Après un long silence consacré sans nul doute à la méditation et à l'exploration des richesses inépuisa bles de son âme particulièrement ori ginale d'artiste philosophe, l'auteur inimitable de « Fahim Bey ve Biz », de o Boghaziçi Mehtaplari » et de tant d'autres chefs-d'oeuvre turcs, Abdulhak Chinassi Ilissar, vient de j donner, sous une forme simple et modeste, un nouveau conte : « Ali
Nizami Beyin Alafrangalighi ve Seyh I lighi ». L'engouement en faveur de l'Occidentalisation et du Mysticisme Religieux d'Ali Nazami bey.
Les amoureux de l'île de Prinkipo — ils formèrent de tout temps, dans le passé, et, constituent, de même, de nos jours, des pléiades dans les couches les plus sensibles et les plus raffinées de notre cité trouve - ront dans ce conte de descriptions et d'analyses psychologiques évo - quant les souvenirs évanouis ou en fouis dans le subconscient d'une pc- riodl presque entièrement révolue.
Avec une baguette de musicien, le charmant conteur fait vibrer en nous les notes des souvenirs aussi bien sur les êtres qui vécurent, ou, qui sur vivent, encore, que sur les matières inertes, amoureusement asserqhlées, qui nous entouraient, jadis, matières rendues sensibles et vibrantes à l'ins tar du cristal par le grand art de 1*
écrivain
«Ali Nizamı Bey alafrangalığı
ve şeyhliği »
« à notre âme trouveront leur des - « tinée sur le papier où quelques - o uns s'éternisent dans les livres pré » cieux. »
Poésie, musique, nostalgie, mysti - cisme, philosophie, amour des êtres vivants et de la matière idéalisée par eux, constituent les caractéristi ques aussi simples et en même temps raffinées que le lecteur évo - que dans les admirables pages de ce beau livre.
Ainsi que par ses précédents ouvrages notamment par le livre rare et ma - gnifique « Boghaziçi Mehtaplari » —les Splendeurs des Clairs de Lune sur le. Bosphore — le grand écrivain vient d'enrichir la littérature tur - que d'un écrit merveilleux et tout à fait original ; d'un écrit que ne s'ap parente d'aucun côté à la culture oc cidentale dort l'auteur, pourtant, s' est imprégné depuis sa plus tendre jeunesse. Si à chaque page de ce beau conte on y lit et on y discerne, le fatalisme, il s'agit d'un fatalisme calme et doux qui ne s'apparente, d' aucun côté, non plus, au fanatisme morbide et décadent d'autres écri - vains et plus spécialement au fata lisme des maîtres de la littérature russe représentant la fougue, la dé raison et la folie destructrice.
Certaines faiblesses et excentrici - tés humaines affectant les héros de ce livre constituent des aveux, des
confessions, et des analyses magis trales objectives et subjectives à la fois de son propre auteur. Il le fait avec tant de tact et tant de talent qu'on pardonne à l'artiste d'étaler son âme originale et de s'oublier jus qu’à parler, par moments, de lui - mêtne. Il a butiné, comme disait Montaigne, sur les fleurs de son moi pour produire un élixir savoureux et merveilleux.
La lecture de ce conte n'est sans doute pas à la portée du lecteur mo yen. Elle s'adresse à la jeunesse é - clairée, avide de culture, de s'ins truire. et de connaître surtout, l'é - tat d'âme d’êtres qui ont à jamais disparu, êtres représentatifs, toute fois, d'une époque déterminée qui fut le produit d'une vieille et anti que civilisation, ainsi qu'aux lecteurs, spécialenjent, d'un certain âge, qui ont pu apprécier cette époque.
A cette occasion je demande la permission de citer la pensée d'un lettré Brésilien, Carneiro Leâo, so ciologue éminent, dont je suis en train de parcourir un des derniers ouvrages : « Les souvenirs qui nous » accompagnent si longtemps... et
« quj s’aggripent si désespérément
Les deux plus intimes amis d'en fance de l'auteur, Hamdoullah Sup- hi Tanriover et Izzet Mélih Devrim, devenus, également, illustres par leur talent et qui ont leur place tant dans la littérature que dans d'autres domaines où le génie constructif de Ilamdoullah Suphi s'est affirmé dans la grande révolution d’Atatürk ainsi que dans la diplomatie, sont mieux désignés que quiconque pour goûter les pages de ce conte. Les'an- ciens aussi tant du Lycée de Galata- saray, dont les rangs se rétrécissent de plus en plus ainsi que ceux qui ont connu le frêle et délicat auteur dans sa vie d'exil volontaire à Paris, ceux qui l'ont connu, plus tard, à Ankara, à Istanbul, à Athènes, à Bu carest, dans l'exercice de ses fonc - tions, pourront mieux savourer le parfum répandu par la lecture et la méditation de ce livre.
En un mot la littérature turque vient de s'enrichir d'un nouveau chef-d'oeuvre plaçant son auteur a- vec ses livres précédents et surtout avec « Boghaziçi Mehtaplari » à la tête des écrivains turcs vivants.
C. GAZIADI
Kişisel Arşivlerde Istanbul Belleği Taha Toros Arşivi