisait sur les lèvres, donc en parlant doucement, on y arrivait. Automatiquement, on parle plus doucement, on prend les mots plus simples et puis par définition, on mime" [Sabine : 5]. Tout d’abord, Sabine nous fait remarquer qu’il n’y a qu’un sourd sur ceux rencontrés, qui utilisait la lecture labiale, ce qui implique qu’elle a certainement conscience de la restriction de ce moyen de communication. Elle utilise un vocabulaire assez simple, ce que préconisent Jehass et Grégoire (Grégoire & Jehass, 2007). De pus, elle associe la parole au mime, nous sommes donc en présence d’une communication multi-modale : vocale et gestuelle. Ce mode de communication est mieux adapté que la seule parole vocale, le sourd peut s’aider du mime et compléter les manques de l’un comme de l’autre. Nous remarquerons que Sabine dit "on y arrivait", en utilisant le pronom personnel "on", elle s’implique donc tout autant que le sourd dans cet échange. Il est vrai qu’une discussion est partagée et que les locuteurs en présence doivent se mobiliser, pourtant il n’est pas rare que les entendants considèrent que c’est au sourd de s’adapter.
Valérie explique que l’oral convient aux sourds oralisants, "souvent, ce sont des enfants qui sont en rééducation orthophonique, et qui parlent bien, qui comprennent bien" [Valérie : 19]. Elle ajoute également : "quand on leur parle, on n’a pas besoin de code, ils ont besoin de code à l’école, mais pas quand on discute comme ça". [Valérie : 19]. A cette assertion, on sent clairement que l’enquêtée se sent à l’aise en présence d’un enfant qui oralise, et face auquel elle peut parler. Elle utilise d’ailleurs le verbe "discuter", comme pour un échange agréable. D’ailleurs, en prononçant les mots "comme ça", l’enquêtée avait ouvert les bras pour comparer notre conversation avec celles qu’elle avait avec des sourds oralisants. Tout cela
66 montre que l’infirmière ne ressent aucune difficulté de communication avec un sourd oralisant, parce que ses modes de communication, tant au niveau productif, que perceptif, sont identiques à ceux des entendants. En revanche, le fait de considérer que l’enfant n’a pas besoin de code dans ce genre de situation peut l’handicaper. En effet, la lecture labiale demande beaucoup d’énergie et de concentration, la présence du code facilite l’échange pour le sourd, même si les entendants ne font pas toujours cet effort.
Fabienne insiste sur le fait que la lecture labiale "peut [ne] pas suffire pour faire de la communication, ça ne peut pas suffire d’autant plus que la lecture labiale, c’est loin d’être aussi performant qu’on l’imagine quand on ne sait pas ce que c’est, donc ça peut prêter à confusion." [Fabienne : 8]. Ceci est parfaitement vrai, la lecture labiale est un phénomène complexe, et que tous les sourds ne maitrisent pas tous avec autant d’aisance. Elle implique également une très bonne connaissance du français, ce qui n’est pas le cas de tous les sourds.
Il semblerait que le moyen de communication majoritairement utilisé par les infirmières interrogées soit l’oralisation. Peu d’entre elles semblent savoir que les sourds éprouvent de grandes difficultés face à ce mode de communication.