• Sonuç bulunamadı

peine. Ils ne la plaident pas.

Le constat ne souffre d’aucune ambiguïté : le dispositif de la contrainte pénale est passé  totalement inaperçu auprès des avocats. Ils ne plaident pas la mesure et la connaissent mal. Plusieurs éléments l’attestent. Tout d’abord, sur le site que nous prenons ici en réfé- rence, seuls 17 % des contraintes pénales qui ont été  prononcées au cours de la période observée l’ont été  après que l’avocat en ait fait la demande. Compte tenu du nombre déjà  très faible de contraintes pénales prononcées, le phénomène apparaît tout à fait marginal. Les avocats sont d’ailleurs parfaitement conscients de ce déficit. Au moment où  nous les contactions, tous –  qu’ils aient refusé  ou accepté  nos demandes d’entretiens – nous ont immédiatement mis en garde sur leur très faible connaissance et expérience de la mesure. Quant à  ceux qui nous ont accordé  un entretien, ils ont tous spontanément affirmé  que le dispositif de la contrainte pénale était totalement passé  inaperçu et que la plupart des con- frères n’y faisaient jamais référence. Par ailleurs, au cours de nos interviews, nous nous sommes aperçus d’un défaut de maîtrise de la mesure. Par exemple, plusieurs ignoraient que les magistrats pouvaient prononcer la peine sans l’assortir immédiatement d’obligations ou que le SPIP assurait une évaluation dans le cadre d’une procédure très encadrée.

Face à  ce constat de désertion et de méconnaissance du dispositif par les avocats, plu- sieurs éléments d’explications peuvent être avancés :

▪ Certains sont très circonstanciés. C’est ainsi que certains avocats se prévalent, dans le cadre d’une comparution immédiate, de ne pas être en mesure de recueillir un nombre d’informations suffisants sur la personne afin d’apprécier la pertinence d’une demande de contrainte pénale et d’emporter la conviction du juge en ce sens. Comme dans le cas des juges qui se plaignent d’un manque équivalent, cela pose, au-delà de la CP, la question du format des audiences et des éléments, notamment de personnalité, dont disposent les différentes parties avant de débattre sur le cas qui leur est soumis.

▪ Par ailleurs, et plus généralement, il ressort des entretiens menés que les avocats perçoivent davantage la contrainte pénale comme une mesure d’exécution, de sorte qu’ils s’y intéressent peu. Les remarques sur ce point vont alors du simple aveu d’une « défail-

lance de la profession sur l’application des peines » à une authentique remise en cause

de la mesure. Un avocat nous indique ainsi qu’il ne voit pas pourquoi il aurait un intérêt à  demander une contrainte pénale plutôt qu’un sursis avec mise à  l’épreuve dans la mesure où, selon lui, le niveau de suivi est le même. Il ajoute « à  partir du moment où  les obliga-

tions sont les mêmes, je ne crois absolument pas au travail du SPIP ». Ici aussi, la crédibi-

lité du SPIP est en question.

▪ Les avocats peinent également à  cerner les profils et les situations dans les- quelles il serait particulièrement pertinent de plaider la contrainte pénale. Pour certains,

la mesure serait seulement pensée pour des personnes en situation marginale, dont il faut favoriser l’insertion. Pour d’autres, au contraire, la mesure ne peut fonctionner qu’à  l’égard de personnes déjà  insérées afin que la peine ne les place pas dans une situation plus difficile encore. Ces différentes interprétations ont en commun de freiner les plai- deurs. Spontanément, ils vont écarter certaines situations du dispositif, ce qui réduit le nombre d’occasions de le solliciter et, partant, ne favorise pas l’instauration de certains réflexes.

▪ Car le principal  élément d’explication est d’ordre culturel. Si les avocats ne suggè- rent pas la contrainte pénale, c’est surtout par un manque d’habitude généralisé. « Il y a

la force de l’habitude », nous disent-ils. En ce sens, il ne s’agit pas seulement de souli-

gner l’absence de réflexe des plaideurs, mais aussi celui des magistrats. Le comporte- ment de l’ensemble des acteurs judiciaires est alors en cause. Sur ce point, tous les avocats rencontrés avancent les mêmes arguments. Cherchant à  « viser juste », ils ne proposent que ce qui sera accueilli. Or, dans la mesure où  la contrainte pénale n’est en- trée ni dans les mœurs des magistrats du siège, ni dans ceux du Parquet, l’avocat es- time qu’il pourrait prendre un risque en demandant cette mesure.

« On fait ce qui marche et la contrainte pénale ne marche pas ».(Avocat)

« On essaye de trouver une réponse qui va plaire d’une certaine manière aux juges ». (Avocat)

De plus, plusieurs avocats nous expliquent qu’ils adaptent leur défense en fonction des réquisitions du Parquet. Par exemple, si le parquet propose un sursis avec mise à  l’épreuve, l’avocat va plaider pour en alléger les modalités. Ou, si le Parquet demande une peine de prison ferme, l’avocat demandera du sursis. Mais, en tout état de cause, les avo- cats indiquent que dans la plupart des situations, si le Parquet ne demande pas la con- trainte pénale, ils n’ont aucune raison de le faire. Encore une fois, on voit fonctionner, ou plutôt ne pas fonctionner une dynamique collective, chacun se réglant sur les comporte- ments attendus des autres.

« Quand on est en audience, on voit bien ce qui est prononcé, on prend la tempéra- ture ». (Avocat)

Un magistrat nous a pourtant exprimé  ses regrets de ne pas avoir entendu plaider la con- trainte pénale. Confrontés à  ses propres doutes sur la nécessité  d’une telle peine dans certaines situations, ils auraient aimé  avoir l’avis de l’avocat et aurait pu se laisser con- vaincre par une bonne plaidoirie en ce sens.

« Je n’entends quasiment pas les avocats dire : il faudrait une contrainte pénale. Je ne sais pas si les avocats savent ce que c’est ». (Juge de correctionnelle)

S’instaure alors un cercle vicieux : le Parquet ne requiert pas la contrainte pénale, l’avocat ne la demande pas, le juge ne la prononce pas. Il apparaît ainsi encore plus clairement un

problème déjà évoqué ici, celui de la culture de l’ensemble des acteurs judiciaires. Tandis que le sursis mise à  l’épreuve continue d’être prononcé, la contrainte pénale n’est un ré- flexe pour aucun des acteurs du procès. En définitive, l’avocat ne pourrait avoir d’intérêt à  demander une contrainte pénale que lorsque la palette des peines alternatives à  l’emprisonnement se réduit. Ainsi, lorsque la voie du sursis avec mise à  l’épreuve est fer- mée ou lorsque le suivi socio-judiciaire n’est pas prévu pour l’infraction, la contrainte pé- nale peut-elle être intéressante à plaider.

b) Pourquoi les avocats sont-ils pourtant en mesure de jouer un rôle important ? Les avocats sont pourtant en mesure de jouer un rôle important dans la promotion de la contrainte pénale et dans son succès. Deux aspects doivent ici être soulignés : l’enjeu de l’évaluation de la personne jugée et l’importance de l’accompagnement. La prévention de la récidive est un des objectifs de la contrainte pénale, faisant de la connaissance et de l’appréciation de la situation de la personne un paramètre crucial. En effet, selon un avo- cat, « La peine ne doit pas mettre la personne dans une position plus difficile qu’elle

n’était ». L’adéquation de la mesure  –  en particulier, de la contrainte pénale - est donc, au

moins en théorie, un enjeu majeur. A cet égard, l’avocat est le premier à  pouvoir recueillir des informations et opérer une évaluation. Il est donc dans une situation privilégiée pour apprécier l’opportunité de cette mesure et convaincre de celle-ci.

Avant même que la personne condamnée soit prise en charge par les services péniten- tiaires d’insertion et de probation, son avocat est le premier interlocuteur qui puisse lui présenter la mesure, lui préciser ses conséquences et ses enjeux. C’est encore à  l’avocat de fournir ces mêmes informations à  la victime dont il a défendu les intérêts. Effectivement réalisé, ce travail d’accompagnement et de clarification devrait favoriser une forme d’adhésion à  la mesure en levant certaines craintes ou incompréhensions. En effet, lors- que l’on interroge les différents acteurs de la mesure sur la possibilité  offerte aux magis- trats de prononcer une contrainte pénale sans l’assortir immédiatement d’obligations, lais- sant au SPIP la faculté  de formuler des propositions, certains considèrent que de telles pratiques pourraient laisser penser que l’auteur de l’infraction n’est finalement pas puni. Le message envoyé  à  ce dernier, comme aux victimes de l’infraction, serait alors trouble. En expliquant le sens et les conséquences du prononcé  de la contrainte pénale, l’avocat peut, au premier chef, clarifier ces différents éléments auprès des parties au procès et atténuer les réticences des juges.

De même, il nous a été  expliqué  à  plusieurs reprises que les justiciables ne comprenaient pas la différence entre un sursis avec mise à  l’épreuve et une contrainte pénale - confu- sion qui existe aussi auprès de certains des acteurs de la mise en œuvre de cette mesure. Là  encore, les éclaircissements fournis par les avocats participent d’une meilleure com- préhension et d’une plus forte adhésion à  la mesure. Par leur capacité  d’évaluation et

d’accompagnement, les avocats sont en mesure de jouer un rôle particulièrement impor- tant dans le déploiement de la contrainte pénale. Reste à  définir les leviers pouvant être actionnés pour que cette profession remplisse cet office.

c) Des pistes évoquées par les acteurs eux-mêmes quant aux moyens qui pour-

raient être actionnés pour qu’ils participent du succès de la mesure.

Interrogés sur ce point et conscients du rôle qu’ils pourraient jouer à  l’égard de la promo- tion de cette mesure, les avocats rencontrés ont eux-mêmes avancé certaines pistes. Deux ont principalement été  proposées. La première tient de l’information et de la forma- tion des avocats. A cet égard, le Barreau du site ici référent, Céflanvo, n’a pris aucune ini- tiative en sollicitant, par exemple, des universitaires pour proposer une formation des avo- cats. C’est également ce qui semble émerger des autres sites où les avocats n’ont pas répondu à nos sollicitations, estimant qu’ils ne connaissaient pas la CP, ou que celle-ci n’apportait rien de neuf dans leurs stratégies professionnelles.

Or, sans une meilleure connaissance de la mesure, ces derniers estiment n’avoir ni l’intérêt ni la capacité  de la promouvoir. Pour que la contrainte pénale entre dans les mœurs, les avocats souhaitent donc qu’il y ait plus d’informations de la part de la Chancel- lerie, du Parquet ou du Juge de l’application des peines. Ce point renvoie alors au second, relatif à la coopération entre les acteurs.

En l’état actuel des choses, aucune coopération entre les avocats et les autres acteurs n’existe. Est symptomatique, l’absence de rôle de l’avocat au stade de l’exécution de la peine. À  cet égard, la question des rapports entre les avocats et le SPIP a fait l’objet de réflexions spécifiques, notamment dans le cadre de la rencontre « Barreau-SPIP »  ayant eu lieu sur le site ici référent. Qu’il s’agisse des avocats ou des agents du SPIP, tous constatent une absence de communication - par exemple, des avocats regrettent de ne jamais être destinataire des rapports du SPIP lorsqu’ils sont à  l’origine d’une demande d’aménagement de la peine de leur client -, une absence de collaboration - par exemple, aucun avocat n’a jamais accompagné  son client lors d’une convocation au SPIP - et une parfaite ignorance de l’action de chacun des acteurs - par exemple, les CPIP ignorent quelles explications a reçues la personne condamnée sur sa peine, par son avocat, tandis que les avocats ignorent tout du déroulement de l’exécution de la peine.

Une meilleure coopération entre les acteurs pourrait permettre une meilleure circulation des informations, un meilleur suivi et la perspective, peut-être, de permettre à  terme cer- taines actions comme la rencontre entre la personne condamnée et sa victime.

Benzer Belgeler