a) Les origines du théâtre
L’histoire du théâtre, ses origines, sont des éléments de réponse à ces questions. Le terme « théâtre » en grec Theatron signifie « regarder, contempler » et theatrum en latin désigne le lieu de représentation. Le mot désigne donc à l’origine avant tout un lieu, une structure. Or, l’étymologie du nom « représentation » désigne l’« action de replacer devant les yeux de quelqu’un »64, ce que confirme la signification grecque. Le théâtre est donc destiné à être vu et non seulement à être écouté comme l’étaient les lectures publiques. Cela induit la présence d’un visuel, du jeu des comédiens, d’un spectacle. L’origine du mot tend donc vers la qualification du genre comme d’un art du spectacle et non comme un genre littéraire. Ce que confirme Céline Hersant docteur en études théâtrales directrice d’une théâtrothèque dans une émission radiophonique en signalant que le terme grec démontre un art pratiqué pour les spectateurs, le public. Le terme romain auditorium rend compte davantage d’un art destiné à être écouté65 que vu. Dans les deux cas, c’est avant tout un art oral et collectif, loin de notre pratique contemporaine silencieuse et solitaire de la lecture. Alain Viala envisage une
64 Centre national de ressources textuelles et lexicales. « représentation ». Disponible sur : <
http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.cnrtl.fr%2Fetymologie%2Frepr%25C3%25A9senta tion> (consulté le 02/09/2018).
65FRANCE CULTURE. Le théâtre, qu’est-ce que c’est ? Joëlle Gayot. (2017). Disponible sur :
<https://www.franceculture.fr/emissions/une-saison-au-theatre/le-theatre-quest-ce-que-cest> (Consulté le 02/09/2018).
Histoire du théâtre en tenant compte de son caractère littéraire ainsi que de son caractère spectaculaire. Il donne une définition du terme :
Le théâtre est un ensemble d’œuvres, et c’est aussi une pratique du spectacle, dont les œuvres écrites ne sont qu’une part, et ce sont également des lieux, plus ou moins spécialisés, et des personnes, elles-mêmes plus ou moins spécialistes ; parfois, enfin, c’est un rituel, qui peut s’inscrire dans des pratiques religieuses et politiques…66
Il y met l’accent sur la complexité du genre. Le pluriel utilisé dans la définition du théâtre comme « ensemble d’œuvres » connote l’imbrication de plusieurs éléments pour le former. La suite « pratique du spectacle, dont les œuvres écrites ne sont qu’une part » renchérit sur cette idée : le texte de théâtre est une partie du spectacle. Cela sous-entend une incomplétude du texte seul. Néanmoins, l’adverbe « ensemble » indique une réunion de plusieurs éléments pour former un ensemble plus important, mais qui sont déjà, à eux seuls, qualifiés d’ « œuvres ». Par conséquent, le texte de théâtre est une œuvre selon Alain Viala, mais est, par son origine étymologique comme historique, un spectacle.
b) un terme confus
Mais cette définition du théâtre donnée par Alain Viala, historien et sociologue de la littérature française, démontre avant tout l’ambiguïté du terme. En effet, l’accumulation de définitions, accentuée par les adverbes « aussi », « également », « enfin », ainsi que par la conjonction de coordination « et » démontre l’absence de signification unique. En effet, encore aujourd’hui, le terme désigne aussi bien le lieu dans lequel se déroulent les représentations, que la représentation elle-même ou que les livres de théâtre.
Voici encore une similarité entre le théâtre et la poésie puisque Arielle Prétot met en avant dans son introduction la difficulté de définir la poésie, à tel point que les poètes eux-mêmes ne savent comment la définir.67
c) Une brève histoire du théâtre
Le théâtre à ses origines, en 534 avant Jésus-Christ en Grèce, est lié aux festivités collectives, il fait dès le Ve s avant J.-C. partie des fêtes en l’honneur de Dionysos. Il est donc à l’origine une représentation. Le théâtre à texte apparait en 240 avant J.-C. à Rome. Au Moyen-âge, il reste lié à la religion. Il a un rôle pédagogique et permet de représenter des scènes religieuses comme la résurrection du Christ. Il est également utilisé, dans le même but, à l’école. Il devient plus formel au XVe siècle, avec la création de sociétés spécialisées dans
l’organisation de représentations. Le théâtre profane apparait. Au XVIe siècle, avec
le développement de l’imprimé, le théâtre devient un art à voir et à lire. L’écriture est alors jugée plus importante. Aristote et Horace font office de références théoriques. Puis le théâtre se professionnalise à la fin du XVIe, début du XVIIe siècle.
Le XVIIIe siècle voit la naissance de l’opéra et de la Comédie-française, signe d’une
volonté de conserver les œuvres, de créer un répertoire français. La Comédie- française possède le monopole des pièces en langue française. La querelle des Anciens et des Modernes voit s’opposer ceux qui jugent que les plus grands auteurs de théâtre sont les auteurs grecs, ceux qui estiment que ce sont les auteurs latins, et ceux qui favorisent les auteurs français. Les salles se multiplient en provinces, et au XVIIIe siècle est créée la société des gens de lettres. Les salles
officielles n’existent plus. Au XIXe siècle, l’opéra, l’opérette et le théâtre commercial bourgeois sont les genres les plus appréciés. Puis le théâtre sort du champ littéraire. À la fin du XIXe siècle, début XXe, le métier de metteur en scène apparait. Le théâtre est enfin décentralisé au XXe siècle. Le théâtre populaire et le théâtre engagé sont alors les plus populaires, jusqu’à l’arrivée du théâtre de l’absurde.
67PRÉTOT Arielle, Éditer de la poésie contemporaine en France de nos jours. Mémoire de master 2 Édition imprimée et électronique. Toulouse ; université de Toulouse Le Mirail, 2012. p. 13-14