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DEĞERLENDİRME TABLOSU

Nous commencerons cette recension par les États-Unis puisque ce pays est le pionnier en ce qui concerne l’implantation de programmes de médiation communautaire tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du système judiciaire. Tout au long des années 70, il y a une éclosion des programmes visant à faciliter l’accès des individus plus démunis à la justice, ainsi que du développement des initiatives extérieures au système judiciaire telles que la médiation, la conciliation, la négociation et l’arbitrage (Bonafé-Schmitt, 1987; Guillaume-Hofnung, 2011; Faget, 2010; McEvoy et Newburn, 2003; Wondolleck, Manring et Crowfoot, 1996;

Woolford et Ratner, 2007 et 2010). Dès 1980, ces pratiques sont regroupées sous la nomenclature générique d’Alternative Dispute Resolution (ADR) dans les pays anglophones. En France, le vocable « Modes alternatifs de règlements de conflits (MARC) » est plutôt utilisé (surtout à partir des années 2000), ou bien celui de « médiation » pour l’ensemble des mécanismes de résolution de conflits21. Tandis qu’au Canada, on priorise « Mécanismes de résolution de conflits ou MRC » (Bonafé-Schmitt, 2003; Mrad, Marchal et Stébé, 2008; Faget 2010; Neuman, 2005).

1.4.1.1. « Neighbourhood Justice Centre »

Pendant les années 60, les apôtres des droits des minorités signalent la difficulté d’accès au droit pour les personnes appartenant à ces minorités (pauvres, femmes, minorités raciales, ethniques, etc.) ainsi que les défaillances du système judiciaire, caractérisé comme coûteux, lent, déshumanisé, coercitif, aliénant et inéquitable pour les démunis, entre autres. En plus, ce système se montre inadéquat pour résoudre les conflits entre les parties qui possèdent une relation constante dans le temps comme c’est le cas des membres d’une famille ou bien de voisins (Bonafé-Schmitt, 1987; Coy et Hedeen, 2005; Faget, 2005 et 2010; Gallagher, 1988; Pruitt et Kressel, 1985; Wondolleck, Manring et Crowfoot, 1996; Woolford et Ratner, 2008 et 2010).

Ainsi, en 1964 les « Community Relation Service (CRS) » s’établissent afin d’aider les personnes et les communautés prises avec des conflits reliés à des pratiques discriminatoires basées sur la race ou l’origine ethnique. Ce service fait partie du Département de Justice et emploie une soixantaine d’employés à travers les États-Unis (Pruitt et Kressel, 1985).

Quelques années plus tard, des Neighbourhood Justice Centre (NJC) s’instaurent. Il s’agit d’espaces de services juridiques de proximité, où les clients peuvent trouver des références en matière juridique ainsi que de la défense en justice gratuite. Ces espaces ont comme but

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Lors du Séminaire de Créteil, en septembre 2000, les experts recommandent de « ne pas enfermer la médiation dans les modes alternatifs de règlement des conflits, mais de tenir compte de ses trois autres fonctions… », de donner à ce terme « une acception plus complète » (Guillaume-Hofnung, 2011 : 16).

de rendre le système plus souple, plus accessible, moins dispendieux que le système judiciaire, et, parallèlement, de promouvoir la participation des citoyens à la résolution de conflits (Bonafé-Schmitt, 1987; Coy et Hedeen, 2005; Faget, 2005 et 2010; Gallagher, 1988; Pruitt et Kressel, 1985; Roehl et Cook, 1985; Wondolleck, Manring et Crowfoot, 1996; Woolford et Ratner, 2008 et 2010).

Plusieurs expériences de médiation de quartier voient le jour aux alentours des années 70, par exemple, à Philadelphie en 1969 et à Columbus, Ohio, en 1971. Un des premiers promoteurs des programmes de médiation communautaire est la « Société des amis de Philadelphie », un mouvement quaker22 qui, en 1947, reçoit le Prix Nobel de la paix pour la sauvegarde de la paix et la réconciliation des peuples. Le programme de Columbus est nommé en 1974 comme un projet exemplaire par la Law Enforcement Assistance Agency

(LEAA). Ces expériences pionnières attirent tellement l’intérêt de l’État fédéral que celui-ci

décide de financer ce type d’initiatives dont le succès provoque ultérieurement leur propagation dans plusieurs villes du pays, telles que San Francisco, New York, Boston, Kansas City, Atlanta, Los Angeles et Miami (Bonafé-Schmitt, 1987; Faget, 2010).

En 1976, l’American Bar Association (ABA) organise une conférence dans le but d’examiner les difficultés du système judiciaire. Suite à cette conférence, un rapport conseille la réforme de la justice à travers le développement des modes alternatifs de résolution de conflits. Deux ans plus tard, le Département de la Justice finance des projets extrajudiciaires de résolution de conflits : des NJC à Kansas City, à Atlanta et à Los Angeles. En 1980, une charte des NJC, le « Federal Dispute Resolution Act » est créé (Bonafé-Schmitt, 1987; Coy et Hedeen, 2005).

La reconnaissance officielle des mérites des NJC incite le mouvement de déjudiciarisation ainsi que son institutionnalisation graduelle. Les projets ne sont pas uniformes; il existe une

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Rappelons que ce sont les quakers et les mennonites qui instaurent les premiers programmes de médiation pénale au Canada et aux États-Unis (Faget, 2010 : 28) « In the seventeenth and eighteenth centuries, religious communities such as the Puritains and the Quakers sought to preserve conflict resolution practices that they viewed as more consistent with their spiritual beliefs… » (Woolford et Ratner, 2008 :41).

multiplicité de modèles dont la plupart se consacrent à offrir un service juridique de proximité (Bonafé-Schmitt, 1987; Coy et Hedeen, 2005; Faget, 2010).

1.4.1.2. Community Boards

C’est en 1976, à San Francisco que naît l’expérience pionnière (le programme de résolution de conflits le plus connu aux États-Unis : les Community Boards) (Bonafé-Schmitt, 1987; Faget, 2005 et 2010; McEvoy et Newburn, 2003; Roehl et Cook, 1985; Schlosberg, 2001; Stébé, 2005; Woolford et Ratner, 2008 et 2010). Ces initiatives visent l’encouragement de la solidarité dans les quartiers ainsi que l’empowerment et l’intégration des personnes démunies. Leur promoteur, l’avocat Ray Schonholtz, considère le système judiciaire comme formaliste et apathique face aux sentiments des individus : un système qui ne tient compte ni de la subjectivité ni de l’histoire derrière chaque acte (Schlosberg, 2001; Woolford et Ratner, 2008). D’après lui, la professionnalisation dans ce système prive les gens de la possession de leurs conflits. En concordance avec cette pensée, les professionnels dans le fonctionnement des Community sont rares ils y remplissent seulement des fonctions de formation et de coordination (Faget, 2010).

En effet, les activistes de ce mouvement insistent sur deux objectifs : premièrement, humaniser et changer le système judiciaire pour que celui-ci réponde de manière plus satisfaisante aux besoins des citoyens, et deuxièmement, créer un système alternatif de résolution de conflits parallèle, afin de développer des outils de gestion de conflits chez les résidants du quartier23. De plus, les partisans de cette initiative visent à montrer les capacités des communautés à se prendre en charge et à aborder les conflits avant que ceux- ci ne deviennent violents (Bonafé-Schmitt, 1987; Coy et Hedeen, 2005). Ainsi, les apôtres de la médiation communautaire considèrent la communauté comme un espace normatif qui comporte des formes participatives et conciliatoires de justice (Woolford et Ratner, 2008).

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En relation à ceci, Guillaume-Hofnung mentionne : « Les Community boards sont conformes à la tradition américaine qui préfère créer une association pour agir plutôt que de réclamer l’action étatique » (Guillaume- Hofnung, 2011 : 10).

Les Community Boards, à la différence des NJC, qui fonctionnent en relation avec le système judiciaire, possèdent un objectif contraire : ils envisagent le traitement des conflits avant qu’ils ne rentrent dans ce système judiciaire. Il s’agit de comités de citoyens autonomes qui règlent les conflits en excluant l’intervention de la police ou des juges. Une autre dissemblance entre ces deux initiatives consiste en ce que les premiers sont consacrés exclusivement à la médiation tandis que les NJC possèdent une mission plus vaste, comme l’accès aux droits et la participation des résidants aux décisions publiques de leur quartier (Bonafé-Schmitt, 1987; Stébé, 2005; Neuman, 2005; Faget, 2010).

L’implication étroite des personnes appartenant à une diversité de milieux sociaux et d’origines ethniques variées constitue un des buts de cette médiation communautaire, dont la dynamique coopérative est considérée comme un instrument transformateur des relations sociales ainsi qu’un agent de démocratie participative (Bonafé-Schmitt, 1987; Faget, 2010). Ces pratiques se propagent partout en Amérique du Nord et passent ensuite par l’Australie et la Nouvelle-Zélande avant de parvenir finalement en Europe (McEvoy et Newburn, 2003; Faget, 2010).

Selon Bonafé-Schmitt et Faget, les initiatives françaises, à la différence de celles des États- Unis, se heurtent à l’opposition des professionnels de la justice (magistrats et avocats) pour lesquels ces modes alternatifs représentent une menace à leur monopole : les juristes redoutent l’apparition d’une justice parallèle (Bonafé-Schmitt, 1987; Faget, 2010). Pourtant, Woolford et Ratner témoignent qu’en Amérique du Nord, les avocats et les juges considèrent la pratique de la médiation comme une composante de leurs compétences juridiques. Pour ces auteurs, la compétition directe entre les médiateurs avocats et ceux non professionnels contribue à la diversification des pratiques de médiation (Woolford et Ratner, 2008). Nous reviendrons sur ce sujet avant la fin de ce chapitre.

Benzer Belgeler