Lorsque l’expression de genre de la personne non-binaire ne correspond pas à la représentation que celle-ci a d’elle-même et lui cause un inconfort, il est possible pour elle de procéder à des changements au niveau de plusieurs aspects. En effet, se rapportant au diagnostic psychologique du même nom, cet inconfort est expliqué en termes de « dysphorie de genre ». Cette dernière consiste en une détresse découlant d’une discordance du corps physique, de l’expression et/ou du sexe assigné avec l’expérience de l’identité de genre (Alessandrin 2014; American Psychiatric Association 2013, 215; Mardell 2016). À l’opposé, « l’euphorie de genre », concept encore très peu utilisé dans les écrits scientifiques et académiques, est décrite comme le confort, voire le bonheur, ressenti par une personne lorsque son genre est affirmé (Mardell 2016).
Pour diminuer la dysphorie et ressentir plutôt de l’euphorie, les individus trans et non- binaires effectuent généralement un ou plusieurs types de transitions afin de faire concorder l’expression de leur genre avec leur identité de genre. La transition correspond au de fait « processus par lequel une personne privilégie le genre auquel elle s’identifie subjectivement par rapport au genre assigné [et] implique de multiples changements sur les plans psychologiques, médical, juridique et social, et ce, dans plusieurs sphères de la
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vie » (Parenteau 2016, 2). Elle correspondrait donc à un « processus complexe à plusieurs phases qui peut s’étirer sur des années, le temps nécessaire pour harmoniser l’anatomie [et/ou] l’expression de genre de la personne transgenre à son identité de genre » (Veltman et Chaimowitz 2014). En plus d’être un processus visant au bien-être personnel, la transition implique aussi un objectif de reconnaissance sociale de l’identité de genre (Parenteau 2016, 5).
Se divisant en plusieurs types, la transition peut concerner le domaine médical, la sphère légale, ainsi que l’aspect social (Frappier 2018; Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec 2018). D’abord, la transition médicale, aussi qualifiée de corporelle, inclut les bloqueurs de puberté, l’hormonothérapie et les chirurgies de confirmation de genre modifiant le corps de façon permanente, comme, par exemple, « la mastectomie, la féminisation faciale, l’augmentation mammaire, l’hystérectomie, la vaginoplastie [et] la phalloplastie » (Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec 2018)15. Celle-ci peut aussi inclure d’autres
modifications corporelles comme les tatouages et les perçages (Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec 2018).
De son côté, la transition légale concerne le changement du prénom et du genre sur les documents d’identités officiels, un processus considéré comme long et complexe, tout en pouvant représenter une somme importante (Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec 2018). Toutefois, il n’est plus nécessaire, depuis 2015, d’avoir effectué l’opération de réassignation sexuelle, des chirurgies ou avoir entrepris l’hormonothérapie afin d’entreprendre les démarches pour changer légalement de mention de sexe et de prénom à l’état civil au Québec, offrant plus de possibilités aux individus trans et non-binaires (Chiasson-Levesque 2019, 5; 7)16.
15 Pour plus de détails sur les chirurgies de confirmation de genre, voir « Part III Bodies » dans le livre « Genderqueer and Non-Binary Genders » (C. Richards, Bouman, et Barker 2017a).
16 Pour plus d’information sur le processus de transition légal au Québec, voir le texte « La contestation des
politiques de changement d’identité de genre par les militantes et militants trans québécois » par (Enriquez
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La transition sociale, quant à elle, est décrite comme « un changement dans l’affirmation de l’identité de genre d’une personne en relation avec les autres » (Frappier 2018, 61) et implique les aspects qui ne sont ni légaux, ni médicaux. Ce type de transition peut inclure une modification du prénom et des pronoms au quotidien, et concerner, entre autres, l’habillement, la coupe de cheveux et le port du binder17 (Frappier 2018, 61; Ordre des
travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec 2018).
Le processus de transition binaire et médical est toutefois plus souvent abordé dans la recherche qu’une transition non-binaire ou uniquement sociale. Cette première étant en concordance avec les attentes sociales de ce qu’est une transition, cela peut mener à une valorisation d’une la transition normative et à élider ainsi la diversité des expériences trans. Cette vision du processus participe donc à l’invisibilisation des individus n’effectuant pas leur transition dans une visée normative et binaire, ainsi que des personnes faisant l’expérience de leur genre de façon non-binaire (Frohard‐Dourlent et al. 2017, 3).
De plus, le soutien social18 semble avoir un impact important dans le processus de transition
de la personne trans, surtout lorsque cette dernière se retrouve dans une situation avec peu de ressources (Schrock, Holden, et Reid 2004; Cohen 2004; Parenteau 2016, 29). En effet, elle aurait besoin d’accéder à certaines ressources qui faciliteraient sa transition, ainsi que son adaptation aux changements physiques et psychologiques qui y sont reliés (Dargie et al. 2014; Parenteau 2016, 29; Dargie et al. 2014, 71). Le soutien informationnel19 et
instrumental20 se révèle donc important dans l’accès à, par exemple, des documents
d’identification ou à des renseignements sur les procédures bureaucratiques nécessaires à certaines transitions (Davey et al. 2014; Parenteau 2016, 29). L’obtention de support social, même s’il ne s’agit que d’une seule personne, aiderait déjà grandement la personne trans, celui-ci permettant de briser l’isolement et octroyant la possibilité de garder contact avec
17 Les « binders » sont des « vêtements de compression de la poitrine » (Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec 2018) servant à faire paraitre celle-ci comme plus aplatie. 18 Le soutien social sera plus amplement expliqué dans la section « Cadre conceptuel » de ce mémoire. 19 Comme décrit dans la section « Cadre conceptuel », le soutien informationnel réfère aux informations et aux renseignements donnés en situation de stress ou afin de porter assistance (Hinson et al. 1997, 97; Parenteau 2016, 27).
20 Comme décrit dans la section « Cadre conceptuel », le soutien instrumental représente une aide tangible, comme par les biens et les services (Hinson et al. 1997, 97; Parenteau 2016, 27).
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quelqu’un au cours de la période de transition (Schrock, Holden, et Reid 2004; Parenteau 2016, 29). Le processus de transition demande donc, idéalement, de bonnes habiletés interpersonnelles afin d’affronter les changements pouvant survenir durant celle-ci (Parenteau 2016, 29). Toutefois, les groupes de soutien destinés aux personnes trans peuvent permettre à ces dernières d’avoir accès à certaines ressources, tout en y obtenant du support (Schrock, Holden, et Reid 2004; Parenteau 2016, 29).